Nous avons vu précédemment qu'une nourriture très-abondante avait produit sur les hydres, qu'on élève dans des vases chez soi, une exubérance de bourgeonnement qui s'effectuait sur tous les points de leur corps. Il était naturel de penser que la même cause pourrait déterminer une exubérance de production d'œufs également formés sur tous les points du corps des hydres qui ont déjà bourgeonné pendant la belle saison.
Cette expérience eut le plus grand succès, et elle a fourni des résultats de la plus grande importance pour l'anatomie et la physiologie comparée.
Le corps des hydres très-abondamment nourries pendant toute la belle saison se recouvrit, sur la fin d'octobre et en novembre, d'un très-grand nombre de tumeurs qui ne ressemblaient point toutes exactement à celles qu'on observe sur les hydres recueillies à la campagne à la même époque, et qui donnent des œufs en général tous féconds. L'expérimentateur croit, au premier abord, que toutes les tumeurs qui recouvrent à cette époque de l'année le corps des hydres élevées chez lui sont toutes de véritables œufs, ce qui n'est vrai qu'en partie, il y a, le plus souvent, deux phénomènes, qui, se produisant en même temps, jettent l'observateur dans un grand embarras. Il faut, dans ce cas, une observation très-attentive et des précautions minutieuses pour bien distinguer les deux faits qui sont entremêlés et qui semblent se compliquer réciproquement par leur coexistence.
Voici comment on parvient à cette distinction: il faut se rappeler que le corps des hydres, exposé aux premiers froids, se recouvre souvent de tumeurs pustuliformes, qui sont, en général, claires et acuminées, tandis que les tumeurs qui deviendront des œufs, sont jaunes ou jaunâtres depuis le premier moment de leur apparition. L'individu figuré à côté est un de ceux qui portent seulement des œufs qui sont encore à l'état naissant. Cet individu avait été coloré en rouge. Un bourgeon, qu'il porte en outre des œufs, offrait la même couleur que le corps de sa mère, tandis que les œufs étaient jaunes.
Le cas le plus embarrassant est celui dans lequel les hydres portent en même temps des pustules qui deviennent jaunâtres au moment on elles vont crever, et des tumeurs jaunes qui sont de véritables œufs. La figure placée ici représente un de ces individus couvert en même temps d'œufs et de pustules et figuré au moment ou deux de ces pustules viennent de crever. On voit sortir de chacune d'elles des corpuscules en mouvement. Ces corpuscules nageant dans un fluide constituent-ils le moyen par lequel les œufs sont rendus féconds? Dans ce cas, les tumeurs pustuliformes devaient être considérées non plus comme une maladie, mais bien comme une sorte d'organe mâle transitoire. Telle était la question qu'il fallait poser et résoudre, et pour la solution de laquelle les expériences nouvelles instituées par l'auteur fournissaient tous les éléments nécessaires.
L'isolement et l'observation attentive d'un très grand nombre d'individus recouverts de tumeurs, et leur distribution en trois catégories ont fourni les résultats suivants, qui donnent la solution satisfaisante de la question importante relative à l'existence des deux sexes chez le polype d'eau douce:
1º Les hydres isolées, qui ne portaient que des tumeurs jaunes sur tout le corps, ont produit un grand nombre d'œufs qui, dans un très-grand nombre de cas, étaient tous féconds;