Le gros personnage raconta ainsi, l'un après l'autre, tous les sinistres connus dans les annales des chemins de fer, sans en excepter la fameuse partie d'honneur de ces deux champions américains qui fondirent l'un sur l'autre à toute vapeur. Oscar regardait la jeune femme, qui venait de relever tout à fait son voile vert, et il avait, ce semble, un fort légitime motif de la regarder comme il faisait, puisque le petit Van était son chien, et que la jolie voyageuse caressait le petit Van.

L'abbé Ponceau écoutait le mari, et même lui répondait; le digne prêtre professait un respect absolu pour la parole humaine, et il avait le cœur trop naïf pour penser que c'est sottise de répondre à un sot, et bavardage à un bavard. Aussi cherchait-il de toutes ses forces à raffermir le courage du gros homme, et s'évertuait-il à lui prouver par un simple calcul des probabilités qu'il y avait mille chances contre une pour que le convoi arrivât sain et sauf à Orléans.

«Cela se peut, disait le gros homme en hochant la tête d'un air incrédule, mais je ne lâche point le bouton; car enfin, monsieur, si, dans ce déplorable jour du 8 mai, les portières des wagons n'eussent point été fermées etc., etc.

--Mon Dieu! reprenait l'abbé je n'ai jamais été un esprit fort ni un fanfaron, grâce au ciel; et cependant je crois fermement qu'il n'y a pas plus de danger dans ces rapides voitures où nous sommes que dans toute autre. Un voyage a toujours été un péril, et à l'époque même où l'on voyageait aussi lentement que possible, je veux dire par le coche...

--Le coche? fit le gros monsieur.

--Oui, le coche, c'est ainsi qu'on appelait les diligences de l'ancien temps. Vous vous rappelez la fable de La Fontaine:

Six forts chevaux tiraient un coche.

--Très bien, très-bien.

Je me rappelle, dit l'abbé,
avoir lu le aventures
extraordinaires d'un coche
parti de Nantes, en Bretagne,
et qui demeura plus de deux
ans en route avant d'arriver
à Paris, lieu de sa
destination.