La petite épée de cour, également en fer ciselé et or, est plus conforme aux idées que nous venons d'énoncer. Une épée à la cour n'est qu'un ornement, un colifichet, et ne parle que de paix. Aussi sur cette épée, la Paix est assise tenant une corne d'abondance et éteignant le flambeau de la guerre. La Victoire la couvre de son bouclier; des chimères et des mascarons ornent le pommeau de ce joli jouet.
Fusil style Louis XV, exécuté par
M. Caron.--Aspect de la crosse et
développement du porte-baguette et
du dessous de crosse.
Le fusil, nouveau modèle renaissance, exposé par la même maison, montre les efforts intelligents de nos arquebusiers pour secouer le joug de l'imitation anglaise, imposée par la mode. La crosse de ce fusil, dont la forme est svelte, nous a surtout satisfait, parce qu'elle est éminemment susceptible d'une ornementation que ne comportent évidemment pas les formes lourdes et les lignes anguleuses de la mouture anglaise. Cette forme renaissance est le complément de la crosse adoptée aujourd'hui pour les bons pistolets de tir, dont la composition est due à M. Lapret, et est sortie également de la maison Lepage. Rien n'est plus gracieux et plus riche que cette forme, et les ornements du fusil exposé montrent jusqu'où peut aller un artiste aussi éminent que M. Lapret.
Parmi les fusils dont la crosse est ornée avec le plus de goût, nous avons remarqué le fusil style Louis XV, sorti des ateliers de M. Caron. Tous les ornements sont exécutés en acier; la composition et les dessins en sont dus à M. Gilbert. Sur la crosse sont la chasse au renard et la chasse au loup. Rien ne peut rendre le mouvement que l'artiste a su imprimer à toutes ces scènes; ou voit les meutes s'élancer et courir; on entend presque le son du cor, l'hallali et l'aboiement des chiens. Cà et là l'artiste a semé les épisodes; c'est bien le désordre d'une chasse, où chacun court à son but, cherchant à devancer l'autre. Sur la sous-garde sont des têtes de divers gibiers, et au milieu du ponté, la figure allégorique de l'amour de la chasse faisant un appel à ses aînés. Sur les chiens sont d'autres figures allégoriques admirablement exécutées. Honneur à l'artiste et à l'arquebusier qui ont mené à bonne fin une telle entreprise!
Exposition de l'industrie.--Amurerie.
Fusil et Épée de la fabrique de
M. Moutier-Lepage.
L'exposition de M. Caron se distingue aussi par quelques inventions d'une utilité incontestable. Ainsi, à l'époque des chasses, les journaux retentissent du récit de morts causées par l'imprudence ou l'imprévoyance des chasseurs qui ne désarment pas leur fusil pour sauter un fossé, pour pénétrer dans un bois ou pour charger un coup, ou dont le chien, quoique baissé, se relève par une cause accidentelle, et, en retombant sur la capsule, fait partir le coup de fusil. Eh bien, avec le nouveau chien de M. Caron, ces malheurs ne sont plus possibles. Le chien a une tête mobile et un épaulement. Il suffit de tourner cette partie mobile pour que l'épaulement vienne s'appuyer sur la coquille de la culasse, et empêche le fond du chien de presser sur la cheminée. Nous ne saurions trop recommander cette invention, qui doit, à notre sens, prévenir de grands malheurs. Les autres fusils exposés par M. Caron nous ont paru d'une grande élégance, et nous ne concevons pas l'anglomanie qui nous fait abandonner les industriels français pour ceux d'outre-Manche.
Signalons encore une carabine se chargeant par la culasse, et construite de façon qu'en levant la sous-garde, le canon bascule pour recevoir la cartouche, et le chien s'arme. Tout le mouvement peut parfaitement s'exécuter d'une seule main. Cette arme serait donc d'un excellent usage sur les navires. Enfin de charmants pistolets à quatre, six et huit coups, auxquels M Caron a adapté un système ingénieux, destiné également à prévenir les imprudences, complètent une des cases remarquables de l'exposition.
Mais voyez, non loin de là, cette modeste case où l'on ne remarque qu'un seul fusil avec ses accessoires! Pourquoi la foule s'arrête-t-elle avec tant d'empressement devant cette exhibition? Le nom de l'artiste est-il de ceux que la renommée s'est plu à entourer d'une auréole de gloire, ou le fusil exposé attire-t-il l'attention par la richesse de la matière d'ornementation? Non; l'artiste est à peine connu hors de sa ville natale, et cependant c'est un homme de génie qui peut rivaliser avec les ciseleurs les plus habiles. Son nom est Jourjon; il habite Rennes, consacrant tous ses moments à l'art, Heureux de son obscurité et fier du sentiment intime de sa valeur personnelle. Pour lui l'art est tout son amour; l'industrie n'est que l'accessoire. Aussi, admirez avec quel admirable soin sont traités tous les détails du fusil dont nous offrons les dessins à nos lecteurs. L'auteur a su résister à la mode en revenant à la coupe française élégante et légère, dont les lignes flexibles se prêtent toujours mieux à l'ornementation la plus riche comme la plus simple.