1. La Halle.--Un poisson qui n'est pas inodore.
2. Quartier Notre-Dame-de-Lorette.--Le cauchemar d'une polkeuse.
3. Exposition de l'Industrie.--Inconvénient d'un chapeau hydrofuge pour un homme qui veut se noyer.
4. Le Temple.--Un habit neuf d'occasion.
5. Les Champs-Élysées.--Une promenade sentimentale sur des chevaux de louage.
6. Les Quais.--Les bains à 4 sous.
7. École de Médecine.--Les semblables traités par les semblables.
8. Faubourg Saint-Antoine.--L'éléphant de la Bastille, mangé par les rats, change de place.
9. Le Marais.--Un vieil ivrogne engageant ses bottes pour se mettre sur un bon pied.
10. Quartier Mouffetard.--Fabrication d'un cheval au Marché aux Chevaux.
11. Observatoire.--La Lune observe les Astronomes.
12. Gros-Caillon.--Un fumeur heureux de respirer les parfums du tabac de la régie.

Bulletin bibliographique.

Histoire de la Chute des Jésuites au dix-huitième siècle (1750-1782); par le comte Alexis de Saint-Priest, pair de France. 1 vol. in-8. Paris, 1844. Amyot. 7 fr. 50.

Les Jésuites et l'Université; par M. Génin, professeur à la Faculté des lettres de Strasbourg (deuxième édition).--Paris, 1844. Paulin. 1 vol. in-18. 3 fr 50.

Lettres sur le Clergé et sur la Liberté d'enseignement; par M. Libri, membre de l'Institut.--Paris, 1844. Paulin. 1 vol. in-8. 4 fr.

«Vers le déclin du dix-huitième siècle, la société de Jésus fut bannie des principaux États catholiques et supprimée par le saint-siège, dit M. le comte Alexis de Saint-Priest au début du premier chapitre de son ouvrage. Quoique cet événement ait vivement frappé les contemporains, l'histoire n'en a pas été écrite; du moins les faits qui s'y rattachent ont été présentés sous les plus fausses couleurs. C'est une lacune véritable dans les annales du dix-huitième siècle; il nous a paru utile d'y suppléer. Nous l'essaierons avec d'autant plus de confiance que nous pouvons appuyer un récit impartial sur des documents authentiques. Ce n'est pas nous que l'on va entendre, ce sont les acteurs même du drame: Pombal et Choiseul, Clément XIV et Pie VI, le cardinal de Bernis et le père Ricci, Charles III et Louis XV, Frédéric et Joseph; puis (nous le disons à regret), à côté de ces souverains et de ces hommes d'État, une femme, une favorite, la marquise de Pompadour.»

Voyons donc comment M. le comte Alexis de Saint-Priest a comblé cette lacune qu'il signale dans les annales du dix-huitième siècle.

D'abord, avant de commencer l'examen détaillé de la chute des jésuites, il croit devoir protester contre une erreur généralement répandue, mais répandue à dessein. Tous les partis vaincus cherchent au dehors les causes d'une défaite dont ils trouveraient le principe en eux-mêmes. Les panégyristes de la société la montrent succombant à une conspiration préparée avec art, amenée de très-loin, rendue inévitable par des machinations très-compliquées. A les en croire, les rois, les ministres, les philosophes se sont ligués contre elle, ou, ce qui est la même chose à ses yeux, contre la religion. Dans l'opinion de M. de Saint Priest, ce point de vue est inexact. Pour renverser le jésuitisme, il n'y a eu, dans l'origine, ni préméditation, ni plan, ni concert. La philosophie, pas plus que la politique, ne peut être accusée de leur chute; le hasard seul les a perdus Les hommes qui les premiers attaquèrent les jésuites n'étaient point les adeptes de la philosophie française; ses maximes leur étaient étrangères. Des causes toutes locales, toutes particulières, toutes personnelles atteignirent la société dans son pouvoir, si longtemps incontesté; et, pour comble d'étonnement, ce corps si vaste, dont les bras s'étendaient, comme on l'a dit souvent, jusqu'à des régions naguère inexplorées, cette colonie universelle de Rome, si redoutable à tous, parfois même à la métropole; cette société de Jésus, enfin, si brillante, si solide en apparence, reçut la première blessure, non de quelque grande puissance, non sur un des principaux théâtres de l'Europe, mais à l'une de ses extrémités, dans l'une de ses monarchies les plus isolées et les plus affaiblies.

C'est du Portugal que partit le coup. Le marquis de Pombat, ministre tout-puissant de Joseph 1er, parvenu à un crédit sans bornes après le tremblement de terre de Lisbonne, ne songea plus qu'à exécuter les deux grands projets qu'il avait conçus, rabaissement de l'aristocratie et l'expulsion des jésuites. Les grands ne voulaient pas qu'il devint leur égal; il résolut d'être leur maître. Quant aux jésuites, il les frappait comme dangereux au bien public, et non comme dangereux à son crédit. Leur établissement à la cour de Lisbonne coïncidait avec le déclin de la monarchie portugaise. Ils avaient livré le royaume à l'étranger. Ces deux projets, Bombal parvint à les exécuter. Le coup de pistolet tiré sur le roi l'autorisa à faire décapiter les principaux fidalgues. La noblesse abattue, il accusa les jésuites d'avoir fomenté la conjuration tramée contre le roi; puis il consulta le saint-siège, et, comme la réponse de Clément XIII tardait à venir, il enleva aux jésuites portugais l'instruction de la jeunesse, les fit embarquer de force sur des bâtiments de la marine royale et marchande, et jeter sur les côtes d'Italie; il confisqua tous leurs biens et les déclara réunis à la couronne. Enfin, profitant d'une démarche imprudente du nonce, il lui envoya ses passe-ports, et rappela de Rome, avec un éclat affecté, l'ambassadeur du Portugal accrédité près du saint-siège.

Au bruit de la chute des jésuites dans une contrée lointaine, leurs ennemis s'étaient partout éveillés. On s'étonna, en France, de la facilité avec laquelle l'ordre avait subi son arrêt. Le défaut de résistance enhardit l'inimitié; la probabilité du succès doubla le nombre des adversaires. Il ne fallait qu'une occasion, et, par une autre loi de l'humanité, l'occasion ne se fit pas attendre: la ruine des jésuites de France devint inévitable; une intrigue de cour l'avait préparée, un scandale public l'acheva. Madame de Pompadour jura leur perte parce que les confesseurs du roi refusaient de lui permettre d'approcher des sacrements à moins qu'il n'éloignât de lui l'ancienne favorite. A la même époque, la scandaleuse faillite du père Lavalette, que la société fit la faute énorme d'abandonner, préoccupa vivement l'attention publique. Non-seulement les jésuites, déclarés solidaires pour la dette de leur supérieur, furent condamnés à payer un million cinq cent deux mille deux cent soixante-six livres et à tous les dépens; mais dans le cours du procès, on les somma de produire leur règle, jusqu'alors soigneusement cachée aux regards profanes. Dès lors toutes les petites questions disparurent: les maîtresses, les banqueroutes, madame de Pompadour, le père Lavalette; tous les accidents de cette affaire s'effacèrent devant la société elle-même. Partout on voulut voir, on voulut toucher ces constitutions mystérieuses (2).