Il n'est pas possible de préciser rigoureusement le premier moment du travail embryonnaire qui convertira le contenu de ces œufs en nouveaux individus. Ce travail ou le développement des embryons formés dans ces œufs diffère de celui du développement des bourgeons, qui sont des embryons nus, mais il ressemble au développement des boutures très-petites qui, après s'être arrondies, prennent l'aspect d'un œuf sans coque. L'embryon bouturaire, de même que l'embryon ovulaire, c'est-à-dire développé sous la coque de l'œuf, ne devant être autre chose qu'un sac stomacal d'abord sans bouche et sans bras, il a fallu porter ces embryons sous le microscope pour découvrir le mécanisme physiologique de la formation de ce sac stomacal, qui constitue à lui seul tout l'animal; mais la coque de l'œuf, d'un brun jaunâtre, n'est que très-peu translucide; il a donc fallu comprimer les œufs en voie de développement pour les rendre un peu transparents, et se déterminer à en ouvrir un très-grand nombre et les comparer aux embryons bouturaires. Ces observations microscopiques ont montré que l'intérieur de la substance homogène contenue dans l'œuf se résout en un certain nombre de grandes vésicules qui, venant à crever en dedans, laissent une cavité qui sera l'estomac, pendant que toute la substance plastique qui circonscrit cette cavité stomacale se transforme en tissu charnu très-mou qui forme les deux peaux des parois du sac stomacal.

Trois figures placées ici sous les yeux présentent les trois principaux aspects du travail embryonnaire des petites hydres formées dans un œuf. Ces trois principaux aspects ont été déduits d'un très-grand nombre d'observations d'œufs sacrifiés pour cette étude. Deux de ces figures montrent, en outre du noyau formé par les vésicules intérieures, les rudiments des bras qui, malgré l'étroitesse de l'espace, ont commencé à pousser lorsque l'embryon est encore dans l'œuf, ce qui est mis en évidence lorsqu'on assiste à l'éclosion de l'œuf. Il est probable que l'embryon arrivé à terme exerce des mouvements d'expansion qui font éclater l'œuf, et la fente qui en résulte devient l'ouverture par laquelle les petits peuvent sortir, en présentant tantôt et le plus souvent la bouche entourée de ses bras, et tantôt l'extrémité, opposée, qu'on pourrait confondre avec une bouche non encore pourvue de ses bras.

La figure mise sous les yeux représente cinq œufs fixés sur des tiges de ceratophyllum, desquels on voit sortir les petits, dont l'un (le plus à droite) présente le pied, tandis que les autres se montrent au dehors ayant leur bouche garnie de bras plus ou moins allongés.

Le coup d'œil rapide que nous venons de jeter sur l'histoire de la reproduction de l'hydre suffit pour démontrer bien clairement qu'il existe des animaux véritablement rapprochés des plantes, à cause de la multiplicité et de la diversité de leur propagation. Nonobstant leur ressemblance très-grande avec les végétaux, les polypes, dont l'hydre ou polype d'eau douce est citée ici comme type ou modèle de ce degré de l'animalité, n'en sont pas moins, sous tous les autres rapports, de véritables animaux, et ne doivent point être rangés dans un prétendu règne intermédiaire à ceux-ci et aux véritables plantes. Sans nul doute, la véritable limite entre l'animalité et la végétabilité ne peut encore, dans l'état actuel des sciences naturelles, être déterminée d'une manière rigoureuse, parce qu'à ce point de contact des deux règnes organiques de la nature, un voile épais couvre le grand mystère de la vie réduite à son expression la plus simple. Les physiologistes et les naturalistes, doués, du génie de l'investigation, ne pourront probablement attaquer cette grande question, restée jusqu'à ce jour problématique, que lorsque les progrès de la physique des corps organisés auront permis de formuler la loi générale des phénomènes de l'électricité, du magnétisme, de la chaleur et de la lumière surtout qui nous fournit le calque des formes. Déjà les physiciens et les chimistes sont disposés à diriger tous leurs efforts vers la découverte de cette loi générale des grands phénomènes qui semblent présider à toutes les manifestations de la vie, et nous devons espérer que tous les pas faits dans cette direction, quelque petits qu'ils soient, feront avancer lentement et sûrement l'esprit humain qui ose, de nos jours, s'aventurer dans l'explication spéculative de l'universalité des phénomènes naturels.

Mais hâtons-nous de revenir à notre animal-plante, à notre polype d'eau douce, qui, par la simplicité de son organisation, nous a entraînés dans un coup d'œil sur la question très-complexe de la subordination du phénomène mystérieux de la vie, aux quatre agents universels que les physiciens veulent ramener à l'unité.

Cette petite digression, que nos lecteurs voudront bien nous pardonner, n'en est point une à la rigueur, car nous aurons à leur parler un jour de la manière dont le polype d'eau douce est affecté par la lumière, et à examiner comment on a pu croire qu'il voyait, en quelque sorte, sans yeux. Cet autre point de l'histoire de l'hydre n'a point encore été approfondi, et mériterait bien de l'être. L'auteur des nouvelles recherches nous paraît l'avoir négligé complètement, on peut-être a-t-il été forcé de passer sous silence les observations qu'il a recueillies, parce qu'elles n'ont point encore fourni des résultats satisfaisants. Il nous semble qu'il aurait dû s'appesantir davantage sur un certain nombre de faits qu'il n'a considéré que comme accessoires à ses recherches, et qui pourtant, considérés chacun à part et en eux-mêmes, doivent avoir une très-grande importance en physiologie comparée.

Ces faits, que nous ne devons point passer sons silence, et sur lesquels l'auteur n'a présenté qu'une notice, dans laquelle sont résumés les résultats de ses expériences, sont relatifs à la coloration, aux monstruosités, aux greffes et à la production de la maladie pustuleuse de l'hydre. Les détails que ce premier expose de résultats nous promet seront, sans nul doute, publiés plus ou moins prochainement, et nous en rendrons compte à nos abonnés en temps opportun. Quoique la notice sur cette partie de l'histoire naturelle du polype d'eau douce soit très-succincte, nous ne la donnerons point, et nous nous réservons de la publier lorsque les principaux détails des expériences faites à ce sujet auront été représentés par des figures qui abrègent toujours et simplifient considérablement la conception et la démonstration des faits. Mais tout en faisant les réserves que nous venons de motiver, nous pensons qu'il convient, dès à présent, de faire pressentir toute l'importance que réclame l'étude des monstruosités et des greffes du polype d'eau douce, qui aura peut-être encore, sous ce double rapport, de nouveaux traits de ressemblance avec les végétaux. On sait en général que l'art de la culture produit et perpétue les monstruosités végétales, et que les greffes des plantes sont un point de physiologie végétale sur lequel les botanistes les plus célèbres ne sont pas encore d'accord. L'étude expérimentale des greffes animales pourra peut-être apporter quelques lumières sur ce point litigieux, qui nous semble, au reste, devoir être éclairci lorsque la discussion entre deux savants académiciens, MM. Mirbel et Gaudichand, sera vidée.

Nous ne devons plus dire qu'un seul mot à l'égard du pressentiment de l'importance qu'il conviendra d'attacher à la production expérimentale des monstruosités du polype d'eau douce. Cette importance serait énorme si l'on pouvait parvenir à produire de cette manière la transformation d'une espère en une autre; aussi l'auteur des nouvelles recherches semble avoir eu en vue d'étudier cette question, qui fait partie de l'histoire du développement complet des corps organisés. Mais toutes les monstruosités viables qu'il a provoquées ou produites par division ou par greffe n'ont pas pu encore être propagées par voie de génération; et en observant attentivement pendant plusieurs mois les diverses sortes de monstruosités de l'hydre, il les a vues revenir lentement à l'état régulier d'une manière fort curieuse, puisque le polype monstre devient un seul individu normal par l'atrophie et la disparition des portions d'hydre qui auraient dû se compléter et s'en séparer, ou bien se transforme en plusieurs polypes nouveaux, qui développent graduellement et lentement, sans cesser d'être continus, et qui finissent par, se séparer, et constituer ainsi des individus régulièrement formés et isolés. Jusqu'à ce jour, les monstruosités obtenues expérimentalement sur le polype d'eau douce ou l'hydre, n'ont pu l'être qu'au moyen du bourgeonnement, des boutures et surtout des greffes. Les individus sortant des œufs étaient tous régulièrement formés.