M. Othon Robinard de la
Villejoyeuse était superbe à
voir sonnant la royale à 20
pieds au-dessus du sinistre.
Comme l'abbé achevait donc ces mots, une détonation épouvantable se fit entendre, et en même temps toutes les voitures du convoi éprouvèrent un choc terrible. La jeune dame fut lancée entre les bras d'Oscar, où elle acheva de s'évanouir; son mari alla durement cogner sa tête contre la paroi opposée du wagon, et s'écorcha le nez en même temps; l'abbé avait le devant des jambes fort endommagé, et il trouvait injuste le reproche qu'Oscar avait fait aux chemins de fer d'être tout à fait dépourvus d'impressions.
La machine avait éclaté; il n'y avait personne de mort: mais on criait, on s'appelait, on se bousculait au dedans et au dehors des voitures. Cependant, lancé par le choc de l'impériale d'un wagon sur le talus de la voûte, M. Othon Robinard de la Villejoyeuse soufflait comme un perdu dans sa magnifique trompe de chasse.
Qu'était-ce que M. Othon Robinard de la Villejoyeuse?--Nous croirions faire injure à un tel personnage si nous ne lui consacrions un chapitre tout entier.--Mais disons tout de suite que M. Othon Robinard de la Villejoyeuse était superbe à voir sonnant la royale à 20 pieds au-dessus du sinistre!
(La suite à un prochain numéro.)
Albert Aubert.
FEMMES DE LETTRES FRANÇAISES CONTEMPORAINES.
Il a toujours régné contre les femmes vouées aux lettres un préjugé que nous ne voulons ni condamner ni défendre absolument, mais que nous tenons pourtant à constater, parce qu'il n'est pas rare d'entendre dire aujourd'hui que le temps des femmes savantes et des précieuses ridicules est passé. Il y a encore des femmes savantes, il y a encore des précieuses ridicules, et, qui pis est, il y a encore des complaisants pour les abuser, pour s'extasier devant toutes leurs prétentieuses sottises. Dans l'espèce humaine, les ridicules et les travers se déplacent, changent de formes, mais sont très-peu sujets à disparaître.
Personne ne supposera sans doute que nous pensions à appliquer aux femmes de lettres collectivement des épithètes devenues, entre les mains du génie, d'impérissables stigmates de ridicule; néanmoins, nous commencerons par protester contre toute interprétation qui pourrait tendre à nous prêter l'intention d'une aussi brutale et aussi niaise grossièreté. Ah! bon Dieu! qui donc s'aviserait de honnir le génie parce qu'il s'incarnerait dans une femme? Le génie est une force toute-puissante qui s'impose à tous, quel que soit l'organe qu'il se choisisse; le génie n'a pas plus de sexe que le soleil;--qui donc songerait à se roidir contre la grâce, la sensibilité', l'émotion poétique, parce qu'elles parleraient leur langue naturelle, celle de la femme?--Personne, mais personne moins que nous, certes.--Quand une voix inspirée s'élève de quelque part, nous l'écoutons avec une attention respectueuse, et nous la saluons avec reconnaissance;--si cette voix est celle d'une femme, notre recueillement redouble, et il se mêle à notre émotion je ne sais quoi de religieux et de tendre qui nous remue jusqu'au fond du cœur. C'est assez dire que, pour que l'émotion nous gagne ainsi, il faut quelle soit sentie d'abord par le poète,--homme ou femme,--qui prétend nous l'inspirer;