Ainsi finissent les déesses de notre temps!

Un homme de beaucoup d'esprit qui a essayé un peu de tout en ce monde. M. Harel, s'est décidé à essayer de l'éloquence académique, et ce nouveau coup d'essai lui a parfaitement réussi. Le prix proposé l'année dernière par l'Académie Française, et dont l'Éloge de Voltaire était le sujet, vient d'être donné au travail de M. Harel; ceci ne s'est point passé sans difficultés et sans lutte; non pas que le mérite littéraire de l'ouvrage de M. Harel fût mis en question, mais c'était le droit de Voltaire lui-même aux honneurs d'un éloge qui était attaqué et contredit par un certain parti philosophique qui a sa part d'influence à l'Académie. Enfin, les voltairiens l'ont emporté, et, M. Harel tient sa couronne. Qu'en vont dire Fréron et le père Garasse?

Les illustres mariages et les mariages riches continuent à pleuvoir de tous côtes. Après ceux que nous avons annoncés la semaine dernière, voici venir celui de M. le duc d'Albuféra, fils de l'illustre maréchal Sachet, avec mademoiselle Schikler, fille du fameux banquier prussien mort il y a un an en odeur de millions. Le laurier et le billet de banque s'entrelacent dans cette affaire.

C'est à la fin du mois qu'Édouard Donon-Cadot, fils du riche banquier de Pontoise, et prévenu de complicité dans l'assassinat de son père, paraîtra devant la cour d'assises. M. Chaux-d'Est-Ange plaide pour ce malheureux jeune homme. Nous tiendrons nos lecteurs au courant de cette terrible aventure, et puissions-nous avoir un innocent à leur montrer!

Théâtres.

Théâtre-Français. Catherine II, tragédie en cinq actes, de M. Hippolyte Romand.

On connaît la triste et lamentable aventure d'Iwan VI; encore enfant et appelé au trône après la mort de l'impératrice Anne, une révolte le renversa au bout de quelques mois et mit le sceptre impérial aux mains de l'indolente et voluptueuse Élisabeth; Iwan, devenu une menace et un danger, fut enfermé dans une forteresse; il y vécut pendant vingt ans, sans relâche à sa captivité; un jour enfin, sous le règne de Catherine II, on apprit que quelques soldats conduits par un officier, ayant tenté de délivrer Iwan pour le proclamer empereur, le commandant de la prison avait tué le prince à coups de sabre, plutôt que de le laisser au pouvoir des rebelles; manière un peu violente de répondre d'un prisonnier.

Quand Iwan périt de cette façon tragique, il avait vingt-quatre ans.

Bien que la tragédie de M. Hippolyte Romand porte le nom de Catherine, Iwan y joue un rôle très-important et pourrait, sans trop de vanité, réclamer son droit à baptiser l'ouvrage. C'est en effet la captivité, c'est la mort d'Iwan qui en fait le fond et l'intérêt. Seulement, M. H. Romand s'inquiétant fort peu du récit historique, le modifie à son gré, le dénature à sa fantaisie, et, au lieu du fait connu, substitue l'invention romanesque.