Un traité, qui semble devoir trancher définitivement une question dont la solution a été longtemps différée, vient d'être conclu entre le Texas et les États-Unis. Il est convenu, par ce traité, que le Texas sera annexé au territoire de l'Union, et nommera un député ou représentant au congrès. Les États-Unis se chargent de payer les dettes du Texas jusqu'à concurrence de la valeur des terres situées dans te Texas, qui seront mises en vente. Le traité ne parle point de l'esclavage. Ce point sera sujet à discussion entre les États à esclaves et ceux qui n'en ont pas, dans l'examen que le sénat a présentement à en faire pour la ratification qui devra être donnée dans les trente jours de la communication du traité à cette assemblée. L'Angleterre pourra bien, elle, ne pas se contenter d'un délai aussi court pour se résigner à voir cet arrangement d'un bon œil. Ses démarches auprès du Texas n'ont pas été plus secrètes qu'heureuses. Elle ne cherchera probablement pas à dissimuler davantage son dépit, mais ce sera probablement aussi sans plus de profit. Quant à la France, qui a reconnu l'indépendance du Texas, elle ne pouvait élever des objections contre l'annexation que dans le cas où elle s'offrirait à préserver cet État de la guerre dont le menace le Mexique, qui le confine, et contre lequel il n'est pas en état de lutter. Nos griefs contre Santa Anna sont grands sans doute; mais rien n'annonce en ce moment que nos escadres soient armées en guerre.--Les négociations entamées entre le ministre américain et le chargé spécial de l'Angleterre, M. Pakenkam, sur la question concernant le territoire de l'Orégon, sont suspendues; M. Pakenkam attend de nouvelles instructions de son gouvernement.
La cour de Dublin a remis à trois mois le prononcé du jugement contre O'Connell. Cette remise est considérée comme un ajournement indéfini; car on peut, dans trois mois, demander de nouveau à entamer des plaidoiries; et, en supposant que la cour s'y refuse, il resterait encore aux défenseurs des accusés la faculté de former une opposition au jugement, et de plaider sur cette opposition. Il est évident que l'embarras seul empêche sir Robert Peel de déclarer franchement qu'il renonce à toutes poursuites.--M. Hume avait déposé sur le bureau de la chambre des communes une motion pour la suppression, dans l'intérêt de l'Irlande et de l'Angleterre elle-même, de la charge de lord-lieutenant d'Irlande. Après un discours dans lequel le ministre n'a pas combattu cette proposition d'une manière absolue, son auteur l'a retirée sur l'observation faite par M. Peel qu'il aurait à s'occuper de cette question, et qu'un vote de la Chambre, pour ou contre, pourrait lui rendre la solution plus difficile.--Les négociations diplomatiques entre les États Unis et l'Angleterre à l'occasion du Texas viennent de donner lieu à une motion du même genre de la part de M. Hume, qui a encore eu à se contenter de la même réponse.--Dans la chambre des lords, l'affaire du Maltais que le consul anglais avait livré à la justice de Tunis, malgré les réclamations des consuls des autres nations, et en violation des franchises accordées aux étrangers, a donné lieu à des interpellations de la part de lord Beaumont. Mais, bien entendu, elles n'avaient pas pour but de blâmer l'étrange conduite du consul anglais que nous avons précédemment exposée. C'est au contraire la fermeté du consul général de France, lequel a montré une sollicitude si active et si éclairée pour ne pas laisser établir un précédent, menaçant dans l'avenir la sûreté de tous les chrétiens, c'est M. de Lagau qu'on accuse. Lord Aberdeen, bien qu'avec plus de réserve, a jeté aussi quelque blâme sur la conduite de notre agent; mais il a fait observer que cette affaire devait plutôt être traitée par correspondance diplomatique entre les deux puissances qu'à la tribune de l'une d'elles. Il a promis le dépôt sur le bureau de la Chambre des dépêches échangées à cette occasion avec le cabinet des Tuileries. Le débat ne s'est pas prolongé davantage.--Des troubles ont éclaté dans l'île de Guernesey. Dans la journée du dimanche 19, on y a transporté 4 à 500 hommes de l'île de Wright.
En Espagne, les deux reines, l'infante et Narvaez, après nous avoir fait savoir, par le télégraphe, qu'ils vont prendre les eaux de Caldas en Catalogne, nous donnent aujourd'hui l'assurance que c'est bien uniquement pour la santé de la jeune Isabelle, et non pour la faire se rencontrer avec le fils de don Carlos dans une vue d'union matrimoniale et de fusion politique. Pendant cette absence, comme on suppose trop de force aux progressistes, dans les cortès actuelles, pour songer à les réunir, on se préparera à des élections nouvelles qu'une dissolution ne tardera pas à nécessiter. On espère que la nouvelle Chambre sera d'assez bonne composition pour consentir à donner au ministère un blanc-seing pour gouverner sans elle et à se laisser congédier. Cela fait, si les choses se passent ainsi, il faudra convenir que l'Espagne aura bien profité des leçons que Louis XVIII donnait à Ferdinand VII, par la main de son secrétaire Paul Louis Courier, sur le gouvernement représentatif et la manière de s'en servir commodément.--M. Gonzalès-Bavo a reçu, pour consolation du portefeuille qui lui est tombé des mains, l'ambassade de Lisbonne.
L'attention se porte sur le Maroc. On a menacé, à Tanger, les Européens de la prochaine arrivée des Kabyles de l'intérieur. Le corps consulaire a écrit au pacha pour protester d'avance contre cette infraction aux ordres avoués de l'empereur. Des mesures ont été immédiatement prises pour appeler en vue de la côte des bâtiments anglais et un bâtiment français. On s'attend à une réponse négative de la part de l'empereur à l'ultimatum espagnol. Dans ce cas, le consul général de cette nation amènera son pavillon et s'embarquera, si toutefois il peut le faire.
Le canton du Valais est divisé en deux partis: celui de la Vieille Suisse et celui de la Suisse Nouvelle. Craignant de ne pouvoir maintenir la paix entre eux, le gouvernement de ce canton s'était adressé au vorort, dont le siège, cette année, est Lucerne, pour demander son intervention. Lucerne, qui penche pour la Vieille Suisse, a ordonné à des troupes fédérales de se rendre dans le canton qui en réclamait; mais les cantons libéraux se sont opposés à cette mesure. Celui de Vaud avait été désigné pour fournir un contingent d'infanterie; son conseil d'État a décliné la compétence du vorort et repoussé cette demande de troupes jusqu'à ce qu'il en fût décidé par une diète extraordinaire. En attendant, la guerre civile a éclaté en Valais. La Vieille Suisse s'est emparée de Sion. La Jeune Suisse se lève en masse: chaque parti a des pièces de canon; toute la population prend part à cette lutte. Des prêtres marchent en tête des colonnes improvisées.
La ville de Geseeke, près de Paderhorn, en Prusse, a été le théâtre d'un événement déplorable. Le 5 de ce mois, vers neuf heures, la populace se réunit, s'arma d'une grande quantité de pierres, et les lança contre les maisons habitées par les juifs; toutes celles de ces maisons qui étaient en bois ont été démolies, et les autres fortement endommagées. Une seule des maisons des Israélites a été ménagée par les perturbateurs, parce que parmi ses habitants se trouvait une femme nouvellement accouchée. Par suite de ces actes de vandalisme, des familles entières, des femmes, des vieillards, des enfants, se trouvent sans abri. Heureusement le peuple n'a commis aucun attentat contre les personnes. Voici ce qui a excité sa fureur contre les Israélites: dans la matinée, un prêtre catholique reçut par la poste une lettre anonyme portant le timbre de Paderhorn, et qui contenait les insultes les plus grossières contre le culte catholique et contre tout ce qui est sacré aux yeux de ceux qui le professent. Le prêtre communiqua cette lettre à quelques-uns de ses amis, qui en parlèrent à d'autres personnes, de sorte que peu à peu le contenu de la lettre reçut une grande publicité, bientôt le bruit courut que c'étaient les juifs de Geseeke qui auraient fait écrire cette missive. La populace devint furieuse, elle résolut de se venger sur les juifs, et elle commit les dévastations que nous avons rapportées. Un grand nombre d'arrestations ont été faites, et la justice informe.
Un épouvantable accident est arrivé sur le chemin de fer de Bruxelles à Anvers. Une partie des voitures composant un convoi est sortie des rails en arrivant au Vieux-Dieu. Plusieurs wagons ont été brisés; trois personnes ont expiré dans les vingt-quatre heures. Le nombre des blessés et la gravité des blessures ne permettaient guère d'espérer que l'on ne comptât pas bientôt un plus grand nombre de victimes.
Le général Sainte-Aldegonde, l'un des pairs éliminés en 1830, vient de mourir à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.--M. le lieutenant-général Durocheret, directeur du personnel au ministère de la guerre, a été enlevé subitement dans un âge bien moins avancé.