Histoire de la Semaine.
Cette semaine a vu épuiser la série des discussions prévues qui devaient nécessairement faire poser de nouveau la question de cabinet. Le ministère a franchi ces obstacles, résiste à ces épreuves avec l'aide d'une majorité qui, tout en le laissant vivre, ne s'est montrée ni assez forte ni assez résolue pour lui pouvoir donner la garantie que le bail nouveau qu'elle lui accorde sera bien long, et que dans telle circonstance, imprévue sans doute, mais prochaine peut-être, elle ne disposera pas du banc ministériel en faveur de tel autre prétendant qui lui est au fond plus sympathique. La première question qui s'est présentée a été celle que faisait naître la proposition de M. Combarel de Leyval sur le vote par division. Combattue dès l'abord par les organes ministériels, elle n'avait obtenu les honneurs de la lecture publique qu'à la minorité stricte de trois bureaux sur neuf, et encore, dans ces trois bureaux, n'avait-elle vu ses partisans remporter qu'à une ou deux voix sur ses adversaires. Samedi dernier, développée en séance publique par son auteur, qui a fait preuve de modération et de convenance, elle a conquis un assez bon nombre de partisans nouveaux: deux épreuves ont été déclarées douteuses par les secrétaires, et le scrutin secret, auquel on a été forcé de recourir, a donné pour résultat 174 boules blanches contre 181 boules noires. Or, si l'on veut bien tenir compte de la persuasion où étaient plusieurs des votants que si cette proposition n'était pas une cousine des dernières appréciations du bureau de la Chambre, elle pouvait du moins être interprétée ainsi par le publie; si on veut remarquer qu'elle était comprise de cette manière par un des honorables secrétaires, qui avait annoncé d'avance qu'il déposerait sa démission entre les mains du président de la Chambre si la proposition était prise en considération, on reconnaîtra que la majorité de quatre voix a tenu à peu de chose. Et cependant des membres du centre gauche qui ont personnellement le courage de leurs opinions, mais qui savent combien certaines consciences sont timides, tout en se montrant fort désireux que le vote pût toujours être sûrement constaté, avaient fait ressortir les inconvénients qu'à leurs yeux ce mode présentait dans la pratique. La division, disaient-ils, est une opération d'une extrême lenteur, et dont l'exactitude, quant aux résultats numériques, a été elle-même plus d'une fois contestée dans le parlement anglais. Elle exerce d'ailleurs, par la solennité même de l'épreuve qu'impose l'obligation d'aller se réunir de sa personne à ses adversaires habituels, un effet d'intimidation qui laisserait peu de liberté aux caractères faibles, et qui les contraindrait presque toujours, même contrairement aux inspirations de leur conscience, à ne pas quitter le gros du parti auquel ils appartiennent. Il faut bien moins de courage pour se lever un instant de sa place que pour passer dans un autre camp avec un grand éclat. Imposer une pareille obligation chez nous, c'est ne pas mesurer les lois aux tempéraments et aux mœurs. Malgré tout, on a vu combien peu s'en est fallu que cette proposition ne fût prise en considération. Nous devons dire aussi que si elle a pu trouver quelques censeurs, non de son esprit, mais de sa forme, parmi les amis de son auteur, elle a été appuyée par quelques-uns de ses consciencieux adversaires, qui tiennent, dans un sage esprit, à la dignité du parlement, et qui veulent, comme l'un d'eux, M. Denis, l'a dit avec originalité à la tribune, que 2 et 2 fassent toujours 4 et ne puissent jamais faire 5 sous l'influence et la pression d'une majorité dominatrice. Il est donc bien évident pour nous, il l'est, nous le croyons, pour tout le monde, qu'il y a dans la Chambre une immense majorité qui appelle de ses vœux un mode sûr et irrécusable de constater les votes. Ce n'est point sur cette nécessité qu'on a voté l'autre jour, mais encore sur une question devenue ministérielle par la force des choses.
Deux jours après, lundi dernier, la lice était ouverte de nouveau, mais cette fois il n'y a point eu engagement. M. Lac rosse est venu développer la proposition dont certains faits de corruption électorale, certaines lacunes dans notre Code pénal, et aussi des entraves, le plus souvent insurmontables, à la poursuite, l'avaient, ainsi que ses collègues MM. Gustave de Beaumont et Leyrand, déterminé à saisir la Chambre. Le système des auteurs de la proportion est celui-ci: faculté pour tout électeur inscrit de poursuivre, en se portant partie civile et sans autorisation préalable du conseil d'État, le fonctionnaire contre lequel il croira avoir à fournir des preuves de corruption, et par contre, pénalité sévère, amende considérable contre tout plaignant dont la dénonciation n'aura pas été admise par le tribunal saisi. Le ministère a dit qu'il ne s'opposait nullement à la prise en considération de cette proposition; mais que plus lard, et lors de la discussion définitive, il se réservait, tout en adoptant la dernière mesure, de combattre la première, c'est-à-dire la dispense d'obtenir, préalablement à toute poursuite, une autorisation du conseil d'État. M. de Beaumont a fait observer que la proposition ainsi amendée amènerait un résultat tout contraire à celui que doivent poursuivre les hommes de bonne foi, et rendrait, sans compensation aucune, les poursuites encore plus rares, puisqu'elles deviendraient plus périlleuses sans devenir plus possibles. La discussion en est demeurée là; chacun a voté la prise en considération de la proposition, ses partisans dans l'espoir de la faire triompher, ses adversaires dans la pensée qu'il était moins embarrassant de la faire avorter plus lard que de la combattre dès l'abord ouvertement.
Dans cette même séance a commencé la discussion sur le crédit demandé pour complément de fonds secrets. Chaque année c'est là un vote sur le résultat duquel les chefs de l'opposition portent toute leur attention et concentrent tous leurs efforts; cette fois aucun d'eux n'a cru même devoir monter à la tribune; MM. Odilon Barrot et Thiers sont restés à leurs bancs comme M. Berryer était demeuré, à Marseille. La tribune a été occupée le premier jour par M. Ferdinand Barrot, qui, avocat distingué, orateur exercé, a eu le bon goût de demeurer dix-huit mois à la Chambre, de la bien étudier avant de venir à la tribune lui demander des applaudissements qu'un homme de talent a d'autant plus de chances de recueillir qu'il a montré moins d'impatience à courir après. La Chambre l'a écouté avec une grande attention et avec une faveur qui ne s'est pas manifestée seulement sur les bancs où siège l'orateur. Son nom lui imposait des obligations auxquelles il s'est montré en mesure de faire honneur.--Après lui est venu M. Ledru-Rollin, qui a reproduit une thèse développée déjà à la tribune avec plus de ménagements peut-être par son prédécesseur à la députation du Mans, Garnier-Pagès, et dans la presse par M. de Lamartine. Personne n'a oublié un remarquable article publié cet été dans le Bien public, dans lequel le député de Macon, passant en revue les ministères qui se sont succédé, faisait voir en eux des marionnettes qu'une même main avait conduites, qu'un même fil caché ou un même système avait, à leur insu, malgré eux, fait mouvoir. M. Ledru-Rollin a développé à la tribune ce même thème, non sans être fréquemment interrompu et sans être rappelé, par M. le président, dans les limites parlementaires. M. Ledru-Rollin devait s'attendre à ces interruptions et à ces admonestations; mais ce qui a paru le surprendre, ç'a été d'entendre M. de Lamartine, lui succédant, déclarer qu'il ne le suivrait pas sur ce terrain inconstitutionnel. Du reste M. Ledru-Rollin n'a bientôt eu rien à envier à personne: chaque fraction de la chambre et de l'opinion publique a successivement passé sous les verges de l'illustre orateur. La gauche, le centre gauche, l'opinion conservatrice, ont tour à tour été l'objet de sa censure éloquente, et comme il s'est exclusivement attaché à blâmer la conduite tenue par chacun, sans toutefois laisser entrevoir celle qu'il voudrait qu'on suivit, il en est résulté que, quand il a dit en terminant: «Jusqu'à l'avènement de nos principes, nous resterons sur la réserve,» personne au centre, personne aux extrémités n'a su se rendre bien compte, ni de l'époque vraisemblable de cet avènement, ni de la nature de ces principes, ni de la durée probable de cette réserve. Le ministère, pour la première fois peut-être, a pensé qu'il pouvait sans inconvénient laisser un discours de M. de Lamartine sans réponse, car on ne saurait donner ce nom à quelques phrases assez dédaigneuses que M. Guizot a prononcées de son banc et qui n'avaient évidemment pour but que d'encadrer celle-ci, sur laquelle il a particulièrement pesé: «L'honorable préposant, au moment où le cabinet du 24 octobre s'est formé, ne pensait pas qu'il fût impropre à l'œuvre dont il s'était chargé; car pendant deux ans l'honorable préposant lui a prêté son appui.»--Le lendemain, M. Isambert a appelé la discussion et provoqué les explications du ministère sur certains actes, sur certaines publications dont un grand nombre de prélats se sont tout récemment rendus auteurs. Nous avons déjà parlé du mémoire adressé au roi par MM. les archevêques et évêques de la province de Paris et de la promotion postérieure de l'un des signataires, M. l'évêque de Versailles, au siège archiépiscopal de Rouen. Les circonstances rapprochées ont été le texte de reproches adressés à M. le ministre des cultes. L'orateur a signalé également deux nouveaux mémoires rédigés, l'un par les prélats de la province de Tours, l'autre par les prélats de la province de Lyon, nonobstant la déclaration d'illégalité publiée dans le Moniteur à l'occasion du premier mémoire. Dans toutes ces protestations, c'est, a-t-on dit, le même oubli des prescription de la loi, la même absence de modération, la même violation de toutes les convenances et de celles surtout que devraient imposer à des évêques la religion bien comprise, la charité bien entendue. L'orateur a vu, dans la conduite du gouvernement, une sorte d'encouragement, involontaire sans doute, mais dangereux, à une persistance déplorable de la part du haut clergé dans la voie où il s'est engagé. M. Martin (du Nord), que sa qualité de ministre des cultes appelait inévitablement à la tribune, n'était pas malheureusement l'homme que réclamait la situation. Il a sans doute cherché à justifier quelques actes que M. Isambert avait pu présenter comme imprudents et faibles; mais il fallait surtout faire entendre de nobles et fermes paroles qui traçassent la limite de leurs droits et les exigences de leurs devoirs aux hommes, quoique élevés qu'ils soient, qui seraient tentés de les dépasser et de les méconnaître. M. Martin (du Nord) n'y a pas réussi; mais M. Dupin aîné, montant après lui à la tribune, a largement suppléé à cette insuffisance, et a prononcé un discours dont la mesure, la convenance, l'élévation et la fermeté, ont concilié à l'orateur les suffrages de l'assemblée tout entière et ont provoqué les applaudissements à maintes reprises. Il a fait entendre de nobles plaintes contre la croisade dont un prince de l'Église, M. le cardinal-archevêque de Lyon, a le premier donné le signal, contre la flétrissure que M. l'évêque de Châlons avait voulu infliger à un arrêt de la justice, dans une lettre adressée à un abbé condamné par elle, M. Combalot; il a dit que, dans d'autres temps, le clergé avait pu menacer les rois, mais qu'aujourd'hui il va plus loin encore, en menaçant l'enfance elle-même, à laquelle il veut retirer les aumôniers.
«Les évêques, a-t-il dit en terminant, n'auront point raison, par la violence, d'un gouvernement qu'on ne confesse pas, et il faudra bien qu'eux-mêmes, s'ils laissent en oubli les devoirs de la religion, se soumettent du moins comme tous les citoyens aux lois de l'État.»--M. de Carné est venu développer cette pensée, que toutes les lois qui réglaient autrefois les rapports du clergé avec l'État avaient été abrogées par nos grandes rénovations politiques; que le droit de l'ancien régime, le droit parlementaire, avait succombé avec la monarchie de Louis XVI; que la loi de germinal an X ne pouvait plus être invoquée après la révolution 1830, et qu'il était temps qu'une législation nouvelle vint régler, dans un nouvel esprit, ces rapports, et faire entrer le prêtre, suivant son expression, dans la communion constitutionnelle. Nous ne savons si cette thèse, avec les conséquences qu'elle entraînerait, serait bien du goût et de l'intérêt du clergé catholique. La première conséquence serait nécessairement que le clergé cesserait d'être un corps de fonctionnaires publics, et par conséquent d'être salarié par l'État; que la liberté sans limites qui lui serait laissée entraînerait par contre la liberté illimitée des cultes comme la liberté de conscience; ce qui implique non-seulement la liberté des cultes que la charte appelle reconnus, mais de tous les cultes qu'il plairait à la croyance de chacun de reconnaître et d'inventer. A coup sûr, sous ce régime, un déiste ne serait plus condamné, comme on l'a vu récemment, en cour d'assises, à un long emprisonnement et à une lourde amende; mais nous répugnons à croire que la somme des avantages égalât celle des inconvénients, et nous sommes surtout portés à penser, nous le répétons, que les intérêts du culte catholique recevraient, une rude atteinte de ce principe largement et sincèrement appliqué. La Chambre a écouté M. de Carné avec une attention scrupuleuse, mais sans manifester la moindre adhésion à sa pensée,--Il y avait loin de ces discussions à celle des fonds de police. La Chambre aussi n'a pu y revenir, malgré les efforts de M. Jules de Lasteryrie qui est monté à la tribune pour motiver, et qui l'a fait avec talent, un amendement proposé par lui et réduisant le crédit demandé de 50,000 fr. Le débat n'a pu se réengager; mais au vote la lutte a été la même, et l'amendement n'a été rejeté, par assis et levé, qu'à une très-faible majorité. Au scrutin sur l'ensemble de la loi il s'est trouvé 225 voix contre 169; mais il faut une opposition bien tranchée pour refuser tout complément de fonds secrets, et bon nombre de partisans de l'amendement ont, après son rejet, cru devoir accorder le crédit demandé.
La situation qu'a mise en lumière le discours de M. Dupin, et qui depuis ce jour-là même semble s'être aggravée encore, rend peut-être plus difficile et rend à coup sûr plus urgente la loi sur l'enseignement. La commission de la chambre des pairs chargée de l'examen du projet a nommé pour son rapporteur M. le duc de Broglie. Le choix est une garantie que ce travail dont la Chambre recevra prochainement la communication sera en rapport avec l'importance de la question soumise à ses délibérations.
Quant à la chambre des députés, elle a quitté les lois et les propositions purement politiques pour aborder une loi d'organisation militaire, la loi du recrutement. Déjà examinée par elle 1841, mais qui lui revient après les changements que la chambre des pairs a proposé d'y introduire en 1843. La question a été examinée récemment dans ce journal. Après le vote, nous dirons le parti que la chambre des députés a définitivement adopté sur les points principaux de la matière; sur les moyens de réglementer le remplacement, de parer à ses abus, et d'organiser une réserve réelle et puissante.--Ajoutons, pour en finir avec les débats parlementaires, qu'un député, M. Chapuys de Montlaville, vient de déposer une proposition tendant à faire exempter de tout droit de timbre les journaux et feuilles périodiques.
On a reçu d'Espagne la confirmation de la mise à mort du colonel Bonet et de vingt-quatre officiers de l'armée et de la police ayant fait partie de son corps. Ces malheureux ont été fusillés par derrière, par l'ordre de ce Roncali que nous avons déjà vu faire procéder à une pareille boucherie, et qui ne laisse pas échapper une occasion de prouver qu'il n'était qu'un imposteur hypocrite quand, défendant Diego Leon, il disait qu'il ne pouvait comprendre la nécessité de verser le sang pour cause politique. Ce même homme sert aujourd'hui de bourreau en Espagne, et la fumée des fusillades qu'il commande, semble, dans sa pensée, devoir être comme un encens agréable à la reine Christine. Il lui fait injure, nous n'en pouvons douter. Les députés progressistes, arrêtés en flagrant délit de conspiration, disait-on, attendent toujours en prison qu'on ait trouvé des preuves contre eux ou qu'on ait prononcé leur élargissement.--Un des griefs de l'Espagne contre le Maroc est la mise à mort d'un consul espagnol exécuté par ordre de Nadji-Murad, gouverneur de Maraguon, une des provinces de l'empire. Le Correspondant nous apprend que ce consul était français d'origine, né à Marseille, nommé Victor Darmon, et âgé de vingt-huit ans. Ce journal reproche au consul de France à Tanger, M. de Nion, d'avoir refusé d'intervenir pour son compatriote autrement que par une représentation collective signée de tous les consuls européens. Ces assertions ont besoin d'être vérifiées, car il serait étonnant, comme on l'a déjà fait observer, de voir organiser des missions pour l'affranchissement des noirs dans le Maroc, et d'y montrer tant d'indifférence à l'égard des blancs.
Le ministère grec est en dissolution à la suite d'un vote de l'assemblée nationale, qui a repoussé, par les inspirations des ambassadeurs de France et d'Angleterre, le principe de l'élection des sénateurs. A un premier vote, sur la question savoir s'ils seraient élus par la nation ou nommés par le roi, les forces s'étaient exactement balancées, et il s'était trouvé 98 voix d'un côté et 98 de l'autre. Après un ajournement, un nouveau scrutin a donné 112 voix à la nomination royale; l'élection n'a plus compté que 92 partisans. La même majorité a décidé que les sénateurs seraient nommés à vie et non pas pour dix années seulement. Ce résultat a amené la démission de M. Metaxa, président du cabinet et ministre des affaires étrangères, et de M. Shynas, ministre des affaires ecclésiastiques. Du reste, ce déchirement n'est rien auprès des difficultés que va soulever l'article 39 de la constitution voté à l'unanimité par l'assemblée, et ainsi connu: «Tout successeur au trône doit nécessairement professer la religion orientale du Christ.» Cet article, en contradiction manifeste avec le traité de 1832, constitutif du royaume de Grèce, place les frères du roi Othon dans l'alternative, ou d'apostasier, ou de perdre les droits éventuels qui leur sont assurés parles trois puissances protectrices.
Washington vient d'être témoin d'une épouvantable catastrophe. Le capitaine Stockton avait invité deux cents gentlemen et deux cents ladies à une fête qu'il leur avait préparée à bord du magnifique steamer qu'il commande, le Princeton. Le président et sa famille, les ministres, plusieurs ambassadeurs étrangers, des sénateurs et des députés s'étaient rendus à cette invitation le 28 février. Chacun se promettait une journée délicieuse; à une heure on était passé à bord du bâtiment. Après un salut de vingt et un coups de canon, tiré avec les petites pièces, on chargea la grosse pièce pour faire voir aux dames le mouvement d'un boulet deux cent trente livres sur l'eau. Elles étaient toutes sur le pont et au premier rang. Un fit feu, et le boulet parcourut la distance en exécutant une douzaine de ricochets sur la mer. On descendit ensuite dans la cabine, on but du champagne; la gaieté régnait partout. Comme le vaisseau retournait à terre, le ministre de la marine demanda qu'on fit charger de nouveau la grosse pièce. On monta sur le pont, et on fit un cercle autour du canon pour voir les préparatifs. La pièce chargée, on fit feu; la pièce éclata par la culasse, et MM. Upshur, ministre de l'intérieur; Giliner, ministre de la marine; Maxey, député du Maryland, et quelques autres, tombèrent morts sans avoir proféré un seul cri. Il y eut aussi plusieurs autres hommes gravement blessés. Aucune femme n'a été victime de cet effroyable événement. Au moment où il portait la mort sur le pont, plusieurs personnes demeurées dans la cabine y faisaient entendre des chants et, comme l'explosion eut lieu précisément au moment où le mot Washington était prononcé, trois salves d'applaudissement retentirent, et des cris de joie se marièrent aux cris de mort.