Avant d'exposer les motifs qui plaident pour la réforme postale, nous allons donner une idée de la manière dont se fait le service de Paris.

Tous les habitants de Paris connaissent le bureau de la poste restante, celui des chargements, et, pour les habitants des départements, ces parties du service ne diffèrent de celles qu'ils ont sous les yeux que par un mouvement plus grand, une animation continuelle. Mais il y a, à la direction générale des postes, bon nombre de portes sur lesquelles on lit: Le public n'entre pas ici; et ce sont précisément celles qui, en s'entrouvrant, laisseraient voir le spectacle le plus digne d'attention, le plus curieux. Elles se sont ouvertes pour nous, et nous allons pouvoir faire assister notre lecteur aux opérations auxquelles donne lieu, au mouvement que suit la lettre qu'il vient de jeter à la poste, ou celle que le facteur va tout à l'heure lui apporter.

Toute lettre mise à une de ces nombreuses boîtes que l'administration a réparties dans Paris, est, à l'heure de la levée, portée au bureau de poste sur l'arrondissement duquel elle a été jetée. Là, sur toutes les lettres apportées, à la destination de Paris et de la banlieue, est, avant tout, apposé le timbre qui indique l'arrondissement et l'heure de la levée; sur toutes les lettres destinées aux départements est apposé un timbre indiquant l'arrondissement et la date. On fait ensuite trois paquets différents des lettres pour Paris, pour la banlieue et pour les départements, trois natures de dépêches sont au même moments expédiées par tous les bureaux des arrondissements à l'administration centrale, et transportées par les omnibus des facteurs.

A l'hôtel des postes, les dépêchés pour Paris reçoivent l'empreinte d'un timbre portant Paris et la date du jour, et d'un autre indiquant la taxe de 15 centimes et l'heure de la distribution. La rapidité de cette opération, dont la première partie s'étend également aux lettres arrivées des départements et de la banlieue, est véritablement prodigieuse; on n'a eu cependant encore jusqu'ici recours à aucun moyen mécanique; l'agilité et la dextérité de quelques employés exercés ont suffi aux besoins du service, et ont satisfait à la célérité qu'il exige.--Les lettres sont ensuite soumise au triage. Les paquets que les voitures des facteurs, comme ceux que les malles-postes ont apportés, sont subdivisés, pour Paris, entre les neuf arrondissements que compte la capitale; pour les départements et la banlieue, entre les diverses routes que desservent les malles-postes, et les voitures de la banlieue.--Vient ensuite la taxation, opération plus longue que toutes les autres, et qui cependant doit être exécutée dans un temps si court que l'on s'étonne de la rapidité avec laquelle elle s'accomplit, et du petit nombre d'erreurs auxquelles elle donne lieu.

Pour les deux destinations de la banlieue et des départements, le travail, arrivé à ce point, est complet et il ne reste plus, au moment de l'expédition qu'à envelopper chacun des paquets écrire sa destination. Pour les lettres de Paris, au contraire, reste encore à effectuer une subdivision qui donne lieu à un des tableaux les plus animés que l'intérieur d'une administration puisse offrir.

Triage des Lettres de Paris.

Nous avons dit que lettres pour Paris avaient été déjà été classées entre les neuf arrondissements de poste. Il reste à subdiviser le paquet énorme de chacun de ces arrondissements entre les facteurs qui les desservent. Ces dépêches sont à cet effet montées dans un vaste [illisible] sur la cour principale de l'hôtel des postes et [illisible] sur la cour du fond. Neuf tables immenses y sont dressées, un bureau, où sont assis trois inspecteurs, les domine. A ces neuf vastes tables, viennent prendre place les facteurs des neuf arrondissements; leur nombre, pour chacune de ces subdivisions, est de quinze au maximum; ils sont sous la direction de deux chefs de brigade. Les dépêches de l'arrondissement entier sont remises à ceux-ci, qui en donnent immédiatement une portion à classer à chacun des facteurs assis autour de la table spéciale au bureau qu'ils desservent, et ayant devant eux un casier non couvert; chacun dépose dans son casier toutes les lettres du parcours dont il est chargé, et lance dans les casiers de ses camarades, même les plus éloignés de lui, celles qu'en triant il reconnaît être pour leur quartier. C'est un feu croisé de lettres qui parfois s'entrechoquent, de paraboles contraires que ces projectiles décrivent en même temps, c'est la pluie d'un bouquet de feu d'artifice par lequel les facteurs ne sont pas un seul instant distraits, mais qui offre le spectacle le plus mouvant et le plus curieux à qui ne le voit pas, comme eux se reproduire plusieurs fois par jour entre deux courses de deux ou trois heures faites parmi temps de neige ou de canicule.

Triage des Lettres pour les Dépar- Le Chargement de la Malle-Poste.
tements et l'étranger.