Dans le courant de la journée, Paris a six distributions; la banlieue en compte, plusieurs, variant en nombre selon la classification de petite et grande banlieue; les départements en dehors de ce dernier rayon, que l'établissement des chemins d'Orléans et de Rouen a déjà étendu au loin, n'ont qu'un départ. Un peu avant six heures du soir, les huit omnibus destinés à transporter les facteurs dans leurs arrondissements et à les descendre, les uns après les autres, sur leurs parcours respectifs; les tilburys de la banlieue, qui sont au nombre de treize, et les seize malles-postes des départements se disposent à rouler vers leurs destinations. Les malles-postes, attelées dans une arrière-cour latérale, y reçoivent, dans leurs caisses de dépêches, à l'aide d'un long conduit appelé vomissoir, dont l'une des ouvertures est placée à l'étage supérieur, les paquets qu'elles doivent emporter. Ceci fait, et six heures sonnant à l'horloge de l'hôtel des postes, les hommes de service annoncent à haute voix, dans la cour principale, où attendent tous les voyageurs qui vont monter dans les malles, la venue d'une de ces voitures, qui ne défilent que successivement. Aussitôt les derniers adieux s'échangent; le voyageur est invité par les hommes de l'administration à s'arracher lestement aux embrassements des siens, et la sensibilité de ceux-ci est bientôt distraite par la nécessité où ils se trouvent de s'écarter vivement pour faire place à une voiture de facteurs ou à un tilbury de banlieue qui part en même temps que le voyageur attendri et regretté.

Intérieur de la grande cour de l'administration des Postes.

Revenons à la réforme.

Facteur de Paris. Facteur rural.

Une proposition a été faite à la chambre des députés par un de ses membres, M. de Saint-Priest; mais cette proposition, l'auteur l'a avoué lui-même, n'est pas l'expression vraie de sa pensée, de l'opinion qu'il s'est formée par son étude de la question: c'est un moyen d'entrer en matière, et celui qui lui a semblé le plus propre à ne pas soulever immédiatement contre lui les partisans assez nombreux du droit progressif. M. de Saint-Priest a proposé deux zones et deux taxes, une taxe de 20 centimes pour toutes les lettres qui ne franchiront pas un espace de plus de quarante kilomètres, une taxe de 30 centimes pour toutes les lettres qui auront une plus grande distance, quelle qu'elle soit, à parcourir. Si nous voulions combattre cette proposition, nous ne pourrions mieux faire que de puiser nos arguments dans le discours que M. de Saint-Priest a prononcé, sous prétexte de la développer, et où il n'a fait néanmoins que produire des considérations et fournir des preuves en faveur d'un autre système, le seul bon, le seul simple, le seul pratique à notre sens, le système de la taxe unique, qu'il s'est du reste réservé de soutenir devant la commission chargée de faire un rapport sur son projet de taxe progressive.

La question de la réforme postale, l'auteur de la proposition l'a dit, chez, nous se présente comme question sociale, comme question de justice en matière d'impôt, comme question purement fiscale.

Comme question sociale, elle est digne de tout intérêt. Nos soldats de terre et de mer, en faveur desquels il existe un adoucissement de taxe pour les lettres à eux adressées par leurs familles, en reçoivent ainsi 600,000. Ce nombre est bien peu considérable, parce que la taxe est encore trop forte; mais il est énorme, si on le compare à celui des lettres de la population ouvrière, bien autrement nombreuse cependant, mais qui ne jouit pas de cette faveur. «Trop souvent, a dit M. de Saint-Priest, un pauvre artisan, attendait avec impatience des nouvelles d'un enfant éloigné, est obligé de laisser une lettre à la poste, faute de pouvoir la payer; car le prix d'une lettre est souvent pour lui le prix d'une journée de travail; et comme pour ce malheureux il n'est point d'avances, le prix d'une journée étant distrait de son emploi nécessaire, la journée du lendemain est une journée sans pain.» Les familles plus aisées elles-mêmes, par suite de l'élévation de la taxe, regardent souvent à correspondre; les rapports du fils avec le père, de la mère avec la fille, en sont rendus plus rares, et l'absent n'a rien à y gagner en moralisation, «Une société, dit un auteur anglais, qui réserve le bagne ou la prison à des commis infidèles, et le déshonneur à la fille qui a perdu le premier des biens, cette société doit à sa justice de multiplier, de faciliter par tous les moyens possibles ces correspondances préservatrices de bien des erreurs, de bien des chutes, de bien des crimes...»