M. l'amiral Lainé paraît courir grand risque d'éprouver à son tour un traitement pareil. Et de trois! Quand nous serons à dix... où en seront nos relations extérieures et le renom de la France? Un article a paru dans le Journal des Débats, qui fait l'apologie en tous points de M. Bichon. Nom avons dit le conflit qui s'était élevé entre ce consul et le commandant de nos forces navales; il est fort à craindre qui ce dernier ne soit sacrifié.
Il paraît constant aujourd'hui que les fils de l'amiral Bandiera et tous ceux qui ont pris part avec eux au débarquement armé dans le royaume de Naples sont entre les mains de l'autorité, et vont passer devant une commission militaire. La Gazette d'Augsbourg, du 10 juillet, rend responsables de cette tentative et de toutes les autres les gouvernements qui, comme la France, l'Angleterre et l'Espagne, sont un refuge assuré, un corps franc politique ouvert à tous les conspirateurs poursuivis et expatriés. Nous aimons infiniment mieux voir notre gouvernement encourir ce reproche qu'être exposé au compliment tout contraire que lui adresse une feuille de Cologne: «Les cabinets de Londres et de Paris, dit-elle, ont puissamment contribué à maintenir la tranquillité et l'ordre public dans la péninsule italique. Ces cabinets ont mis les gouvernements de l'Italie sur la trace des menées et des complots des associations secrètes, et c'est ainsi qu'ils ont pu prendre les mesures nécessaires pour les faire avorter. Souvent des arrestations inattendues ont été faite sur les indications des deux cabinets.» Ceci vient à l'appui de la discussion qui s'est récemment élevée dans le parlement à l'occasion du secret office. Mais nous voulons croire que quant au gouvernement français, c'est calomnie pure.
L'Espagne a décidément vu s'opérer sa modification ministérielle. M. de Viluma a donné sa démission de ministre de affaires étrangères et s'est retiré pour avoir, dit-on, lait à la pudeur constitutionnelle du général Narvaez des proposition absolutistes qui l'ont alarmée. Le général ne lui a pas encore donné de successeur et s'est chargé par intérim de son portefeuille. Les ministres sont revenus à Madrid et y ont publié des mesures que résume la dépêche suivante: «Les cortès sont dissoutes par décret du 4, inséré dans la Gazette du 10. Les collèges électoraux sont convoqués pour le 3 septembre. Le scrutin général aura lieu le 14. Les nouvelle cortès se réuniront le 10 octobre.--Un autre décret du rétablit dans les provinces basques les députations et les municipalités d'après les fueros. Les juntes générales se réuniront incessamment et nommeront des commissaires chargé de traiter avec le gouvernement la question des fueros, qui sera soumise aux prochaines cortès.--Rien n'a eté changé aux douanes, à l'administration de la justice et à la police.--Un troisième décret ordonne la translation du corps de Montès de Oca de Vittoria à Madrid.» En attendant ces élections pour la forme, le gouvernement espagnol veut donner au peuple la distraction d'un armement et lui faire croire la gloire possible d'une conquête. Il a ordonné la formation d'un corps d'armée de 6,000 hommes à Ceuta, sous le commandement du général de Villalonga. On passe en revue Madrid des régiments se rendant à l'armée, et l'on donne à entendre dans el Heraldo qu'on se propose de s'emparer de Tanger. Nous osons gager que le parlement anglais est sans inquiétude aucune sur les projets du cabinet de Madrid et qu'il ne croira même pas lui devoir d'en faire le semblant.
Les nouvelles des États-Unis apprennent que le congrès s'est ajourné le 17 juin. Il ne se réunira probablement pas avant le commencement de décembre. On dit que M. Tyler a l'intention de rouvrir la session peu de temps après que les représentants seront retournés dans leurs collèges; le président pense sans doute qu'au milieu de leurs électeurs, les représentants changeront leur opinion sur la question du Texas.--On dit encore qu'on a écrit au Texas de ne s'engager en rien avec l'Angleterre avant les prochaines élections. Rien n'a été fait, quant à l'affaire d'Orégon.--Il y aura trois candidats dans la prochaine élection du président: MM. Clay contre l'annexation, et Tyler et Polk pour l'annexation. Il est probable que M. Henri Clay sera élu. Les finances de l'Union se sont améliorées. La dépense probable pour l'année ne sera que de 18 millions de dollars, tandis que le revenu ne sera pas au-dessous de 25.
La chambre des lords n'a pas encore prononcé sur l'appel d'O'Connell. En attendant, les évêques catholiques d'Irlande ont composé une formule de prière qui sera lue dans toutes les églises, à partir du 28 de ce mois jusqu'à la sortie de prison des captifs. «O Dieu tout-puissant et éternel, roi des rois et seigneur de toutes les puissances de la terre, jette sur le peuple de ce pays un regard de compassion, et mets, dans la bonté, un terme à ses souffrances. Donne-lui la patience pour qu'il endure ses privations, et remplis ceux qui le gouvernent de l'esprit de vérité, d'humanité et de justice. Unis toutes les classes dans un commun amour pour le pays, dans l'obéissance à notre bien-aimée souveraine, et dans un sentiment de charité mutuelle. Fais que nos législateurs nous donnent des lois basées sur les saints commandements et ramènent l'Irlande à un état heureux et prospère; et comme ton serviteur Daniel O'Connell, qui a travaillé avec tant de zèle et de persévérance au bonheur de l'Irlande, est maintenant retenu captif; donne-lui la grâce de supporter sa peine avec résignation, et, dans ta miséricorde, permets qu'il soit rendu à la liberté pour guider et protéger ton peuple; par Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Amen.»
Le 21 juin, à Athènes, les adversaires du ministère avaient organisé une émeute pour renverser le cabinet. L'émeute a éclaté, mais Kalergis est intervenu et a dissipé les rassemblements par la force. Plusieurs individus furent blessés et quelques-uns même tués. Avant dix heures du soir, la tranquillité était rétablie et les soldats rentraient dans leurs casernes. Kalergis a adressé à ses concitoyens une proclamation dans laquelle il exprime un vif regret que dans cette affaire des innocents aient été confondus avec les vrais coupables. A la date du 30, l'ordre était consolidé. Un mandat a été décerné contre Germano Mavronichali, prévenu d'être le provocateur des troubles du 23. Le général Tzavellas (exilé depuis à Syra) a offert sa démission d'aide de camp du roi à la suite du manque de foi dont le ministère voulait se rendre coupable envers le général Grives, mais auquel M. Piscatory a mis obstacle en lui conservant la protection du pavillon français. Le président du conseil persistant à ne pas reconnaître le compromis entre le général Tzavellas et le général Grivas, a annoncé à M. Piscatory qu'il ferait procéder au jugement et à la condamnation par contumace de Grivas, qui s'est retiré à Smyrne.
L'ordre des avocats a réélu à la presque unanimité son bâtonnier et tous les membres démissionnaires de son conseil.
Le roi vient de voir naître son huitième petit-fils; la reine des Belges seule lui a donné une petite-fille. Madame la duchesse de Nemours est accouchée d'un prince qui a reçu le nom de duc d'Alençon, titre qui n'avait pas eté pris depuis le règne de Henri III.
L'épiscopat français a perdu M. de Forbin-Janson, ancien missionnaire, évêque de Nancy, qui se tenait éloigné de son siège depuis 1830.--L'Institut et la Faculté des lettres ont rendu les devoirs funèbres à M. Fauriel, auquel de nombreux travaux avaient assigné un rang élevé dans la science.--M. C.-A.-F. Panekoucke, éditeur de nombreuses et importantes publications, est mort cette semaine.