Il était né au Mans le 13 janvier 1787. A seize ans à peine, en 1803, il entra dans la marine en qualité de mousse. La rupture de la paix d'Amiens recommençait pour la France la lutte maritime soutenue depuis près d'un siècle et demi, en même temps que nous avions à lutter sur les champs de bataille contre l'Europe continentale. Le jeune marin se fit promptement remarquer, obtint des grades par ses bons services, et se vit toujours confier des postes et des missions supérieurs à ses grades.

Parvenu à celui d'enseigne de vaisseau, il se distingua dans le combat acharné à la suite duquel les frégates l'Italienne, la Calypso et la Cybèle, capitaines Jurien, Jacob et Cocault, attaqués le 24 février 1809 dans la rade des Sables-d'Olonne, forcèrent à la retraite une division anglaise composée de trois vaisseaux, deux frégates et une corvette aux ordres du vice-amiral Stepford.

En 1814, se trouvant aux Antilles, il prit part aux divers engagements, et se fit de nouveau remarquer par un sang-froid qui s'alliait en lui à la plus brillante valeur. La paix ne découragea point son ardeur, et on le vit en déployer autant pour la protection de notre pavillon sur toutes les mers, qu'il en avait montré au jour du combat pour sa gloire. De 1822 à 1836, il s'éleva du grade de capitaine de frégate à celui de contre-amiral. Chaque avancement fut le prix de signalés services. En 1837, il fut nommé commandant de l'escadre d'Afrique, et fut mandé devant Tunis pour y faire respecter le drapeau de la France. En 1838, il fut nommé commandant de l'escadre de la Méditerranée; et, en 1840, il avait réuni autour de lui vingt vaisseaux, quand il reçut l'ordre douloureux de quitter ces eaux, où sa présence seule eût empêché la catastrophe de Syrie. En 1844, le département du Finistère l'envoya prendre place à la chambre des députés. L'autorité de sa parole était immense dans toutes les questions maritimes, et sa réserve habituelle ajoutait encore au poids de ses observations quand on y entrevoyait la critique d'une mesure proposée. Élevé au grade de vice-amiral en 1843, il fut, presque à la même époque, exposé aux redoublements acharnés de la maladie dont il avait ressenti, il y a vingt-cinq ans, les premières atteintes, et qui l'a conduit au tombeau après une année entière de souffrances.

Portrait du Prince de Joinville.

Pendant que nous avions à rendre les derniers devoirs à un des hommes les plus braves et les plus prudents de notre armée de mer, la nouvelle est venue que l'armée d'Afrique avait à déplorer la mort d'un chef d'escadron et d'un certain nombre de soldats qu'un courage aventureux a engagés avec des précautions insuffisantes dans une partie non explorée de la province de Constantine. M. le duc d'Aumale s'est trouvé lui-même, pendant quelques instants, prisonnier, et n'a dû la vie qu'au sacrifice qu'un généreux commandant a fait de la sienne pour dégager le prince.

La chambre des députés a enfin, dans sa séance du samedi 18, terminé la discussion du projet sur la réforme des prisons, et voté au scrutin sur l'ensemble de cette loi, qui a réuni 234 voix sur 359 votants. Du jour de sa présentation à celui du scrutin, elle a subi de bien nombreuses et de bien profondes modifications, ce qui ne lui a rien fait gagner, on le comprend, en unité et en ensemble, quel que soit d'ailleurs le mérite des changements introduits. De toutes les peines que prononce notre code pénal, il en est une seule que l'on n'a pas songé à appliquer: c'est la peine de la déportation. En vérité, à voir ce qui se passe dans les colonies pénales de l'Angleterre, et le regret où en est cette puissance de ne pouvoir renoncer du jour au lendemain à des établissements qui lui ont été aussi dispendieux à fonder, et qu'elle n'est pas en mesure de remplacer immédiatement par autre chose, on devait être peu porté à présumer que nous en viendrions à vouloir entrer dans la voie où nos voisins se désespèrent d'être engagés, et à restaurer une peine qui n'a été appliquée que dans les mauvais jours de notre histoire. Malgré tout, on s'est amusé à écrire, par amendement dans la loi nouvelle, la peine de la transportation, qui n'est pas écrite dans le Dictionnaire de l'Académie, et dont le sens vrai ne sera jamais, nous l'espérons bien, déterminé et défini par l'application. C'est tout aussi menaçant que l'est aujourd'hui la déportation; c'est plus neuf, et ce sera tout aussi inoffensif. Ce projet de loi, si longuement discuté, n'aboutira pas en définitive, et c'est la conviction où était la Chambre de son impossibilité qui lui a valu bon nombre de boules blanches. Du moment qu'on a eu la certitude que le résultat indigeste de cet interminable débat ne pourrait jamais prendre place dans nos codes, sur les bancs du centre comme sur ceux de l'opposition, beaucoup d'adversaires du projet n'ont plus vu d'inconvénient à donner au cabinet et à la commission la satisfaction de leur adhésion apparente. Pour nous, cependant, nous voyons quelque chose de bien grave dans la déclaration solennelle qui a été faite par le ministère, par la majorité, par le scrutin, que la détention cellulaire aggravait la punition à ce point que sa durée devrait être, dans ce système abrégée d'un cinquième. Vous avez tous reconnu et proclamé cela, et vous avez aujourd'hui à Tours, à Bordeaux, des prisonniers qui subissent cellulairement le temps d'emprisonnement ordinaire auquel ils ont été condamnes. C'est donc une aggravation de leur sort que l'administration s'est permise: elle vient de l'avouer, et, ce qui est bien grave encore, c'est quelle ne va pas être en mesure de la faire cesser, comme elle croyait le pouvoir quand elle a fait cet aveu. La réduction du cinquième du temps reconnue indispensable par le nouveau projet tombe comme lui; il ne demeurera donc de tout cela qu'une souveraine injustice, reconnue telle par ses auteurs, confessée, mais continuée.

La précédente législature a voté une loi pour l'établissement d'une ligne de fer de Montpellier à Nîmes. Acquisition de terrains, travaux d'art et de terrassement, pose de la voie de fer, l'État avait tout fait; il s'était même pourvu d'une partie du matériel roulant. Il n'y avait plus qu'à lancer une locomotive quand on s'est dit; Mais qui exploitera? Sera-ce l'État? Sera-ce une compagnie? Le gouvernement et la commission de la Chambre s'étaient prononcés pour l'exploitation par une compagnie. Un projet de bail a été dressé, il fixe le maximum de la durée de la jouissance à douze ans, et détermine le minimum du prix de fermage à cinq pour cent de la dépense des rails évaluée à cinq millions. M. Boissy-d'Anglas avait présenté un amendement tendant à attribuer à l'État l'exploitation du chemin jusqu'en 1849. M. Berryer l'a appuyé avec toute la précision, la netteté, la sûreté de raisonnements qui distinguent l'éminent orateur. La Chambre en a décidé autrement; elle s'en est tenue à l'exploitation par les compagnies, malgré les raisons graves et particulières qui, en cette occasion, semblaient devoir faire donner la préférence à l'exploitation par l'État. Cependant les députés partisans exclusifs de l'exploitation par les compagnies ne devraient pas perdre de vue que chacune des lois de concession de chemins de fer renferme un article qui donne à l'État la faculté de racheter la concession elle-même. Pour que l'État sache, la convenance d'user de cette faculté se présentant, s'il serait en mesure de faire face aux devoirs qu'elle lui imposerait, il faut que ses agents aient pu fonctionner sur un chemin et en diriger l'exploitation, autrement on demeurerait dans l'inconnu, et la faculté de rachat deviendrait illusoire ou bien périlleuse. La Chambre a-t-elle pensé que la ligne de Montpellier à Nîmes était trop peu importante pour mettre l'État à même de faire une épreuve sérieuse et de nature à l'éclairer complètement? Nous voudrions bien que c'eût été là le seul et déterminant motif de son vote.

La Chambre des pairs a continué la discussion de la loi sur l'enseignement secondaire. La semaine dernière, M. Martin (du Nord) avait dit que les jésuites et leur enseignement seraient peut-être moins hostiles si on les laissait s'établir en France, qu'en les refoulant à nos frontières. Cette semaine, M. Guizot, à son tour, a émis la pensée que beaucoup de préventions disparaîtraient, beaucoup de difficultés seraient résolues, si le cabinet comptait un prélat parmi ses membres, et si la Chambre avait encore des évêques sur ses bancs. Le langage de M. le garde des sceaux, celui de M. le ministre des affaires étrangères, ont été relevés avec vivacité à la tribune du Luxembourg. En dehors de cette Chambre ils ont également produit beaucoup d'effet: mais cet effet doit donner une certitude plus complète encore que la Chambre des députés ne sera saisie que le plus tard qu'on pourra d'une question qu'on a déjà cependant rendue plus irritante par les hésitations et les délais.

Les nouvelles d'Haïti ne nous sont venues cette semaine que par la voie de l'Angleterre. Elles étaient peu concordantes, mais cependant, en général, très-défavorables à la cause des mulâtres. On a annoncé, démenti, puis répandu de nouveau le bruit de la mort du général-président Hérard.