Une partie importante du mécanisme moral de la prison est la bibliothèque, fort bien montée. Indépendamment de livres de morale et de piété, elle en contient beaucoup qui ne sont qu'instructifs et amusants, et divers ouvrages périodiques que l'on prête aux détenus qui ont rempli certaines conditions du règlement; cette, mesure a produit jusqu'à présent les meilleurs résultats. On conçoit, en effet, que la société d'un livre qui intéresse doit adoucir les ennuis de la solitude, et donner aux pensées une nouvelle et meilleure direction.
Les commissaires, dans un rapport récemment soumis au Parlement, expriment leur haute satisfaction de l'état de la prison. «La conduite des détenus, disent-ils, a été très-convenable, et ils se montrent désireux de se conformer aux règles de la prison et de profiter des moyens d'amélioration morale et d'instruction qui leur sont offerts. Les effets de ces bonnes dispositions se manifestent déjà d'une manière frappante. L'état sanitaire est très-satisfaisant sous tous les rapports, et les détenus ont, en général, fait des progrès rapides dans les différents métiers qu'on leur enseigne.»
Ajoutons, avant de terminer, dût cet article sembler sans conclusion, dût notre lecteur demeurer dans le doute, que M. L. Faucher, dans un travail remarquable qu'il a publié dans la Revue des deux mondes du 1er février dernier, a cru devoir, s'appuyant sur le Times du 28 janvier, porter sur le résultats obtenus à Pentonville un jugement diamétralement opposé à celui de la commission de cet établissement, quant à la question sanitaire: «Il n'y a pas un an, dit-il, que Pentonville est habité, et déjà il a fallu transférer à Woolwich, dans le ponton qui sert d'hôpital, environ quarante condamnés réduits, par le régime solitaire, à un tel état de maigreur et de faiblesse, que bien peu de ces malheureux paraissent devoir recouvrer la santé. Le 24 janvier, une enquête ouverte à Woolwich, après le décès d'un condamné, a constaté qu'il était mort des effets de l'emprisonnement pensylvanien, malgré les soins qu'on lui avait prodigués, après sa sortie de Pentonville, pour le ramener à la vie. Cet homme, quoique dans la fleur de l'age, présentait l'aspect d'un véritable squelette, et son corps n'était plus qu'une masse entièrement desséchée. Outre ceux qui sont morts ou qui sont à la veille de mourir, on a transféré à l'hospice de Bethléem trois condamnés qui étaient devenus fous, l'un dès le mois de juin, l'autre dans le mois d'août, et le troisième avant la fin de décembre 1843. Il semble, d'après cela, que l'influence délétère que ce système exerce sur les facultés mentales soit aussi prompte qu'elle est terrible.»
Bulletin bibliographique.
L'Inde anglaise en 1843; par le comte Édouard de Warren, ancien officier au service de S. M. R. dans l'Inde (présidence de Madras). 2 vol. in-8. Dans, 1844 Imprimeurs-unis. 15 fr.
«En écrivant cet ouvrage, dit M. le comte Édouard de Warren, je me suis propose deux tâches qui ont donné naissance à deux parties tout à fait distinctes, quoique se prêtant une confirmation mutuelle. Dans la première, j'ai cherché à combler avec des matériaux peut-être rudement dégrossis, mais du moins consciencieusement recueillis, la lacune laissée par la mort dans l'admirable ouvrage de Jacquemont. Son journal et sa correspondance n'embrassent que les présidences du Bengale et de Bombay; celle de Madras lui échappé entièrement. Cette province est cependant bien loin de le céder aux deux autres en importance et en intérêt, pour la France surtout, qui y a joué un si grand rôle, qui y conserve encore tant de souvenirs de gloire et de malheur. Cette lacune, j'ai essayé d'abord de la remplir, mais entraîné bientôt par le sérieux et le positivisme de ma nature, j'ai cependant abandonné la partie descriptive pour aborder les questions politiques.»
L'Inde anglaise se divise en effet, comme son auteur nous l'apprend ainsi dès le début, en deux parties tout à fait distinctes. La première, plus longue que la seconde, ne lui ressemble en rien. C'est «un simple récit du coin du feu, que M. de Warren abandonne à toutes les critiques qu'on en voudra faire, tout en espérant cependant quelque indulgence; ce sont des pages détachées de son journal, écrites sans prétention, sous l'impression du moment, souvent à la hâte, sur le bord du chemin, sur le pavé de la vieille mosquée, sur le piédestal de l'idole dans la pagode, le soir d'une longue marche sur un lit de camp, ou après les agitations du combat.» Cette première partie, nous ne pouvons pas l'analyser, car elle renferme la vie de M. de Warren depuis 1830 jusqu'en 1843. Au moment où la révolution de juillet éclata, M. de Warren, fils d'un officier de la brigade irlandaise de Dillon, venait de se présenter vainement pour la seconde fois à l'École Polytechnique. Né à Madras, il était toujours l'enfant de l'Asie; il résolut de retourner dans l'Inde, où résidait d'ailleurs sa famille. Enfin, son ambition découvrait dans son pays natal toute une carrière à exploiter, où il n'avait été devancé par personne. Que connaissait-on en effet en 1830? que connaît-on même aujourd'hui de ces vastes contrées où la France a joué un si grand rôle? Avait-on fait le moindre effort depuis quarante ans pour s'enquérir de la politique de nos rivaux et du développement de leur puissance dans le plus vaste de leurs domaines? M. de Warren se proposa donc d'entreprendre un long pèlerinage: pour visiter les localités les moins connues de l'Inde anglaise, et de recueillir toutes les données nécessaires, afin d'en extraire plus tard l'analyse politique et l'histoire contemporaine de son gouvernement. Il partit donc, après avoir demandé à M. le comte Dupuys «un plan pour poursuivre avec méthode son idée, bien résolu à l'exécuter avec la ténacité et l'audace dont il se sentait capable.»
Nous ne pouvons malheureusement pas le suivre dans ses voyages. Qu'il nous suffise de dire qu'il habita et qu'il décrit tour à tour Madras, Pondichéry, Hyderabad, Ellorn, Bellary, Golconde, Vellore, etc. Nommé enseigne dans le 55e régiment de. S. M. B., il nous donne d'abord les détails les plus nouveaux et les plus complets sur la composition d'un régiment anglais, l'armée royale et l'armée de la compagnie, les systèmes de recrutement et d'avancement, etc. Enfin, il fit la campagne de Coorg; puis, après avoir raconté pourquoi et comment la compagnie ajouta à ses domaines les États de Coorg, il escorte le rajah prisonnier jusqu'à Bengalore. Cette expédition terminée, M. de Warren clôt subitement la première partie de son ouvrage. «J'ai cru, dit-il, pouvoir employer les premières pages de mon journal, celles où j'avais inscrit ces premières impressions du voyageur, toujours les plus vives et les plus fidèles, comme un cadre à tiroir dans lequel il était assez commode de faire passer successivement en revue les mœurs, les coutumes, les préjugés, la vie sociale des peuples dont je me préparais à expliquer la vie politique, dont j'allais interroger le passé et calculer l'avenir me semblait nécessaire, au moment d'initier pour la première fois mes compatriotes aux combinaisons de la publique de l'Inde, de les transporter d'abord quelque temps dans l'atmosphère locale, de les acclimater en quelque sorte; mais je ne dois point abuser de la patience du public. D'ailleurs, la marche de mon journal m'a conduit une ère nouvelle qui est précisément l'époque d'où il est nécessaire de reprendre l'étude de l'Inde anglaise contemporaine. Depuis quelques mois une révolution complète s'était opérée dans le système de l'administration de l'Inde. Un acte du Parlement d'août 1833, sanctionné par la couronne, avait transformé une société de marchands en un congrès de ministres, avait ôté de ses mains la balance du commerce pour y laisser celle du gouvernent et de la politique. Les questions qui allaient se présenter étaient trop vastes pour les pages fugitives d'un journal, pour les mêler aux petits accidents de la vie d'un homme. Il était temps de laisser la monotone histoire d'un jeune lieutenant tournant dans un cercle étroit d'oisives garnisons, pour suivre le développement et la marche d'un grand empire.»
Apprécier exactement la nature et le degré du pouvoir de la compagnie anglaise des Indes orientales, «telle était, telle est, dit M. de Warren, la grande question du moment, question palpitante d'actualité et d'avenir, que je me suis proposé pour thème.»
«Pour bien comprendre un mécanisme aussi compliqué, il faut, ajoute-t-il, l'examiner successivement dans ses rapports: 1º avec la métropole; 2º avec les peuples sur lesquels il agit.» Il se trouve ainsi naturellement amené à subdiviser pour plus de clarté la question principale en plusieurs questions élémentaires, dont il essaie de donner une solution. D'abord il se demande quelle est la constitution actuelle de l'empire britannique dans l'Inde, et si cette constitution paraît devoir être définitive. Puis il entre dans de longs et curieux détails sur le gouvernement local; l'organisation administrative, fiscale et judiciaire; le système de police, les revenus, comprenant l'impôt territorial, les tributs, les monopoles, les douanes, la moyenne générale des revenus; la moyenne générale des dépenses; la statistique financière. Les trois premiers chapitres ne traitent que du mode d'action du gouvernement actuel de l'Inde sur ses sujets immédiats ou directs. Son action politique sur ses sujets médiats ou les États alliés, vassaux et tributaires, forme le sujet de trois autres chapitres du plus haut intérêt.