Si l'attention s'est portée depuis quelques années sur l'Inde anglaise, sur les expéditions militaires qui y ont été faites et sur les gouverneurs généraux qui ont été plus ou moins brusquement appelés à régner à Calcutta, ce qui se passe dans la partie de l'Inde qui confine la Perse ne mérite pas moins qu'on l'observe. La Russie, qui, en 1837, n'avait pu, en prêtant à la Perse, sa vassale, ses officiers et ses armes, lui conquérir la place de Hérat, était depuis arrivée sans bruit au même but par d'autres moyens. Yar Mohamed, qui, en 1841, à la mort du shah Kamzan, s'était emparé de Hérat, a aussitôt reconnu solennellement la suzeraineté de la Perse. Voilà donc à quoi devait aboutir la courageuse défense de sir Potinger. Mais ce n'est pas tout: un envoyé' d'Yar Mohamed, le nouveau khan de Hérat, s'est présenté le 24 décembre 1843 à Caboul, où il a négocié et conclu le mariage de la fille de son maître avec le fils de Dost-Mohamed, le vainqueur des Anglais. Il se forme ainsi solennellement une alliance appuyée par la Russie, dans le but de réunir toute l'Inde centrale contre les oppresseurs de l'Inde orientale.
Si le résultat, si même les détails bien exacts des événements d'Haïti ne nous sont pas encore connus, nous savons un peu mieux les causes qui ont servi de prétexte à cette crise. Une lutte très-vive entre l'Assemblée et les ministres, des reproches d'inconstitutionnalité adressés à ceux-ci, une tentative de leur part pour se débarrasser de la censure des représentants, une répartition de la représentation trouvée inégale par certaines parties de l'île, notamment par la partie espagnole; l'ambition de la part de Santo-Domingo, à raison de son ancienne illustration, d'être la capitale et le siège du gouvernement, ont été autant de causes qui ont concouru à amener les événements qui ensanglantent encore la république haïtienne. Le mouvement des Cayes, qui s'est propagé jusqu'à Jérémie, a institué un nouveau pouvoir qui se place sous l'égide de la constitution et en réclame toutes les garanties contre le gouvernement de Port-au-Prince et son président le général Hérard, qui combat en ce moment l'insurrection dans la partie espagnole, et n'a pas succombé, comme en avait couru le bruit, au milieu de tant de bruits contradictoires.
Un nouveau complot de nègres pour arriver à la liberté vient d'éclater à la Havane. Les journaux de Londres ont publié des correspondances de Cuba annonçant que quarante-cinq ou cinquante Anglais avaient été arrêtés par ordre du gouvernement, jugés et exécutés, comme compromis dans cette affaire, que trois cents autres étaient en ce moment détenus, attendant leur jugement, et n'ayant que trop lieu de craindre le sort de leurs malheureux compatriotes. Les nouvelles reçues au Havre contredisent les exécutions annoncées. Quant aux détentions, elles paraissent plus vraisemblables; mais on peut douter de l'exactitude du chiffre. Du reste, le gouvernement espagnol doit être éclairé sur les velléités de l'Angleterre pour la possession de l'île de Cuba, par le rôle que jouent les agents de la Grande-Bretagne dans cette colonie, et par ces récits exagérés à dessein pour se créer d'apparents griefs. Que le cabinet de Madrid prépare donc lui-même l'affranchissement, s'il veut déjouer sûrement toutes ces menées.
Le ministère portugais vient d'être modifié. M. Costa Cabral en fait toujours partie; mais il a choisi de nouveaux collègues, tous pris dans le parti absolutiste prononcé. Là encore la liberté ne pourra renaître que des excès du pouvoir.
La chambre des députés nous promet encore deux séances qui offriront tout le piquant des questions personnelles. M. Charles Laffitte vient d'être réélu à Louviers pour la quatrième fois, et pour la quatrième fois il va falloir se prononcer sur la validité de l'élection. Les faits et la position étant demeurés les mêmes depuis la dernière annulation, on annonce que la proposition sera faite de voter sans Discussion.--L'autre débat sera relatif à M. Jourdan, préfet de la Corse, que la cour royale de Bastia avait renvoyé devant la Chambre d'accusation pour des actes d'administration incriminés. Le conseil d'État a refusé de donner l'autorisation nécessaire pour la poursuite d'un fonctionnaire public. Ces actes sont aujourd'hui dénoncés à la Chambre par deux pétitions. Une Commission, qui a examiné l'une d'elles, conclut à l'ordre du jour; l'autre conclut au renvoi au ministre. La chambre va avoir à se prononcer entre ces deux conclusions contradictoires.
Un sinistre accident est arrivé mardi soir près de Gentilly, à la porte de Paris. Des ouvriers étaient occupés dans une carrière en exploitation aux environs, quand tout d'un coup, vers la fin de la journée, un éboulement considérable eut lieu et ensevelit ou coupa la retraite à sept d'entre eux. Ceux qui avaient pu se sauver coururent aussitôt avertir les autorités de la commune, qui se rendirent sur les lieux du sinistre, accompagnées d'un grand nombre de travailleurs, et l'on se mit immédiatement en mesure de faire les fouilles nécessaires pour arriver à la découverte des sept hommes qui avaient disparu. Après trente-six heures de travail, on a entendu la voix des malheureux ensevelis. On put leur faire passer du pain et de l'eau-de-vie. Bientôt après ils étaient rendus à leurs familles. Mais par une fatalité cruelle, alors qu'on arrachait à la mort ces sept hommes qu'on pouvait regarder comme perdus, on a eu à déplorer la perte d'un de leurs libérateurs, victime d'un éboulement partiel.
Exposition des Produits de l'Industrie.
(5e article.--Voir t. III, p. 49, 133, 164 et 180.)
AGRICULTURE.
Labourage et pâturage sont les deux mamelles de l'État. Nous avons rapporté, dans un de nos précédents articles, cette maxime du grand ministre d'Henri IV, maxime qui servait de point de départ à toute sa science économique, axiome duquel il a fait découler, comme corollaire, la protection éclairée dont il entoura l'agriculture. Ne devons-nous pas aujourd'hui inscrire en tête de ce que nous avons à dire de la science agricole, cette maxime trop oubliée de nos jours, et rappeler à nos gouvernants qu'il ne suffit pas, pour présider aux destinées d'une grande nation, d'encourager le commerce et l'industrie, mais que c'est surtout l'agriculture qu'ils doivent mettre en honneur, le territoire de la France dont il faut améliorer et augmenter la production; car c'est derrière la charrue que l'État a, de tout temps, trouvé ses défenseurs, et le pays ses approvisionnements. Depuis quelques années, disons-le, on semble entrer dans la voie des encouragements: les améliorations agricoles attirent l'attention publique; mais qu'il y a encore loin de là à la véritable science, à la saine exploitation du sol! Pour une ferme remarquable, combien de milliers d'hectares présentent un spectacle déplorable; pour une exploitation intelligente, combien de méthodes routinières, combien de forces perdues, gaspillées! L'imagination recule à se rendre compte de cette immense activité dépensée en pure perte, de ces essais aveugles ou infructueux, parce que la science fait défaut!