Le Retour du Routier, par M. Louis Canon.

M. Jules Jacob nous a fait un Conte charmant; sa Satisfaction suffit à la nôtre. Des fruits bien peints complètent dignement son exposition.--M. Victor Robert, dont la Conversion de saint Paul prouve les études sérieuses, se révèle plus encore peintre habile dans une toile historique; Le Velay ravagé par guerre, la famine et la peste en l'an 1586.--M. Charles Malankiewicz a fait preuve de talent dans son Départ de Wilna, lors de la guerre de 1812.--M. Eugène Ginain a deux tableaux qui méritent d'être vus: Marche sur Médéah, et des Cavaliers arabes acceptant du lait dans le désert.

C'est ici le lieu de recommander aux amateurs qui, en visitant le Salon, aiment à y rencontrer quelques tableaux propres à émouvoir leur gaieté et à reposer leur esprit, d'entrer dans la galerie de bois; ils s'arrêteront un instant devant la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ils contempleront l'œuvre délicieuse de M. Lépaulle; et puis, à gauche, beaucoup plus loin, ils riront devant Un bal donné à l'Hôtel-de-Ville sous l'Empire. Ce tableau n'est pas signé, je crois; mais tout le monde vote à l'auteur anonyme des remerciements, et nous surtout, pauvres critiques exténués de fatigues, car le bal en question nous repose en moins de quelques minutes, nous le bénissons; grâce à lui nous redevenons frais et dispos en quittant les galeries du Louvre.

Théâtre de l'Opéra-Comique.

La Sirène, opéra-comique en trois actes, paroles de M, Scribe, musique de M. Auber.

C'est une histoire fort compliquée que celle de cette sirène, et il me faudrait, pour la raconter avec clarté dans tous ses détails, faire un livre plus gros que le poème de M. Scribe, plus gros peut-être que la partition de M. Auber. Quelle besogne pour moi et pour vous, lecteur! Rassurez-vous, je ne mettrai pas votre patience à une si terrible épreuve.

La sirène de l'Opéra-Comique n'a pas une queue de poisson, comme celle de la Fable... Hélas! je suis forcé d'avouer qu'elle n'a pas non plus les attraits merveilleux de ses devancières, ni la voix étendue, sonore, puissante qui leur a fait une si grande réputation. Tout dégénère.

Le monde, de qui l'âge avance les ruines, devient chaque jour moins fertile en beautés séduisantes et en sopranos miraculeux. A cela près, la sirène d'aujourd'hui remplit toutes les conditions de son emploi. Malheur aux dilettanti qui, en traversant les Abbruzzes, prêtent l'oreille à ces chants mystérieux et perfides qui les attirent vers des défilés sans issue, vers des gorges abruptes, peuplées de voleurs, et inaccessibles aux gendarmes!

Théâtre de l'Opéra-Comique, la Sirène, acte 2e--La
sirène, mademoiselle Lavoye.--Bolbaja, M. Henry.--Scipion, M. Audrait.