Le Savetier.
Qui vient passer encore dans notre lanterne magique de la petite industrie errante? C'est le marchand de mottes à brûler, poussant devant lui son chantier ambulant; c'est le commissionnaire avec sa veste de velours et sa plaque de cuivre, serviteur public et universel; tantôt porte-faix robuste, il porte sur ses crochets tout le mobilier de la jeune grisette ou du pauvre surnuméraire; tantôt scieur de bois, il exerce son rude travail sur la voie publique, encombrant le trottoir et la chaussée des fragments de frêne et de peuplier, sans trop ménager les jambes des passants, mais réservant toujours fidèlement la plus grosse huche pour la portière qui lui procure la pratique; il est enfin discret messager d'amour, et remplit les serviables fonctions du dieu Mercure en culotte de velours, en casquette et en gros souliers ferrés. Ce commissionnaire est aujourd'hui en concurrence avec le messager parisien, autre commissionnaire qui ne diffère de son rival que par son costume de conducteur d'omnibus, et par sa qualité d'industriel à couvert.
Sur les boulevards, nous rencontrons encore le marchand de dattes, honnête indigène faubourien qui se déguise en Turc pour prouver l'origine orientale, de sa marchandise; puis un autre industriel, chargé d'une espèce de carquois garni de cannes assorties, poursuit le passant, lui en met une dans la main, puis tend la sienne en réclamant 17 sous. Sur cent essais de ce genre, on lui rend quatre-vingt-dix-neuf fois sa canne. Un étudiant de première année, un apprenti commis de nouveautés, un jeune poète tragique arrivé, la veille, de Brives-la-Gaillarde, se laissent de temps en temps séduire par l'appât de ce merveilleux bon marché! Ils examinent d'un œil complaisant cet accessoire obligé d'un négligé fashionable; ils le touchent, le caressent de la main, observent la tête et le bout... le frappent sur l'asphalte, essaient de faire plier l'objet en négociation... mais fort souvent, au contraire du roseau de la fable, l'objet ne plie pas et rompt. «Voilà une canne vendue: payez les 17 sous, mon petit monsieur... Vous avait-on dit que la canne pliât?» Là dessus, le petit monsieur, honteux et confus, débourse la somme et poursuit sa promenade en faisant le beau avec ses deux fragments de canne dans les deux poches de son tweed indigène.
Voici enfin la cantinière parisienne, non pas celle qui va, les jours de revue, offrir son rogomme aux fantassins de la garnison, mais la cantinière de la garde nationale, celle qui parcourt, le soir, les postes nombreux où nos soldats-citoyens veillent à la sûreté publique, tandis que leur sûreté conjugale et privée est laissée à la grâce de Dieu! La cantinière nationale verse à l'époux jaloux l'oubli de ses craintes fâcheuses; au voltigeur tiède pour le service, l'amour de la patrouille et de la faction nocturne; au loustic de la compagnie, la verve et le don du calembour. Bref, sa ronde de nuit, assez lucrative, lui permet de rêver une honorable retraite pour ses vieux jours. Sa qualité de cuisinière citadine lui ferme les portes des Invalides, mais elle s'en console aisément en songeant qu'elle pourra, grâce à ses économies, épouser un tambour citoyen, ou bien acheter un petit fonds de cabaret à la barrière de la Chopinette.
Bulletin bibliographique.
Précis d'Histoire d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, ou Histoire du royaume-uni de la Grande-Bretagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours; par P. ROLAND, auteur de l'Histoire de France abrégée et de l'Histoire d'Angleterre. 1 vol. in-12 de 780 pages.--Paris, 1844. Firmin Didot.
L'auteur de ce précis expose ainsi, dans sa préface, la méthode qu'il a cru devoir adopter:
«La philosophie de l'histoire étant encore loin d'arriver à des résultats d'une pleine évidence, nous avons dû, dans un ouvrage destiné à des esprits sans maturité et naïvement crédules, n'user de ses affirmations qu'avec la plus grande réserve.
«Il nous a semblé que, pour bien comprendre l'Angleterre, pour se rendre compte de sa vie, il fallait suivre non-seulement son histoire monarchique, royale pour ainsi dire, telle qu'on a coutume de la faire, telle que jadis nous l'avons nous-même écrite, mais encore l'histoire détaillée du chacune des trois grandes divisions de ce pays...
«Voulant faire un livre destiné surtout aux jeunes gens qui réfléchissent, mais qu'on peut laisser sans inconvénient entre les mains de leurs sœurs et de leurs plus jeunes frères, nous avons négligé dans notre récit, avec une attention sévère, mais sans affectation, tout ce qu'une mère tendre, parlant à sa fille, aurait laissé dans l'ombre.