Nouvelles Recherches sur un petit Animal très-curieux.

(2e article.--Voir tome III, page 43.)

Nous avons fait connaître que, de toutes les particularités de l'histoire naturelle de l'hydre, celle qui a d'abord fixé à juste titre et plus spécialement l'attention de l'auteur de ces nouvelles recherches, était la reproduction de cet animal qui se fait naturellement ou expérimentalement de trois manières, c'est-à-dire par bourgeonnement, par division et par production de véritables œufs. Les corps reproducteurs de ce zoophyte sont donc, de même que chez beaucoup d'autres animaux inférieurs rapprochés des plantes, sont, disons-nous, des bourgeons ou gemmes, des fragments ou boutures, et des œufs auxquels les physiologistes donnent actuellement le nom d'ovules, pour des raisons très-valables que nous devrons mentionner, en parlant bientôt des œufs des hydres.

Nous avons déjà constaté que les bourgeons étudiés à leur première apparition ne présentent aucun indice d'un genre spécial distinct analogue à l'utricule primordiale des végétaux, ou au germe qu'on a découvert dans ces derniers temps dans l'œuf de la plupart des animaux même les plus élevés et dans celui même encore de l'espèce humaine Nous savons enfin que le bourgeon de l'hydre est, dès son origine première, un embryon formé par une extension vitale du sac stomacal de la mère. Il n'en est pas de même à l'égard de l'un des plus petits fragments de cet animal, susceptible de devenir un nouvel individu, puisque ce fragment, si petit qu'il soit, mais encore reproductif, étant tout à fait séparé du corps de l'hydre mère, ne peut recevoir d'elle aucun suc nutritif propre à favoriser son développement. Le fragment ou cette bouture qui se présente, dit l'auteur, sous forme d'une sorte d'œuf bouturaire, diffère cependant d'un œuf véritable, parce qu'il germe de suite, tandis que la germination de l'œuf n'a lieu qu'à la fin de l'hiver et au commencement du printemps. Aussi le fragment ou la bouture très-petite de l'hydre a-t-il été considéré comme étant, dès le premier jour même, un véritable embryon bouturaire, et c'est sous ce rapport qu'il ressemble à l'embryon gemmulaire, c'est-à-dire provenant d'un bourgeon ou gemme.--Les individus entiers qui proviennent d'une bouture ou d'un bourgeon n'ont donc point passé par l'état d'œuf. Ils sont de suite embryons, et, aussitôt que ce développement embryonnaire est complet, ils fonctionnent dans leur espèce comme des animaux plus ou moins parfaits dans leur nature après la naissance.

Abordons maintenant l'histoire de l'œuf de l'hydre et du polype qui en provient. Ce corps reproducteur, déjà trouvé et décrit par Bernard de Jussieu en 1743, par Tremblay en 1744, et par Roesel en 1755, avait été méconnu par ces trois observateurs. Pallas l'avait bien caractérisé et décrit de nouveau en 1766. Le docteur Wagler de Brunswick en avait recueilli plusieurs qui étaient collés soigneusement sur divers corps fluviatiles, et les avait figurés en 1777. Schrank et Schveigger, l'un en 1803 et l'autre en 1820, doutèrent de la réalité de cet œuf, parce que l'hydre n'a pas d'organes sexuels. Enfin M. Ehrenberg, reprenant tous les travaux de ses prédécesseurs, les décrivit plus exactement et en donna des figures excellentes qui ne concordent pas cependant avec celles de Wagler ni avec celles de l'auteur des nouvelles recherches.

Nonobstant l'exactitude des observations et des déterminations scientifiques de naturalistes aussi recommandables que Pallas, Wagler et M. Ehrenberg, quelques zoologistes qui s'occupent en France de l'étude des organismes inférieurs du règne animal, doutaient encore de la réalité de l'œuf de l'hydre et se refusaient à admettre comme certains les résultats des recherches nombreuses et très-consciencieuses de M. Laurent. Les trois objections qui lui étaient faites étaient ainsi formulées: selon les uns, l'œuf de l'hydre n'était autre chose qu'un gemmule ou bourgeon hibernal. Les autres, contrairement à ses déterminations, soutenaient que l'œuf de l'hydre, pour qu'on fût fondé à le considérer comme un véritable œuf, devait être composé comme celui de la très-grande majorité et même de la totalité des animaux. Enfin les troisièmes avançaient que les œufs d'hydre qui sont réellement épineux ou dépourvus d'épines devaient appartenir à deux espèces différentes. Ces trois objections ont ainsi provoqué des réponses péremptoires, sous le titre de Remarques sur trois questions encore agitées de nos jours relativement à l'œuf de l'hydre. Voici les principaux arguments de l'auteur des recherches nouvelles, que présentait à leur appui les preuves matérielles des faits qu'il confirmait et de ceux qu'il découvrait: «Nous nous déterminons, dit-il, à présenter ces remarques sur des questions, les unes en partie résolues par nos prédécesseurs, les autres non encore attaquées avec des principes, en raison de leur importance, lorsqu'on les rattache aux sciences zoologiques, c'est-à-dire à l'anatomie, à la physiologie comparée et à l'histoire naturelle des animaux.»

Question de l'existence ou de la réalité de l'œuf de l'hydre.--«Le principe au moyen duquel ou eût pu résoudre de suite cette première question est certainement que dans la très-grande majorité des animaux plus ou moins connus, lors même qu'ils se reproduisent par des bourgeons et par des boutures, ils doivent encore se propager par de véritables œufs; ce qui se réduit à dire avec Harvey, et dans un sens plus explicite; Tout être vivant se reproduit par œuf.

«L'hydre, déjà reconnue comme animal gemmipare et fissipare, aurait été trouvée de suite ovipare, et il n'eut jamais dû y avoir le moindre doute à cet égard, si tous les auteurs, qui ont émis des opinions diverses sur ce sujet, eussent procédé comme on le doit dans des sciences d'observation.

«Pour bien constater la réalité des œufs de l'hydre, il fallait éviter de les confondre: 1º avec les boutures, ce qui était facile; 2° avec les bourgeons, ce qui présentait quelques difficultés en raison de ce que ces deux sortes de corps reproducteurs, qui se forment dans les mêmes endroits du corps, pouvaient être considérés comme deux sortes de bourgeons, l'un estival et l'autre hibernal. Dans ces derniers temps, les personnes qui ont adopté, sans examen préalable, la théorie ovologique de H. Wagner (4), et auxquelles nous démontrions que l'œuf de l'hydre est une ovule simple et univésiculaire, opposaient à cette détermination que ce prétendu œuf n'est autre chose qu'un bourgeon ou gemmule hibernal.

Note 4: Dans cette théorie, incomplète parce qu'elle ne groupe pas tous les faits actuellement connus, tout ovule animal, ou œuf pris dans l'ovaire, est composé d'un premier noyau appelé tache germinative et contenu dans une vésicule très-petite dite du germe, qui est elle-même renfermée dans une autre vésicule plus grande et remplie de jaune.