--Qu'on se taise; et qu'on obéisse! interrompit Keraudran. Trois chevaux de réquisition à ma voiture, et pas de raisons! On part dans cinq minutes.»
Quelques instants après, Mathilde, Nathaniel et le baron de Larcy partaient au galop pour le château de Keraudran, où ils arriveront sans accident.
Une fois au château, il fallut se conduire avec prudence, en attendant qu'il fût possible de se procurer des passe-ports. Le baron de Larcy passa pour jardinier, sous le nom de Robineau, et Mathilde pour femme de chambre Ils se montraient au reste le moins possible, et attendaient avec impatiente le moment où ils pourraient fuir à l'étranger sans péril.
Un matin, Nathaniel se trouvait seul lorsque Jacob entra tout effaré.
«Capitaine! s'écria-t-il, savez-vous ce qu'on dit? On va faire une perquisition ici!
--Et pourquoi? demanda Keraudran, pâlissant à cette terrible nouvelle.
--On prétend que vous cachez dans le château des gens mis hors la loi. C'est un des mauvais garnements que vous avez si bien écharpés là-bas qui vous a dénoncé. On sera ici dans une heure.
--Eh bien! qu'ils viennent! répondit Keraudran avec sang-froid. Tiens-toi à la porte d'entrée pour les recevoir.»
Aussitôt qu'il fut sorti, Keraudran courut chercher le baron de Larcy et Mathilde. Il les enferma dans une espèce de petit cabinet secret placé près de son alcôve, et attendit tranquillement les délégués de la commune. Quelques instants après, le maire entra. Il était seul et sans écharpe.
«Vous n'attendiez pas ma visite sans doute, citoyen capitaine? dit-il à Keraudran.