La gravure ci-jointe en fera comprendre le mécanisme. Il consiste en quatre cadrans à manivelle M, qui servent à faire mouvoir quatre flèches mobiles F, et en six touches ou pédales P, au moyen desquelles on ouvre et l'on ferme six croisées ou jalousies C. Pour le service de nuit, les flèches seraient éclairées par des feux mobiles; les croisées seraient éclairées par des feux fixes. Leurs différentes combinaisons forment, ainsi que nous l'avons dit, quarante mille signaux, qui composent le dictionnaire télégraphique général de M. Gonon. Ces signaux traduisent tous les mots usités dans la plupart des langues d'Europe et d'Amérique, et constituent ainsi une langue universelle; de plus, ils expriment à l'instant tous les termes nouveaux que l'on peut créer au besoin, les chiffes, les fractions, les signes de ponctuation les alinéas, les soulignés, etc., etc. Par suite de l'étude à laquelle il s'est livré, M. Gonon prétend avoir trouvé le secret de transmettre souvent par un seul signal cent ou deux cents mots parfaitement orthographiés; en outre, celui d'appliquer son dictionnaire français à toutes les langues qui sont écrites avec les mêmes caractères, et de plus encore, celui de rendre les dépêches avec une économie de vingt à cinquante signaux pour cent sur le nombre de mots qu'elles contiennent.

De semblables résultats, que M. Gonon assure avoir été vérifiés par de nombreuses expériences faites par la construction de trente-sept télégraphes, et sur une ligne établie aux frais du gouvernement américain, seraient en effet bien remarquables; aussi nous avons cru devoir nous étendre plus longuement sur cette nouvelle invention. Il serait même à désirer que l'administration étudiât ce système et en appréciât le mérite réel. On ne saurait trop encourager ces utiles tentatives: le pays en recueillerait les fruits; car, ainsi que nous l'avons dit en commençant, de tous ces efforts et ces recherches il ne peut sortir que des résultats avantageux.

Exposition des Produits de l'Industrie.

(9e article.--Voir t. III, p. 49, 133, 164, 180, 211, 128, 230 et 261.)

ARMES.

En parcourant la partie des galeries de l'exposition consacrée aux armes, en examinant les ingénieuses innovations dues à nos principaux arquebusiers, et l'invasion des arts, fruits de la paix, au milieu de ces produits destinés à la guerre, nous n'avons pu nous empêcher de nous reporter, par la pensée, à ces temps chevaleresques, où l'usage des armes à feu était inconnu, et où le combat corps à corps et les grands coups d'épée célébrés par les troubadours tenaient la place des batailles à portée de canon et des faits d'armes enregistrés dans les bulletins militaires. En remontant d'âge en âge, il nous eût semblé curieux de comparer les armes de ces siècles de bravoure personnelle et indépendante de tout ordre supérieur, à celles de nos batailles modernes, où l'obéissance passive tient trop souvent lieu de courage et de sang-froid. Mais, pour cela, il faudrait pénétrer avec nos lecteurs dans ces musées d'artillerie où se trouvent classés et numérotés les moyens imaginés depuis le commencement du monde, pour donner la mort à son semblable; et, quant à présent, nous devons nous en tenir aux produits de notre industrie moderne. Qu'on nous permette cependant une réflexion relative à la forme des aimes; elles sont toutes ou tranchantes ou contondantes, ou tout à la fois tranchantes et contondantes; ainsi la massue, le sabre, l'épée, la lance, la flèche et même le fusil, qui agit par un projectile contondant. Une remarque due à l'un de nos meilleurs officiers d'Afrique, c'est que l'on trouve dans la nature des armes analogues à presque toutes les nôtres, telles que la tête du bélier, la trompe de l'éléphant, les ailes de certains oiseaux, la queue du crocodile, le pied du cheval, le poing de l'homme, etc. Les boutoirs du sanglier sont considérés comme les seules armes tranchantes données aux animaux; l'autruche est citée parmi les animaux qui combattent au moyen de projectiles.

Nous avons remarqué avec satisfaction, cette année, la tendance de nos arquebusiers à introduire l'art dans leurs produits, et leurs efforts pour faire renaître le goût des belles armes, en harmonie du reste avec la richesse de nos ameublements. Tous les progrès sont parallèles! Ainsi les Lepage-Moutier, les Caron, les Jourjon, ont prouvé que la grâce de l'ornementation pouvait marcher de front avec la solidité et la force, et que la sculpture la plus fine et la plus recherchée s'alliait admirablement aux formes connues et définies de nos armes de chasse. Nous donnons à nos lecteurs les pièces les plus remarquables de cette exposition.

D'abord voici venir M. Lepage-Moutier qui se présente arme de pied en cap pour soutenir la vieille réputation de la maison Lepage. Il arrive avec les armes composées et exécutées par M. A. Lapret, qui s'est déjà fait un nom comme tous les amateurs de belles armes. C'est d'abord un sabre, dit de Judith. La lame de ce sabre est d'une rare beauté et est composée de platine et d'acier fabriqués d'après les procédés de M. le duc de Luynes, procédés dont nous dirons quelques mots tout à l'heure. Le sabre représente l'histoire de Judith: il est en fer ciselé pris sur pièce et orné d'incrustations d'or en relief. Le pommeau représente Holopherne parcourant la Judée, le fer et la flamme à la main, brûlant et massacrant, ravageant le pays. Un des côtés de la large garde nous montre Judith en prière. L'artiste n'a pas pensé qu'il dut lui donner le caractère d'audace effrontée sous lequel on la représente ordinairement; c'est une héroïne qui ne pense qu'à sauver les Hébreux! L'autre face de la garde nous fait assister à la rentrée de Judith dans Béthulie, la tête d'Holopherne à la main, et entourée des bénédictions de ceux qu'elle vient de soustraire à la mort. La poignée, en ivoire, est ornée d'un ruban sur lequel est écrit ce verset de la Bible: «Sine pollutione peccati revocavit me vobis:--le Seigneur m'a ramenée vers vous sans la souillure du péché.» Sur le fourreau, l'artiste a figuré les ancêtres de Judith, en les représentant d'après l'étymologie de leurs noms, telle que l'a donnée Hubert Étienne. La composition et l'exécution de ce sabre font le plus grand honneur à M. Lapret.

Après le sabre de Judith, vient une épée de commandement en fer ciselé et avec incrustation d'or, appartenant au général Gourgaud. L'artiste a figuré dans la coquille l'emblème de notre art militaire actuel: ce sont les sciences physiques et mathématiques enchaînant la force brutale représentée par un lion. Le pommeau offre d'un côté la Fortune et de l'autre saint Georges, patron des braves. Nous goûtons peu, nous l'avouons, l'alliance du sacré et du profane; nous sommes plus classique et aimons l'unité.