Gaucher de Châtillon défendant l'entrée d'une rue du
faubourg de Minich (1230), par M. Karl Girardet.

Deux paysagistes nous semblent placés sur la même ligne, et posséder un talent égal pour copier la nature: ce sont MM. Léon Fleury et Jules Coignet. Le premier, dans sa Vue des bords de la Marne aux environs de Saint-Maur, et dans sa Vue de Menton (principauté de Monaco), que l'Illustration donne à ses lecteurs, a déployé de rares qualités. La Vue de Menton, principalement, est pleine d'intérêt et de charme. Le second, M. Jules Coignet, n'est pas resté au-dessous de sa réputation dans ses vues d'Italie et des Temples de Pæstum.

Versailles met l'esprit de nos peintres à la torture; il n'est pas un d'entre eux qui ne fasse «son tableau de bataille.» Celui-ci parvient à bien s'acquitter de la tâche qu'il a entreprise; celui-là, n'ayant pas réussi, s'excuse en alléguant son peu d'aptitude pour les compositions guerrières. Les peintres d'imagination ne manquent jamais de s'en tirer à leur honneur, et tel est M. Karl Girardet.

Sous le numéro 793, M. Karl Girardet a peint un beau fait d'armes du temps des croisades: Gaucher de Châtillon défend seul l'entrée d'une rue dans le faubourg de Minich.

«On le voyait, dit Michaud, tantôt fondre sur les infidèles, les disperser, les abattre; tantôt se retirer pour arracher les flèches dont il était hérissé; il retournait ensuite au combat. Le reste de l'arrière-garde était encore à quelque distance; personne ne paraissait; les Sarrasins, au contraire, arrivaient en foule.»

Le peintre a suivi scrupuleusement le récit de l'historien, et les quelques lignes que nous avons mises sous les yeux du lecteur suffisent pour expliquer le tableau de M. Karl Girardet, où l'on remarque beaucoup de mouvement, une brillante couleur, et une grande facilité d'ajustement et d'exécution.

La Porte latérale de la Mosquée de El-Moyed, au Caire, du même peintre, est une charmante étude d'après nature; M. Karl Girardet a peint aussi,--en collaboration avec son frère,--la Famille égyptienne priant sur le tombeau d'un parent, tableau auquel nous reprocherons de n'être pas assez triste, mais dont les accessoires surtout sont traités de main de maître.

M. Louis Canon a exposé le Retour du Routier, que nous reproduisons. Ce ravissant petit tableau est à la fois une scène de mœurs et un paysage. Peinture pleine d'esprit et de naturel, peinture sans prétention, et par cela même fort agréable. M. Louis Canon a devant lui un bel avenir, et le paysage-genre n'a pas de plus intelligent interprète.

M. Sebron, dans sa Vue du château de Neuilly, s'est efforcé de rendre, avec le plus d'exactitude possible, un effet de clair de lune; il a triomphé de la difficulté. La Vue intérieure de la Chapelle Saint-Georges, à Windsor, est une page importante. Cet intérieur est le meilleur du Salon de cette année.