Les châles témoignèrent aussi de la perfection des procédés mécaniques employés pour les confectionner. La production et le travail de la soie, arrivés à un grand développement, assuraient à Lyon le marché général des tissus de soie.

Les expositions de 1825 et de 1827, qui muent lieu sous le ministère Villèle, furent tout ce qu'avait promis celle de 1819; les arts métallurgiques et chimiques s'y distinguèrent par la variété, la solidité et le bon goût de leurs produits.

De 1827 à 1831, l'industrie eut à traverser une époque de crise, qui ne lui permit pas de venir étaler ses produits. Cependant il était impossible de renoncer à une institution qui avait déjà amené avec elle tant d'utiles résultats. Aussi, dès que le gouvernement nouveau, maître enfin de sa position, reconnu par les gouvernements étrangers, tranquille sur l'extérieur, voulut se rendre compte de l'étal industriel de la France, il convoqua les fabricants à une exposition solennelle qui devait durer deux mois; 2,447 exposants répondirent à cet appel. Le président du jury disait dans son discours au roi, en lui présentant ceux sur lesquels le jury appelait les récompenses: «C'est surtout, dans les sept années qui viennent ne s'écouter, que l'industrie française s'est avancée à grands pas. Nos usines se sont multipliées et agrandies; nos machines se sont perfectionnées; notre fabrication, en s'améliorant, s'est faite à plus bas prix; nos relations se sont étendues; des arts nouveaux même ont pris naissance. Aussi l'exposition de 1834 remportera-t-elle de beaucoup sur celles qui l'ont précédée, et laissera-t-elle de profondes traces, de longs et féconds souvenirs dans les esprits.» Il aurait pu ajouter: «La marche de l'industrie en France depuis cinquante ans, et l'histoire des expositions qui se sont succédé depuis 1798, nous donnent la conviction que la prochaine exposition présentera encore un aspect plus remarquable.»

C'est en effet ce qui eut lieu. L'exposition de 1839 fut la plus brillante de toutes. Toutes les espérances qu'avaient fait naître les expositions précédentes, celle-là les réalise. Cinquante usines construisent des machines à vapeur; on voit les machines à papier continu, le métier à la Jacquart perfectionné, d'excellents chronomètres; tout s'améliore, la fabrication des aiguilles, les bougies stéariques, les glaces, les cristaux, la lithographie, la soudure du plomb, la galvanisation du fer, etc. Que sera donc l'exposition de 1844? Tout fait espérer qu'elle sera digue de ses devancières, en les surpassant.

Voici quelques chiffres qui donnent l'histoire statistique de ces expositions.

Année Expositions. Nombre Médailles
des Exposants. accordées.
1798 1re 110 26
1801 2e 220 69
1802 3e 510 119
1806 4e 1,122 119
1819 5e 1,662 360
1823 6e 1,618 470
1827 7e 1,795 425
1834 8e 2,117 697
1839 9e 3,381 805

En 1839, le département de la Seine, seul complaît 2,619 exposants. Cette année, le nombre s'en élève à près de 3,000.

La première exposition eut lieu au Champ-de-Mars, cet emplacement révolutionnaire, qui a vu tant de fêtes nationales; la seconde et la troisième, dans la cour du Louvre; la quatrième, sur la place des invalides. Celles de 1819, 1823 et 1827, dans la cour et dans la partie des bâtiments du Louvre qui avoisinent la colonnade. Celle de 1834 eut lieu sur la place de la Concorde, dans quatre bâtiments séparés. Mais le nombre des exposants augmentant toujours, on sentit le besoin d'avoir un emplacement plus vaste, et on construisit un édition temporaire dans le grand carré dis Champs Élysées. C'est là qu'eut lieu l'exposition de 1839. C'est encore là que cette année l'industrie aura sa fête.

Le palais de l'industrie forme un quadrilatère, composé de quatre galeries ayant ensemble 16,000 mètres carrés de superficie; la cour intérieure a elle-même 6,000 mètres carrés, et cette année, par une heureuse amélioration, on a décidé qu'elle serait couverte comme les galeries. Les exposants auront donc 22,000 mètres carrés à couvrir de leurs produits. La construction coûtera environ 600,000 francs. Ce chiffre seul répond à ceux qui demandent pourquoi ne pas élever un édifice permanent pour l'industrie. Un bâtiment convenable et assez spacieux coûterait de 4 à 5 millions, et ne servirait qu'une fois tous les cinq ans. Qu'en ferait-on dans l'intervalle? Avec une destination aussi spéciale, il serait difficile de l'utiliser, et l'intérêt du capital de construction serait bien supérieur à la somme qui est nécessaire tous les cinq ans.

Un mot sur la manière dont l'Illustration doit aborder l'exposition des produits de l'industrie de 1844. On n'attend pas de nous un compte rendu très-détaillé des divers produits. C'est la tâche des journaux spéciaux qui sont créés pour cette solennité. Notre cadre d'ailleurs ne se prêterait pas à cette vaste entreprise. Mais nous donnerons à nos lecteurs des aperçus historiques sur chacune des branches de l'industrie et des dessins aussi nombreux que possible, accompagnés d'un texte descriptif et explicatif, en ayant soin de choisir les appareils les plus ingénieux et les produits les plus remarquables. Les français, d'ailleurs, ont à un haut degré le génie de l'art du dessin; ils brillent par le bon goût, et à ce point de vue, les dessinateurs de l'Illustration auront une ample moisson à recueillir, et nos lecteurs verront passer sous leurs yeux les modèles les plus riches et les plus perfectionnés de tout ce qui constitue le comfort, de tout ce qui, sous une forme agréable, a un but utile.