La malle des Antilles arrivée à Southampton a apporté la nouvelle que les résidents anglais des Cayes avaient écrit à la Trinité pour réclamer l'intervention d'un vaisseau de guerre de leur nation, parce que la ville était saccagée et pillée. Le général Guerrier était subitement tombé malade, et le bruit s'était répandu qu'il avait été empoisonné par son rival Acaan.--A la Dominique, où une révolte de noirs affranchis avait éclaté, ce qui était un fait nouveau dans l'histoire de l'émancipation anglaise, l'ordre avait été rétabli. Cet événement donne une autorité très-grande à ce que disait lord Clarendon dans la séance de la chambre des lords du 25 juillet: «Mon opinion est que nous devons nous efforcer de prouver aux autres nations que le travail de l'homme libre est plus productif que celui de l'esclave. C'est précisément ce que nous n'avons pas prouvé, et les autres nations, voyant que l'expérience avait manqué, ont regardé notre philanthropie comme un piège. Et pourquoi l'expérience n'a-t-elle pas réussi? C'est parce que dans nos colonies, nous n'avons pas donné au travail libre les moyens de se développer. C'est à cela que doivent tendre tous nos efforts.»

Bien que, grâce aux mesures prises, au déploiement de force armée, la ville de Prague n'ait pas été le théâtre de nouvelles luttes sanglantes, on a encore vu la fermentation et la révolte gagner les petites villes manufacturières. Une émeute a éclaté à Deutsch-Brod, et l'on a dû recourir aux garnisons voisines, qui sont toutes consignées A Schwartz-Koseritz, un mouvement a eu lieu contre la population israélite, qui a été expulsée. Vingt mille des plus riches juifs de Prague ont déjà aussi quitté cette ville. La question du paupérisme paraît être surtout en jeu dans ce qui s'est passé. Des vers imprimés ont circulé parmi la foule. Cette poésie révolutionnaire était écrite dans la langue des Bohèmes.

Un attentat contre la vie du roi et de la reine de Prusse a été commis à Berlin, le 26 juillet. Au moment où ils montaient en voiture, un individu, sortant de la foule, s'est approché de la portière et a déchargé dans cette direction un pistolet à double coup. La voiture était partie aussitôt; le roi a fait arrêter, et a montré au peuple que ni lui ni la reine n'étaient atteints. Le coupable a été arrêté en flagrant délit; c'est un ancien bourgmestre de Storkow, dans la Marche électorale, qui avait donné sa démission en 1841, après une gestion répréhensible. Il avait depuis, à plusieurs reprises, sollicité un nouvel emploi, et l'insuccès de ses tentatives l'avait irrité et poussé à ce crime. Il se nomme Tschech, il est âgé de cinquante-six ans.

Les autres nouvelles de Prusse sont l'abolition de la détention pour dettes, et une instruction du commandant général des gardes qui donne l'ordre aux officiers supérieurs de défendre aux soldats, jusqu'au grade de sergent-major inclusivement, de se faire recevoir membres des sociétés de tempérance. Cette mesure est motivée sur ce que les règlements de ces sociétés défendent l'usage d'une boisson qui, d'après les ordres supérieurs, est distribuée régulièrement à certaines époques, surtout pendant les manœuvres, dans les camps et les bivouacs, et à certains jours solennels, comme rafraîchissante et tonique.

Bologne vient d'être encore témoin d'une exécution politique. Le 10 juillet au matin, les carabiniers y ont fusille par derrière un peigneur de chanvre, arrêté à l'étranger en janvier 1844, qui avait été condamné à mort comme rebelle par la commission militaire, après, dit l'arrêt, que celle-ci eut oui la messe et fait les prières d'usage. Ce malheureux, nommé Gardenghi, a été mis à mort au même lieu où six autres condamnés avaient subi dernièrement cet atroce supplice.

La correspondance de Madrid contient d'affligeants détails. Nous avons parlé de l'exécution à Saragosse de trois personnes fusillées par suite de l'affaire du général Esteller; mais le général Breton avait dit dans une proclamation que ce n'était qu'un commencement d'expédition; et en effet, d'autres personnes sont arrêtées, et l'on annonce qu'elles seront prochainement exécutées. Ce n'est pas tout: M. Inglada. intendant général de la province de Tolède, nommé par le ministère Gonzalès Bravo, vient non-seulement d'être destitué, mais encore d'être arrêté et mis au secret comme prévenu de complicité dans le meurtre du général Quesada, assassiné dans le mouvement populaire qui suivit l'insurrection de la Granja. D'autres personnes, compromises dans la même affaire, ont été également arrêtées, et l'on s'attend à voir adopter des mesures semblables pour venger les mânes des généraux Basa, Mendez Vigo, Saint-Just, Duonadio et Canterac.

A Athènes on s'est occupé de la tentative d'un individu atteint d'aliénation mentale qui avait voulu pénétrer, le 7 juillet, dans le palais du roi et avait été frappé d'un coup de baïonnette à travers le corps par un soldat. Cet homme, autrefois brigadier de gendarmerie, avait revêtu son uniforme, et il paraît que la sentinelle ne l'a frappé que quand elle lui a vu mettre le sabre à. la main. Le malheureux insensé était porteur d'un rouleau de papier que l'on croyait être une pétition adressée au roi, mais qui ne contenait que des divagations sur Alexandre le Grand, en l'honneur de qui il poussait des vivat. Le chagrin de se voir dépouillé d'une petite propriété et des querelles intérieures, suites d'un mauvais ménage, semblent les causes de la folie de cet homme, dont la vie sera peut-être conservée, mais qu'il semble difficile de ramener à la raison.--Quant à la solution des embarras politiques, on attendait la réunion des Chambres. Le ministère a fait des promotions si nombreuses dans les hauts grades de l'armée, qu'il y a maintenant 40 généraux pour 3,000 hommes dont se compose la force militaire.

Sur la lutte sanglante des bords de la Plata, on trouve dans le Standard la note suivante, qu'il convient de n'accepter que sous bénéfice d'inventaire: «Il est arrivé ce matin des nouvelles de Buénos-Ayres et de Montevideo. Nous avions annoncé que les assiégés avaient fait une sortie qui s'était terminée par une déroule complète: aujourd'hui nous apprenons que les résultats de cette sortie ont été plus désastreux encore. Paz. à la tête de 2,000 hommes, avait attaqué un poste avancé de l'ennemi près de Pantanoso, pendant que Thiébaud et Carréa marchaient sur las Tres-Croces. Il espérait prendre l'ennemi à l'improviste, mais Oribe étant survenu avec des renforts, Paz a été repoussé avec perte. 68 hommes sont restés sur le champ de bataille, 160 ont été blessés. On lui a fait cinq prisonniers. La division de Carréa et de Thiébaud a aussi été repoussée à la baïonnette par le colonel Maza; 75 hommes sont restés sur le champ de bataille, y compris 62 ex-Français. Il y a eu 150 blessés.»

Des lettres reçues de Lima font connaître qu'au mois de mai dernier le général Vivanco était toujours président du Pérou. Mais ce malheureux pays continuait d'être en proie à la guerre civile. Les troupes de Vivanco avaient eu plusieurs engagements avec celles du général Castella, son plus grand antagoniste. Le général Santa-Cruz était tombé au pouvoir de Castella, qui avait livré son prisonnier au commandant de la frégate le Chili. On craignait que Santa-Cruz ne fût fusillé. Plusieurs généraux levaient des corps de partisans et se disposaient à agir chacun pour s'emparer du pouvoir, qui a passé par tant de mains en si peu d'années. Plus heureux que Santa-Cruz, le maréchal de la Fuente a pu se rendre à bord de la corvette française l'Embuscade, en rade de Callao. Il a été accueilli avec l'hospitalité qu'on est sûr de rencontrer chez le» Français. Cependant, le séjour du maréchal se prolongeant indéfiniment à bord de ce bâtiment, les agents du gouvernement établi à Lima ont adressé à ce sujet des représentations, d'abord au capitaine Mallet, qui ne les a point écoutées, et ensuite à l'amiral Dupetit-Thouars. Il est de principe, en effet, que si un neutre mouillé devant une place de guerre reçoit à son bord, à titre de réfugié, un ennemi de cette place, c'est à condition de l'embarquer sur le premier navire étranger qui sortira du port avec une destination lointaine. Or, il paraît que cette condition n'avait pas été observée. L'amiral, qui sait aussi bien respecter les droits des autres qu'il fait valoir les siens à l'occasion, a éloigné le maréchal de la Fuente et mis un terme au conflit.

Au Paraguay, il y a eu un changement de gouvernement. M. Lopez a été nommé directeur pour dix années Il avait ouvert au commerce étranger les ports du Paraguay et avait autorisé les négociants étrangers à s'y établir. Toutefois, si l'on en croit le correspondant du Times, la jalousie du gouvernement buénos-ayrien empêchera que cette mesure ne soit profitable aux nations étrangères et notamment à la Grande-Bretagne. Il a déclaré qu'il ne souffrirait pas que le commerce se fit sur le Panama et l'Uruguay, soit parce qu'il est en guerre avec le Banda oriental, soit parce que Corrientes s'est détaché de la confédération méridionale.