Les accidents se multiplient dans les houillères. Une explosion de gaz hydrogène carboné vient encore d'avoir lieu sur le territoire de la commune de Marchienne-au-Pont (Belgique), dans la mine de Chaume-à-Roc. Sept ouvriers ont été tués et dix-huit à vingt sont plus ou moins fortement brûlés. Il paraît que ce sinistre est attribué au mauvais état de l'aérage de cette exploitation. L'administration des mines en avait provoqué l'interdiction, et l'arrêté qui faisait droit à sa réclamation était arrivé, dit-on, depuis deux ou trois jours dans les bureaux du commissariat du district, qui sont établis à Lodelinsart. Un autre coup de feu a eu lieu à la fosse Saint-Joseph du Charbonnage de le Réunion sur Mont-sur-Marchienne, dans la journée de jeudi. Sept ouvriers ont été victimes de ce déplorable accident; deux d'entre eux sont morts, les autres ne paraissent que légèrement blessés.--A la Nouvelle-Orléans, un terrible incendie a commencé le 18 mai à exercer d'épouvantables ravages. En trois jours, dix squares ont été consumés; Jackson-Street-Canal, sur la droite. Common, sur la gauche, ainsi que Treme, Ellarais, Villère, Robertson, et jusqu'à Clairbonne, ne sont plus qu'un monceau de cendres. Il ne reste dans tout cet espace qu'une seule habitation, la maison de santé. On estime que 280 à 300 maisons ont été détruites, et la perte est portée à une somme énorme. Le consul français a aussitôt ouvert une souscription et a invité ses compatriotes à rendre aux Américains malheureux ce que la Nouvelle-Orléans s'était empressée de donner à nos frères de la Guadeloupe.

La mort de M. Burnouf père avait laissé vacantes une place à l'Académie des inscriptions et belles-lettres et une chaire au collège de France. M. Mohl a été élu à la première. Il avait pour concurrents MM. Sedidot et Laboullaye. Au cinquième tour de scrutin il a obtenu 17 voix sur 34. M. Nisard a été choisi pour la chaire libre par MM. les professeurs du collège de France.

La science a perdu un des hommes qui ont le plus contribué à étendre son domaine: M. Geoffroy-Saint-Hilaire vient de lui être enlevé. C'est une perte que nous devons enregistrer aujourd'hui, mais dont l'Illustration aura à apprécier toute l'étendue.--La chambre des députés a vu également ses rangs s'éclaircir par le décès de M. Onny, député des Vosges, et de M. Meurice, député du Doubs.--La banque de Paris a eu son tribut de regrets à payer à M. B Rollin, de la maison Blatte, Cohin et compagnie.--Madame la comtesse Chaptal, veuve du savant chimiste, ministre de l'empire, est morte âgée de 83 ans.

Tout est dit: les portes se fermeront le 30 juin, et ce grand spectacle des merveilles de l'industrie, qui nous charme et nous étonne depuis deux mois, fera sa clôture définitive. En voilà pour cinq ans; pendant ces cinq ans, Dieu sait avec quelle nouvelle activité, avec quelle fécondité prodigieuse le génie de l'industrie va se remettre à l'œuvre! que d'efforts! que de perfectionnements! que d'inventions! Nous le verrons reparaître, soyez-en sûrs, avec des trésors inconnus aujourd'hui et escorté de nouveaux prodiges. L'industrie, en effet, est dans toute l'ardeur de la conquête; elle soumet le monde d'un pas rapide, et finira par en devenir la seule divinité et l'unique souveraine. En attendant et pour se préparer à cette autre campagne de 1844 à 1849, elle retourne dans ses fabriques et dans ses ateliers; voyez-la maniant le fil et la soie, ciselant l'or et l'argent, laminant le fer, taillant le diamant et le marbre, debout jour et nuit, et l'œil incessamment ouvert sur les merveilleux travaux de son immense empire! Voyez ces impacts de bras qui se meuvent à son commandement! entendez le bruit des innombrables machines qui s'agitent autour d'elle!

Cette clôture de l'exposition industrielle doit rendre à Paris son air accoutume. Avant un mois il n'y aura plus guère que des Romains dans Rome; nos frères des départements, et les races exotiques accourues de tous côtes pour jouir de la merveille, disparaissent de jour en jour; le flux industriel les apporta et le reflux les remporte. Si vous tenez à constater la réalité de leur départ, faites un tour aux messageries royales; mettez-vous en observation dans la cour des diligences Laffitte et Caillard; quel curieux spectacle! Les voitures regorgent et débordent de l'intérieur au coupé, du coupé à la rotonde, de la rotonde à l'impériale; il semble, à voir ces maisons mobiles emportant tous les soirs et tous les matins cette population ambulante, que la ville se dépeuple et que les maisons de pierre de taille vont bientôt manquer de locataires. Rassurez-vous! Paris est comme l'immense Océan, il ne tarit pas pour quelques bras de mer qui s'en échappent; en ce moment, par exemple, tout le monde quitte Paris, et cependant vous ne mettez pas le nez dans une rue, vous ne faites pas un pas à droite ou à gauche, sans que vous ne sentiez un coude qui vous heurte, sans qu'un animal à deux pieds et sans plumes ne se jette à votre rencontre: tout y remue, tout y va, tout y vient; immense fourmilière qui s'étend de la barrière de l'Étoile à la barrière du Trône, et de Montmartre au sommet de la rue d'Enfer!

Aussi, comme de toutes parts on accourt vers cette ville gigantesque! comme on rend hommage à sa prépondérance dans le monde de l'esprit et de la civilisation! comme on salue, de tous les points de l'horizon, son incontestable royauté! Il n'est pas d'artiste, ou de poète, ou d'homme illustre qui ne lui demande de donner sa suprême sanction à son nom et à sa gloire; c'est à Paris qu'on vient puiser sans cesse, comme à une source vive et fécondé; et tandis que nous nous querellons entre nous, tandis que certains hommes, nos compatriotes, contestent la réalité et les bienfaits de notre éducation publique, les étrangers, et les plus illustres, envoient à Paris leurs fils, l'espoir de leur nom, pour commencer ou pour achever de les instruire; ils les exposent à des voyages lointains et périlleux! ils les hasardent à travers les mers! Et pourquoi? Parce que Paris est au bout du voyage, Paris avec son activité sans pareille et sa vive intelligence, Paris' qui tient ouvertes de tous côtés et à tout venant ses voies fécondes!

Voici une nouvelle marque de cette prédilection qui fait pencher le monde du côté de ces institutions et de ces lumières parisiennes; Méhémet-Ali, une des grandes intelligences de notre temps, Méhémet, le pacha d'Égypte, envoie à Paris deux princes de sa race, son plus jeune fils et le fils d'Ibrahim-Pacha; il les envoie, non pas pour les distraire, non pas pour les promener au milieu de nos places publiques et de nos rues, et pour les divertir de nos spectacles: l'arrivée des deux jeunes princes a un but plus sérieux; c'est pour les mêler à cet immense foyer de travail et d'instruction, c'est pour qu'ils forment leur esprit et leur habileté sur nos leçons et nos exemples, que Méhémet-Ali nous les confie; il entend qu'ils lui reviennent l'esprit solidement orné et tout prêts à soutenir dignement et fortement le rôle élevé et périlleux où leur naissance les appelle.--Ces deux princes, le fils et le petit-fils de Méhémet, sont à peu près de la même époque, la fleur de la jeunesse, de dix-sept à dix-huit ans. On sait que Méhémet-Ali, ce robuste et énergique vieillard, était encore père à un âge où l'on ne compte plus d'ordinaire que sur ses petits-fils; c'est ainsi que s'explique cette égalité d'années entre son plus jeune rejeton et le fils d'Ibrahim-Pacha qui l'accompagne.

Cependant, soyons fiers pour notre pays de cet hommage qu'on rend à sa puissance intellectuelle, du nord au midi, de l'orient à l'occident; que nos entrailles filiales s'en émeuvent! et puisse ceux qui nous gouvernent comprendre toujours ce qu'il y qu'il y a de forces et de ressources dans une nation qui répand ainsi le sentiment de sa supériorité à toutes les extrémités de l'univers!

Les jeunes princes égyptiens arriveront dans quinze jours; l'un est destiné à la marine, l'autre à l'artillerie; celui-ci pourra fraterniser avec le duc de Montpensier, celui-là avec le prince de Joinville; et peut-être un jour les verra-t-on manœuvrer ensemble, brûler de la poudre et prendre quelque noble revanche de Saint Jean d'Acre et de Beyrouth!