M. Scharling a rendu un service aux personnes qui s'occupent d'expériences sur la respiration, en précisant les circonstances principales dont il est important de tenir compte et de faire mention dans ces expériences.

(La fin à un prochain numéro.)

Le grand événement qui occupe Paris depuis quarante-huit heures, c'est la mort de M. Laffitte. Nous laissons à un autre le soin de raconter cette vie patriotique et dévouée, et de tracer l'esquisse de ce fin esprit et de ce caractère aimable et bienveillant; mais un courrier de Paris ne saurait se mettre en route le lendemain de la mort d'un tel homme, sans partager le deuil de la ville, sans mettre un crêpe à son chapeau et une fleur funèbre à sa boutonnière. Les jours de fête, les courriers parés de bouquets joyeux et de rameaux verdoyants, s'élancent bride abattue sur la route et font claquer leur fouet en signe de réjouissance. Il faut les voir, vils, ardents, intrépides, une main appuyée crânement sur la hanche, et de l'autre agitant dans l'air ce fouet à triple carillon, leur sceptre et leur épée. Comme ils partent! comme ils volent! connue ils dévorent l'espace! La poussière tourbillonne autour d'eux; du pied des chevaux jaillit l'étincelle. Qui peut les arrêter? Ils sont les messagers d'heureuses nouvelles, et les bonnes nouvelles n'arrivent jamais trop vite. Aussi leur course rapide ressemble-t-elle à un divertissement: ils ont des égards pour tous les bouchons, des bons mots pour tous les originaux qui passent, des regards amoureux et des gaillardises pour toutes les châtelaines d'auberge et pour les Amaryllis en sabots et en jupon court qu'ils rencontrent le long du chemin.

Cette joie, cette allure fringante, cette insouciante ardeur nous sont aujourd'hui détendues; au moment de partir et de quitter Paris, notre courrier est arrêté par un immense convoi funèbre. C'est aujourd'hui jeudi le 30 mai 1844, et les restes mortels de l'homme aimable, de l'homme bienfaisant, du citoyen éprouvé, traversent la ville, escortés et pleurés par une foule immense. Ailleurs nous vous raconterons les détails de cette touchante et vaste solennité de la mort. En ce moment, notre courrier n'est occupé qu'à guider son cheval à travers cette multitude innombrable, le tenant en bride, de peur d'accident, et cherchant une issue pour gagner l'espace et se mettre en route pour l'étranger et les départements, qui l'attendent.--Silence! voici le char funèbre. Notre courrier s'arrête respectueusement, salue avec tristesse, et, après cet hommage rendu à un homme de bien et cette dette de piété acquittée envers la mort, il reprend sa course et passe d'un air morne.

Le ciel semble avoir prévu ce grand deuil que Paris devait éprouver; il a gardé l'air sombre et le voile lugubre qui le recouvre depuis quinze jours. Des nuages tristes rendent sa face maussade; une pluie froide l'inonde. On grelotte à Paris comme au mois de décembre; Paris a les pieds mouillés, Paris reprend son paletot; et si les groom, les femmes de chambre et les portières pestent contre cette distraction du mois de mai qui leur donne, en plein printemps, à brosser des bottes et des pantalons qui semblent sortis des pieds boueux de l'hiver, les décrotteurs en plein vent et en boutique s'en félicitent. Vous le voyez! le mauvais temps, comme les mauvaises actions, profite toujours à quelqu'un. C'est pour cela, sans doute, ô Jupiter! que tu as mêlé ce bas monde de pluie et de soleil, de bien et de mal; ne faut-il pas que tout le monde vive?

En parlant de vivre, voici une mort singulière et touchante: il y a huit jours, dans un village voisin de Paris, une jeune fille de seize ans, naïve alerte, épanouie, de cette espèce joyeuse et rapide qui vole à travers les prairies, cueille la pâquerette et la fleur d'aubépine et court après les papillons; un jeune fille échappant dès le matin à la sollicitude maternelle qui voulait la retenir, s'écria en sautant par-dessus la haie voisine: «Je vais chercher des nids de fauvettes!» La mère savait son goût innocent d'aventures bucoliques et la laissa faire, bien certaine qu'au retour elle lui rapporterait de son air le plus heureux, de son sourire le plus frais et le plus doux, quelque bouquet de fleurs sauvages cueilli dans les bois ou glané dans les prés verdoyants, sur le bord des fontaines. Quelle joie pour une mère! Théocrite, Virgile et M. de Florian vous diraient cela mieux que moi.

Elle partit donc... on l'attendit toute la matinée; le soir, on l'attendait encore, et la blanche jeune fille n'était pas revenue. Qu'y a-t-il? Que lui est-il arrivé? Où est ma Tille? Avez-vous vu ma fille? ma fille! ma fille! au nom du ciel! L'éveil est donné, l'effroi se répand partout, la mère pleure, les valets, d'un air affairé et lugubre, courent le village et la campagne, interrogeant celui-ci, apostrophant celui-là: enfin, après bien des recherches vaines, après un flux et reflux d'espérances et de terreurs sans nombre, on arrive au pied d'un bel églantier en fleur, incliné sur une nappe d'eau limpide; et sur cette onde voilée d'arbustes embaumés, qu'aperçoit-on? un voile blanc, puis un chapeau de paille agité par la brise comme une fragile nacelle, et enfin,--le dirai-je?--un cadavre pâle et flottant à la surface. C'était la jeune fille, ce matin encore vivant de sa vie de seize ans, c'est-à-dire avec un horizon charmant devant ses yeux, et qui semblait l'appeler au loin à un bonheur sans fin.

On approcha du cadavre et on le relira de l'eau;--elle était bien morte; nul espoir de ranimer cette joue livide et ce cœur éteint;--dans sa main droite, contractée violemment, la pauvre enfant tenait quelques restes de mousse, de brins d'herbe et de plumes légères, tels que les oiseaux en composent leur nid, tristes débris mêlés à une feuille d'églantier.

Ces arbres fleuris, le chant des fauvettes gazouillant sous leur dôme de feuillage, l'eau murmurante l'avaient attirée; et là, sans doute, ravie et se promettant d'apporter à sa mère les trophées de sa conquête, elle s était suspendue à la branche fragile pour saisir et la fleur et le nid de la fauvette; mais la branche cédant tout à coup et se brisant, la fleur, le nid et la jeune fille disparurent dans l'eau placée là comme un piège et comme un abîme. Qui sait,--mais sommes-nous au temps de la mythologie?--qui sait si quelque hamadryade, jalouse de voir l'imprudente venir ainsi dépouiller ses domaines et détruire l'espoir de ses hôtes harmonieux ne brisa point la branche d'une main irritée? ou peut-être trompée par une fallacieuse image, la malheureuse jeune fille s est-elle noyée dans l'onde perfide en croyant s'y mirer?