Toutes les cellules, dont nous donnons ici la porte, ont treize pieds de long sur sept de large et dix-sept de hauteur; elles sont toutes blanchies à la chaux et éclairées par une fenêtre élevée et grillée. Quand la porte s'ouvre, elle laisse voir dans le coin à droite en entrant une tablette sur laquelle on range pendant le jour le lit ou hamac roulé, qui se suspend la nuit à des crochets fixés dans le mur, et au-dessous de cette tablette un tiroir dans lequel on peut serrer différents objets; près de là est une table avec une Bible et quelque autres livres; au-dessus de la table se projette un bec de gaz, enveloppé d'un garde-vue, et qu'on allume le soir. Un peu plus loin se trouve une cuvette en métal, scellée dans le mur et surmontée d'un robinet qui s'ouvre à volonté; l'eau qui a servi s'échappe par le fond de la cuvette et est conduite par un tuyau dans un siège creux en pierre, recouvert d'une plaque de fonte à charnière. Vingt-cinq litres d'eau par jour sont mis à la disposition de chaque prisonnier, indépendamment de ce qui se consomme pour les bains administrés à des intervalles réguliers dans une partie de l'établissement appropriée à cet usage. Un calorifère établi au rez-de-chaussée distribue, dans toutes les parties de l'édifice, de l'air chaud qui pénètre dans les cellules par des trous pratiqués dans des plaques métalliques fixées dans le plancher, en même temps que l'air vicié s'échappe par d'autres ouvertures ménagées au-dessus de la porte et communiquant avec des fourneaux d'appel placés dans des parties éloignées du bâtiment.

Chapelle de la Prison de Pentonville.

A toute heure du jour ou de la nuit, le prisonnier peut appeler l'aide ou le secours d'un employé dans sa cellule. En touchant un ressort, il met en mouvement une sonnette placée dans l'arcade qui correspond à l'aile de bâtiment qu'il habite; en même temps une petite tablette, couchée contre le mur de cette arcade, se déploie et indique au gardien le numéro de la cellule où il est appelé. Dans la porte de chaque cellule est tout à la fois un judas fort étroit, recouvert de gaze d'une fermeture, par lequel on peut, sans être vu, observer tous les mouvements du prisonnier, et un guichet par lequel on lui fait passer sa nourriture.

«Dans les différentes cellules où j'entrai ou dont j'examinai l'intérieur par les ouvertures ménagées à cet effet dans portes, dit une personne qui a visité récemment cet établissement (1), les prisonniers étaient à l'ouvrage, les uns exerçant le métier cordonniers, d'autres celui de tailleurs, plusieurs celui forgerons et de menuisiers, quelques-uns celui de tisserand et de vanniers. Dans chaque cellule de forgeron était installée une forge avec son soufflet, ainsi qu'une enclume, le tout proportionné aux dimensions de la pièce; et nous observâmes avec intérêt l'entrain avec lequel les prisonniers battaient leur fer et se livraient leurs autres travaux, comme s'ils y eussent trouvé une diversion agréable à l'ennui de leur solide. Il est évident qu'un travail utile et régulier, qui occupe l'intelligence ainsi le corps, doit nécessairement exercer une puissante influence sur le physique et sur le moral: on peut même dire le c'est l'absence de cette action salutaire qui a amené la plupart des détenus dans leur position actuelle. Dans quelques cellules, je remarquai deux personnes, le prisonnier et un instructeur; et, à ce sujet, on ne saurait trop répéter que beaucoup de personnes ne se font pas une idée exacte de ce qui constitue le système de silence et de séparation auquel les prisonmers sont soumis dans la prison modèle. Indépendamment de l'humanité avec laquelle on a pourvu à leurs différents besoins, ils reçoivent dans leurs cellules la visite des personnes chargées de leur enseigner le métier qu'ils choisissent, du médecin, de l'aumônier et d'autres fonctionnaires de l'établissement. A certaines heures du jour, ils sont conduits à l'école par divisions; et à, sans pouvoir se voir les uns les autres, ils sont tous vus par l'instituteur et l'entendent lire mutuellement. Ils assistent aussi en masse aux exercices religieux. La chapelle, située dans la partie supérieure du bâtiment, est une vaste pièce, pourvue d'un orgue, d'une chaire, et des autres accessoires nécessaires; les bancs, qui s'élèvent par gradins, sont divisés en une série de petites niches fermées comme autant de loges dans lesquelles on entre par derrière, de sorte qu'aucun des assistants ne peut voir ni ses voisins, ni ceux qui sont devant ou derrière lui, tandis que le ministre a tout son auditoire sous les yeux.

Note 1: London Magazine et Revue Britannique, numéro de février 1844.

«Je montai sur le toit de cette chapelle, d'où j'eus un panorama complet de la prison, qui couvre, avec toutes ses cours et préaux, une surface de près de trois hectares, le tout entouré, à l'exception du corps-de-logis, qui forme la façade, d'une haute muraille dans les angles de laquelle sont ménagés les logements des employés qui doivent résider dans rétablissement.»

Intérieur de la prison de Pentonville.

L'installation des cuisines est bien entendue. Des crics enlèvent et font monter à tous les étages les plateaux chargés, qui circulent rapidement sur des chariots dans les différents corridors. Le régime y est sain et abondant. On peut faire l'objection, cela est bien vrai, dans presque tous ces établissements nouveaux, que les individus ainsi traités sont cependant des coupables subissant une peine, et que d'honnêtes ouvriers, de braves laboureurs, à la vie desquels la société n'a nul reproche à faire, sont bien loin de pouvoir vivre aussi convenablement, aussi largement, malgré la persévérance et la fatigue de leurs travaux. Il y a une juste mesure à observer pour les directeurs de maisons pénitentiaires. Mais il est bien explicable que, placés entre deux reproches contradictoires, qui sont souvent dirigés contre eux en même temps, celui de traiter trop bien les détenus, par le motif que nous venons d'exposer, et celui de les traiter trop mal, que leur adressent, quoi qu'ils fassent, certains philanthropes exaltés, ils préfèrent, quand il s'agit surtout d'aliments et de leur abondance, s'exposer à dépasser plutôt un peu une stricte mesure qu'à demeurer en deçà.