Le fabrication des châles est concentrée à Paris, à Lyon et à Nîmes. Paris marche en première ligne, grâce au goût de ses artistes et de la clientèle qu'il approvisionne. Parmi ceux qui tiennent cette année une place honorable à l'exposition, nous citerons MM. de Boas, qui fabriquent à la fois deux châles jumeaux, l'un blanc et rouge, l'autre rouge et blanc. D'après ce que nous avons dit de la méthode du tance qui finit par découpure, on concevra la possibilité de cette innovation économique. M. Frédéric Hébert garde le rang élevé où il s'était placé dans les expositions précédentes. MM Gaussin, qui ont demandé leurs dessins à M. Couder; M. Forestier, qui s'est adressé à M. Luittet, ont aussi des châles remarquables. MM. Houcey Julien et Marcel, coordonnateurs de la maison Hellennasse, ont exposé un châle en cachemire pur, complètement blanc, broché sans envers en fleurs naturelles, avec tiges, feuilles et même une portion du sol. C'est une des belles pièces de l'exposition. Et, toutes ces merveilles sont dues au métier Jacquart, qui, si longtemps dédaigné, est maintenant employé partout, auquel chacun cherche à apporter chaque jour des perfectionnements, et qui, il faut bien le dire, se prête admirablement à toutes les fantaisies de la mode et des artistes, avec les améliorations qu'il a subies depuis qu'il est sorti du cerveau de son immortel inventeur.
La fabrication des tissus de lin et de chanvre est arrivée à un degré de perfectionnement quant à la qualité, qui ne laisse plus de marge au progrès qu'au point de vue du bon marché. Dans ces branches d'industrie, la mécanique aussi est venue apporter ses immenses ressources. Le métier à filer le lin a fait une révolution complète depuis quelques années. Ce métier est dû à un Français, M. de Girard, homme de génie qui n'a cependant pas a se louer de sa patrie. Napoléon, qui procédait sommairement en tout, et à qui on ne reprochera jamais de n'avoir pas su encourager l'industrie nationale, Napoléon avait promis un million à l'inventeur d'un métier à filer le lin, M. de Girard se mit à l'œuvre et parvint à résoudre le problème; mai» Napoléon était sur son rocher, et la restauration ne tint pas les promesses faites. M. de Girard dut alors aller demander à l'Autriche le pain que lui refusait son pays. Le métier nous est revenu plus tard, mais sous une étiquette anglaise.
Le coton donne aujourd'hui des produits qui n'ont rien à envier pour la perfection à la production anglaise. On évalue à 100 millions la valeur du coton brut filé en France, et à pareille somme la valeur que lui donne la main-d'œuvre, et sur cette somme, on en compte le tiers ou environ 30 millions pour les ouvriers. Le progrès est manifeste dans les calicots, percales, jacomas, mousselines et damasses. Les fabriques de Saint-Quentin, de Mulhouse, d'Alençon et de Tarare se font remarquer par leurs bazins, leurs tricots et leurs organdis. C'est sur les cotonnades que s'exercent en grand l'industrie des impressions. Rouen se distingue par ses impressions sur les étoffes communes, et Mulhouse sur les étoffes plus riches.
Pour l'impression, tous les progrès sont dus à une machine inventée en 1821, par M. Perrot, et à laquelle l'inventeur donna le nom de perrotine, nom que la reconnaissance publique lui a conservé. Avant cette invention, les couleurs se mettaient à la main, et étaient par conséquent longues et coûteuses à appliquer. M. Perrot a fait faire avec une précision mathématique par une machine les impressions les plus délicates, avec économie de temps et d'argent, il sans nécessiter de plus grandes dépenses de dessin que dans le système ordinaire. Les organes de la perrotine sont admirables de simplicité, et leurs mouvements intelligents; on peut, avec cette machine, poser sur l'étoffe depuis une jusqu'il six couleurs à la fois, sans que l'une empiète sur l'autre, et en conservant la délicatesse des nuances et la pureté des lignes et des contours. La planche sur laquelle on imprime est plate, comme dans le système ordinaire. L'impression au moyen de cylindre eût peut-être offert plus d'avantages, mais la gravure sur un rouleau est beaucoup plus chère.
Quelques chiffres fournis par la société industrielle de Mulhouse vont prouver le progrès que l'introduction de cette machine dans la fabrication a amené en peu de temps; et pourtant, à Mulhouse, elle a été longtemps rejetée, comme convenant peu au genre de dessins d'impression: en 1839, il n'y avait encore que quatre un cinq de ces machines; en 1843, il en était tout autrement, et les résultats en étaient extraordinaires.
En 1827, il y avait à Mulhouse 16 fabriques d'indienne occupant 6860 ouvriers, et produisant annuellement 96,480,350 mètres d'étoffes imprimées.
Métier à tapisserie, par mademoiselle Chanson.
En 1843, 11 fabriques occupaient 5,996 ouvriers, et produisaient 44,520 pièces d'étoffe d'une longueur ensemble de 275,670,000 mètres, ou environ trois fois plus qu'en 1827.
En 1827, un ouvrier produisait annuelle ment 1,391 mètres d'étoffes imprimées.