Dans la même séance, M. Fiedler présente à l'Académie un de ces tubes appelés fulgurites que forme la foudre en traversant les sables siliceux. Elle les fond sur son passage, et forme ainsi un étui souvent fort long et même ramifié. Voici comment ce tube fulminaire a été découvert. Le 13 juin 1841, un orage qui remontait le cours de l'Elbe passait sur les collines de sable recouvertes de vignes qui existent sur la rive droite du fleuve, à une heure de Dresde, près du village de Luschwny, lorsqu'un coup de foudre tomba dans la vigne appelée der Koermsche Weinberg. On courut vers le haut de la colline, croyant que la foudre avait atteint le pavillon où Schiller écrivit son Dom Carlos. Mais, à cinquante pas du bâtiment, ou vit un échalas fendu qui indiquait le lieu où la foudre avait frappé. En suivant la trace au pied de l'échalas. M. Fiedler vit que le fulgurite s'enfonçait dans la terre sous une inclinaison de 66 degrés. La foudre avait rencontré quelques racines de prunier qu'elle avait enveloppées dans la masse de sable fondu, mais elle ne suivit point la direction de ces racines. Ces racines sont noircies seulement dans la partie embrassée par le tube. A un mètre de la partie supérieure, le fulgurite se divise en trois branches longues de 65 centimètres environ. M. Berthier ayant analysé le sable, l'a trouvé composé de silice, d'alumine, d'oxyde de fer et de carbonate de chaux.
Une lettre M. Leps, lieutenant de vaisseau commandant la Vigie, nous fournit l'occasion de mentionner un effet encore plus curieux de la foudre. Le navire fut foudroyé le 1er mai 1843. Aucun accident n'eut lieu à bord; seulement l'extrémité du paratonnerre fut fondue, et tous les instruments en fer, couteaux, sabres, fusils, barre du gouvernail, étaient aimantés dans toute l'étendue du navire. Les boussoles n'étaient plus d'accord entre elles; leurs azimuts différaient de 25 à 45 degrés. Ayant relevé deux points de la côte l'un par l'autre, M. Leps trouva une erreur de 5 degrés en se servant d'une boussole qui était d'accord avec le compas de route. Un compas donné à M. Leps par M. Baudin, qu'il rencontra à l'île du Prince, était aussi très-fortement influencé dans toutes les parties du navire, sauf le centre de l'arrière. Il est donc évident que tout le fer du bâtiment avait été aimanté. Ces faits doivent être connus des officiels de marine; leur ignorance pourrait causer la perte du bâtiment dans le voisinage des côtes.
Notice sur les quantités de pluie à la Rochelle, de 1792 à 1842, par M. Fleuriau de Bellevue.--Il tombe annuellement, à la Rochelle, 656 millimètres d'eau qui sont distribués dans les diverses saisons de la manière suivante.
Hiver 175 millimètres.
Printemps. 132.
Été. 126.
Automne. 223.
Le nombre moyen des jours de pluie est de 139. M Fleuriau remarque que dans les dix dernières années, il est tombé, annuellement, en moyenne, 96 millimètres d'eau de plus que dans les quarante-deux antérieures. Cet accroissement porte surtout sur le mois de septembre. Malheureusement la quantité de pluie est un élément si vairiable, qu'il faut opérer sur un très-grand nombre d'années avant de pouvoir conclure à un changement dans le régime des pluies d'une contrée.
Petites industries en plein vent.
(Voir t. Il, p. 314 et 373.)
Si le hasard vous conduit un matin dans le quartier des halles, et qu'il vous faille traverser, nous ne dirons pas à pied sec, le marché des Innocents, sur son tapis d'herbages et de légumes, au milieu de ce chaos confus et assourdissant, de ces mille bruits divers que forment les cris des marchandes, les glapissements des commères, les plaintes des chalands les disputes échevelées, les querelles criardes, les holà des sergents de ville, les pas et les clameurs de la foule; au milieu, au-dessus de cette immense voix formée de dix mille voix, vous entendrez s'élever le cri perçant de la petite industrie errante. A Dieu ne plaise que nous voulions comprendre, sous la modeste dénomination de notre titre, les gros bonnets du commerce des halles! ces dames sont bien trop riches et trop patentées pour figurer dans cet humble panorama du commerce microscopique dont nous essayons d'esquisser les pittoresques physionomies. Mais, ainsi que, dans un ordre plus élevé, une charge d'agent de change se divise, se subdivise en demie, en quart, en huitième, en trente deuxième d'agent de change, de même la grande spécialité de la marchande de denrées se dédouble, se fractionne en subdivisions infiniment petites. Les pauvres gens qui n'ont pas, comme elle, des capitaux considérables à lancer dans de vastes spéculations sur les produits de nos campagnes, lui achètent de petites parts de leurs marchandises, quelques bottes de légumes, quelques mesures de pommes de terre, quelques poignées d'herbages; puis ce modeste fonds de commerce, étalé sur un éventaire, ou même sur le pavé de la chaussée, sur la dalle du trottoir, est partagé en cinq ou six lots offerts à grands cris pour un sou, pour deux liards, pour un liard!
Puis vous voyez circuler, au milieu de cette foule agitée, bruyante, affairée, des nuées de petites industries parasites; ici, c'est la marchande de lacets à deux sous; elle élève au-dessus de cette mer houleuse une sorte de vergue, d'où pendent comme des cordages ses lacets balancés par le vent; plus loin, c'est la marchande de bonnets à dix-sept sous, qui vient tenter la coquetterie et la fidélité des cuisinières attirées au marché; voici encore une autre industrielle, qui vend du matin au soir son dernier foulard à quarante-cinq centimes; son magasin est caché sous son tablier; quand le dernier foulard est vendu, il en sort un autre dernier, puis encore un dernier, puis toujours un dernier. Cet éternel dernier se renouvelle ainsi tout le long du jour, tout le long de l'année: c'est le foulard phénix; c'est la parodie des cinq sous du Juif errant.--A propos de Juif errant et de sa célèbre complainte, entendez-vous par ici, au centre de ce groupe de cordons-bleus, la voix piaillante de la marchande de chansons? l'aigre crin-crin de son mari accompagne à grands coups d'archet ses modulations peu harmonieuses; elle chante la complainte nouvelle et la chanson populaire; elle a chanté dans son jeune âge la complainte de Fualdès, celle de Papavoine; plus tard, celles de Lacenaire et du drame du glandier; elle a chanté jusqu'à complet enrouement les fameux chinq chous de la Grâce de Dieu; puis est venue la ronde de Paris la nuit; aujourd'hui la pauvre prima-donna s'égosille sur la complainte de Poulmann et sur la chanson des Bohémiens de Paris: demain, son répertoire s'enrichira de quelque romances de circonstance sur le drame des Mystères de Paris.--Les dilettante en bonnets et en marmottes apprennent, tant bien que mal, l'air de la chanson et de la complainte; et, quand l'air est retenu, il faut bien acheter les paroles. Ce n'est pas cher; un sou, ou deux sous le cahier, Bah! on comptera deux sous de plus sur les provisions: ça fera quatre sous avec le lacet, treize sous avec le foulard, un franc cinquante centimes avec le bonnet. A la bonne heure, voilà un compte rond! Ou dira à madame que les légumes sont hors de prix, que la volaille est à la hausse, que le poisson est inabordable! Pourquoi donc est faite l'anse du panier, si ce n'est pour danser?
Mais, de peur de s'embrouiller dans ses comptes ainsi compliqués, la cuisinière, dont le cabas trop léger s'est livré à cette danse clandestine, va trouver, aux alentours du marché, le Barème de l'endroit, l'écrivain public, sa Providence; l'écrivain public, type rare et effacé, qui s'abîme et se perd de jour en jour dans les flots de l'instruction populaire: pauvre industriel d'un autre siècle, dont l'industrie aux abois lutte en désespérée, du bec de sa plume émoussée contre la plume de fer de nos écoles mutuelles! Hélas! il n'est plus que l'ombre de lui-même, ses beaux jours sont passés avec les jours d'ignorance! Il voit son soleil pâlir, s'éclipser, éteindre un à un ses rayons, ainsi que sa vieille perruque rousse perd un à un ses derniers cheveux! Son échoppe, ébranlée, disloquée, ouverte à tous les vents par la grêle, les accidents et la misère, n'abrite plus ses doigts engourdis. Il n'est plus le confident discret des naïves amours de la jeune villageoise, du conscrit dépaysé, de la folle grisette; il n'est plus leur secrétaire intime; le conscrit, l'ouvrière, la petite paysanne, n'ont plus besoin de ses services: ils griffonnent eux-mêmes leurs sentiments, leurs confidences et leurs peines de cœur sur beau papier Weynen, martyr résigné de leurs fautes d'orthographe; et désormais dans leur correspondance, cet exorde obligé, Je mets la main à la plume, est devenu une vérité.