«Pour Dieu! madame Gervais, comment va mademoiselle Mathilde? demandai-je.
--Beaucoup mieux, Dieu merci! me répondit-elle. Je l'ai veillée toute la nuit. Elle a eu, au petit jour, une crise terrible; mais elle est toute soulagée; la lièvre l'a quittée, et elle repose J'allais le dire à M. Nathaniel.
--Au petit jour!» répétai-je avec un saisissement dont je ne pus me défendre; et je hâtai le pas vers l'appartement de Keraudran. J'ouvris la porte et j'entrai. Les volets étaient fermés; la bougie placée sur la table, entièrement consumée, fumait en s'éteignant, et ne jetait plus que par intervalles une rouge et vacillante lueur, trop faible pour distinguer les objets. La chambre était silencieuse, et paraissait déserte. Je courus au lit; il était vide. Je courus à la fenêtre et j'ouvris les volets pour donner de la lumière... Keraudran, à demi vêtu, était étendu sur le sol, auprès de la table.--Je le relevai... Il était sans connaissance. Je regardai avec effroi, et je vis la fiole fatale renversée et vide; mais la liqueur était encore tout entière dans la coupe où mon pauvre ami l'avait versée... Il n'avait pas eu la force de la boire et de consommer le sacrifice... Il était tombe évanoui.
«Dieu soit loué! m'écriai-je à haute voix; il n'a pas bu... Et je le portai sur son lit.
«Il n'a pas bu? répéta madame Gervais en regardant la liqueur; c'est vrai! tout y est.» Et elle sortit aussitôt, me laissant seul avec Keraudran, que je fis revenir à lui avec beaucoup de peine.
«Mathilde' dit-il avec effort.
--Elle est sauvée, répondis-je.
--Sauvée!.. répéta-t-il en se levant sur son séant malgré sa faiblesse; et je n'ai pus bu!
--Eh! non, parbleu! mais elle va beaucoup mieux malgré cela; il n'y a plus de danger.
--Dieu soit béni! dit-il en retombant sur le lit. Ah! j'ai cru en mourir.»