La diète extraordinaire de Suisse s'est convertie en diète ordinaire, sans avoir pris aucun parti décisif sur la question du Valais.

La sentence de mort prononcée par le tribunal du bey, le 12 avril dernier, contre un sujet anglais, a reçu son exécution à Tunis le 5 juin. Le condamné a été étranglé dans son cachot, à la Goulette. Aucun de ses compatriotes n'ayant voulu servir de témoin, le consul anglais, sir Thomas Bead, a dû se contenter de la présence du frère de son valet de chambre, pour faire constater légalement la réalité du supplice. Notre pavillon n'a point reçu la flétrissure d'un événement aussi fâcheux pour la chrétienté. M. de Lagau avait pris des mesures pour qu'il ne fût arboré, ce jour-là, ni sur la rade, d'où le bateau à vapeur le Caméléon s'absenta pendant vingt-quatre heures, ni sur le consulat général à Tunis. Grâce à l'énergie de notre consul général, cette triste affaire n'aura pour nous aucune des suites fâcheuses que l'on en devait redouter; elle a même donné lieu à une déclaration de principes au profit des Français établis à Tunis; M. de Lagau a protesté, en vertu de ses instructions, contre toute induction qu'on voudrait tirer de ce procès au préjudice de ses nationaux, et a signifié au bey que la France entend maintenir son droit de juridiction sur nos compatriotes résidant à Tunis. Le bénéfice de cette manifestation s'étend à tous les sujets des puissances européennes dont les agents se sont associés, en cette circonstance, aux sentiments et aux démarches du représentant de notre pays.

Des intrigues, auxquelles une grande puissance passe pour n'être pas étrangère, ont replacé la Grèce dans une situation fâcheuse. Des soulèvements se sont manifestés sur différents points; des bandes hostiles sont sous les armes. Le 16 juin, le roi a assemblé le conseil des ministres qu'il a présidé. Les ambassadeurs de France et d'Angleterre étaient présents. On a agité la question de savoir si, dans le cas où les troubles continueraient, on solliciterait l'intervention des puissances. Les ambassadeurs ont répondu que leurs instructions ne disaient rien sur ce point, mais que dans le cas où la personne du roi se trouverait en danger, ils mettraient des troupes à la disposition de Sa Majesté. Les puissances européennes regardent comme un devoir pour elles de rétablir l'ordre dans les provinces limitrophes de la Turquie. Quant aux ambassadeurs, leur rôle se bornera à demander des instructions pour agir suivant les circonstances. Deux vaisseaux de guerre, anglais et français, sont attendus dans le port du Pirée.

Nous avons cité les journaux d'Orient, qui présentaient l'insurrection des provinces albanaises comme entièrement terminée. Les journaux de Malte et les feuilles allemandes ne partagent pas cette opinion. Voici ce que dit la Gazette, universelle allemande: «On écrit de Nissa, à la date du 10 juin, que l'insurrection a gagné du terrain. Toute l'Albanie et la Bosnie partagent les vues des insurgés. Ils repoussent toutes les réformes, et leurs forces militaires ne le cèdent pas à celles de Rumeli Valeri, qui opère de Monastir avec six pachas. Ils occupent les défilés des montagnes et déploient leur cruauté contre les raïas; ils semblent avoir pour but d'anéantir les chrétiens. Les vice-consuls européens, dans les provinces occupées par les insurgés, sont en même temps des raïas, et, pour sauver leur vie, ils n'osent pas faire de représentations.»

Les nouvelles de Syrie sont toutes d'accord à signaler l'activité déployée par les agents anglais dans ce pays. L'évêque protestant installé à Jérusalem pourra désormais justifier sa résidence par les nécessités religieuses qu'il a su faire naître. L'évêque met utilement à profit le zèle des missionnaires américains, et ceux-ci ont l'avantage de ne pas éveiller les susceptibilités politiques. Indépendamment des cent familles grecques récemment converties au protestantisme, et qui forment le noyau d'une société nouvelle dans ce pays morcelé à l'extrême par les divisions religieuses, le prosélytisme fait des conquêtes parmi les Arméniens. Le chiffre des conversions est tel déjà, que la Porte, assure-t-on, ne tardera pas à avoir des explications à demander à l'ambassadeur anglais. Ainsi la propagande religieuse sert toujours puissamment les intérêts politiques de l'Angleterre.

Depuis les troubles de Silésie, presque tous les journaux allemands s'occupent des questions sociales et de l'organisation du travail. La Gazette de Trèves contient plusieurs articles à ce sujet. Après avoir attaqué vigoureusement la libre concurrence, ce journal prouve que les causes immédiates de ces troubles étaient d'abord dans la concurrence que l'Angleterre fait à l'Allemagne avec ses fils et ses twits, que le congrès du Zollverein n'a pas voulu frapper d'une aggravation de tarif, et en dernier lieu par la concurrence que les fabricants de la Silésie se font entre eux en abaissant le salaire. La Gazette de Trèves démontre que les travailleurs de la Wupperthal, d'Aberfeld et de Barmen ne sont pas moins malheureux que ceux de la Silésie, et qu'ils ne sont contenus que par le grand nombre des sociétés de bienfaisance, qui malheureusement ne suffisent plus aux besoins de plus en plus grands des ouvriers les plus honnêtes et les mieux intentionnés. Ce journal aborde ensuite la question de l'accord du capital et du travail, et finit par annoncer qu'il vient de se former à Berlin une société composée de quelques professeurs distingués de l'Université, et quelques directeurs des instituts de commerce, dans le but de subvenir d'abord aux besoins des malheureux prolétaires et de publier un journal qui sera uniquement consacré aux dissertations et aux moyens à proposer afin d'extirper le paupérisme et de réconcilier le travail avec le capital et le talent. La société des ouvriers, qui existait déjà, s'est réunie à celle-ci afin de contribuer à son tour à l'accomplissement du but projeté.

Le traité d'annexation du Texas a été rejeté le 8 juin par le sénat américain, à 35 voix contre 16. Le président Tyle cherche les moyens de faire revenir cette question en discussion par une autre, voie. La mesure compte plus de partisans secrets que de défenseurs avoués, parce que beaucoup reculent devant la responsabilité des événements qu'elle pourrait entraîner.

Décidément la déposition du président Rivière Hérard est consommée en Haïti. Il a été embarqué le Ier juin avec l'ex-ministre Hérard Dumesle pour la Jamaïque. Leur bannissement avait été prononcé par le général Guerrier, proclamé président, au pouvoir duquel on paraissait s'être généralement soumis, et qui jouissait d'une certaine popularité, du moins jusqu'au départ du dernier navire. L'ancienne part espagnole persistait toujours dans sa détermination de se séparer de la république.

Les visites domiciliaires opérées à Paris ne paraissent avoir fourni aucun indice de culpabilité contre MM. d'Escars et de Montmorency; mais une accusation de tentatives légitimiste qui auraient été faites auprès des sapeurs du génie de chefferie d'Issy a donné lieu à plusieurs arrestations. On cite comme placés sous la main de la justice, le sieur Jean Louis Toulain, âgé de 58 ans, ex-domestique du roi Charles X, demeurant rue de Sèvres, 180, à Vaugirard. (Cet inculpé, condamné politique de 1832, a été amnistié.)--Le sieur Cauchard-Desmares, âgé de 63 ans, employé dans un journal de sciences économiques, demeurant à Paris, rue de la Visitation-des-Dames-Sainte-Marie, 4. (Compromis dans une conspiration politique de 1832, il a été acquitté.)--Le sieur de Buchère de Lespinois, âgé de 46 ans, ancien sous-préfet sous la restauration, demeurant à Paris, rue de la Visitation des-Dames-Sainte-Marie, 4.--Le sieur Jean-Jacques Wattelier, âgé de 60 ans, charron, demeurant à Vaugirard, rue de Sèvres. 180.--Le sieur Charbonnier de la Guesnerie âgé de 60 ans, ex-capitaine au 4e régiment de la garde royale demeurant à Paris, rue Notre-Dame-de-Lorette, 15, condamné politique de 1832.