Le musée et les collections de médailles se sont enrichis de deux productions nouvelles. L'une est consacrée au souvenir de la séance du 20 janvier dernier, où M. Guizot répondit à l'opposition, qui lui reprochait vivement certains actes de sa vie politique: «On peut épuiser ma force, on n'épuisera pas mon courage.» Les amis de M. le ministre des affaires étrangères, qui avaient eu vis-à-vis de lui, dans cette séance, le tort de ne pas soutenir l'apologie qu'il cherchait à faire de ces actes reprochés, et de le laisser lutter seul contre l'opposition, ont cru lui devoir cette réparation. L'autre médaille est la médaille en bronze que le gouvernement a fait graver par M. Gavrard pour être donnée aux exposants. Elle représente la France tendant une couronne à l'industrie en lui disant: «Tu m'enrichis, je t'honore.» C'est trop sec et pas assez logique. L'industrie, en effet, enrichit la France, mais elle ne fait pas que l'enrichir, et c'est parce qu'elle ne fait pas que cela que la France l'honore. Il y a peu d'années, la ville de Paris percevait un double impôt des maisons de jeu et des maisons de tolérance. Les croupiers et les beautés de carrefours l'enrichissaient, sans qu'elle les honorât, que nous sachions. Les intérêts matériels ont leur côté fort respectable; mais il faut savoir le trouver, surtout quand on veut le couler en bronze.
Une inondation terrible a porté la consternation dans la ville d'Adana et dans ses environs. S'il faut en croire le récit des voyageurs, ce sinistre aurait coûté la vie à mille personnes et causé des dommages qu'on évalue à plusieurs millions de piastres.--A Rio-Janeiro, le 25 mai, la chaudière de l'un des steamers en fer qui font le service entre cette ville et Rio-Grande a éclaté, et plus de quarante personnes ont perdu la vie par suite de l'explosion.--A Londres, un événement est venu causer également la mort de trente personnes. Pour assister à une joute de bateaux à rames, la foule s'était portée sur une jetée flottante qui sert d'embarcadère près du pont de Black-Friars. Cette jetée, d'environ trente mètres de longueur, a cédé sous le poids des imprudents, et hommes, femmes et enfants ont été jetés dans le fleuve.--Sur le chemin de fer de Montpellier à Cette, le déraillement d'un train a causé la mort de trois voyageurs. Quatre autres ont été blessés.
A Paris aussi, hélas! lundi, à la fin de cette fête dont le Courrier de Paris ne vous a fait voir que le côté riant, nous avons vu se reproduire ce triste tableau qui avait assombri les solennités du mariage de M. le duc d'Orléans. A l'entrée de l'avenue Gabriel, des flots de curieux se contrariant et s'amoncelant ont déterminé de nombreux cas d'asphyxie dont quelques-uns, malgré les secours immédiatement prodigués, ont été mortels. Le nombre des blessés est considérable, et beaucoup de blessures présentent de la gravité.
--Un de nos auteurs dramatiques les plus féconds, M. Guilbert de Pixérécourt, vient de mourir à Nancy, sa ville natale, à l'âge de soixante-onze ans.--L'Allemagne vient de perdre également un de ses plus féconds producteurs dramatiques, M. Charles Blum, auteur de 589 ouvrages représentés. Il avait, par ses traductions, popularisé le vaudeville français chez ses compatriotes.--Le troisième fils du roi de Naples, comte de Castro-Giovani, est mort.
Projet d'un Hôpital nouveau à Paris.
Paris tend à se déplacer: c'est un fait incontestable que M. Rabusson déplore en fréquents mémoires au roi et en pétitions aux Chambres: nous nous bornons, nous, à le reconnaître. L'administration de la ville de Paris ne le méconnaît sans doute pas non plus, mais elle a le tort de ne pas assez étudier ce mouvement, de ne pas assez s'en préoccuper, non pas pour s'y opposer, comme le voudrait M. Rabusson, mais pour le diriger, l'organiser dans l'intérêt de la ville à venir et au moindre détriment de la ville ancienne.
C'est dans le quart de cercle compris entre le nord et l'ouest que Paris, gravissant la hauteur qui le dominait, l'a couronnée d'habitations nouvelles. S'étendant sur le plateau, elles descendront bientôt sur le versant opposé pour rejoindra la Seine qui le contourne. Cette extension s'opère en dedans et au dehors des limites de la ville, c'est-à-dire sur les vastes terrains non construits que renfermait l'enceinte du mur d'octroi et au delà même de cette enceinte. Pour la partie de ce développement qui s'opère dans la banlieue, la municipalité de Paris ne peut exercer aucune surveillance ni aucune action. Toute cette ville de Batignolles-Monceaux, qui dans un petit nombre d'années fera, à coup sûr, partie de la grande ville, s'est édifiée et s'édifie encore d'après des règles de voirie rurale, qui ne sont nullement en harmonie avec celles de Paris et qui laissent s'enrouler des rues étroites et sinueuses qu'à peu de frais aujourd'hui on établirait sur de plus grandes proportions et sur un alignement moins tourmenté, mais dont l'élargissement et le redressement entraîneront plus tard des dépenses énormes. Pour la partie de ces constructions qui est renfermée dans les murs de l'octroi, la ville de Paris fait observer, bien entendu, ses règlements; mais elle comprend que ses devoirs ne s'arrêtent pas là, et que cette agglomération de nouveaux habitants et d'émigrants des anciens quartiers, exige des établissements municipaux et des monuments publics. Bientôt nous aurons à rendre compte de l'ouverture et de la consécration d'une église qu'on achève sur la place Lafayette. On s'entretient depuis longtemps de l'érection d'un collège; aujourd'hui nous avons à faire connaître le plan d'un hôpital nouveau.
Cette construction s'élèverait précisément derrière l'église qui va être inaugurée, Saint-Vincent-de-Paule, dans l'axe de ce monument, et d'une rue Neuve-Hauteville, continuation de l'ancienne rue de ce nom et qui n'en serait séparée que par le monument religieux et ses abords. L'hôpital est destiné à recevoir 600 lits. L'administration des hospices dont tous les établissements ont été édifiés pour une destination tout autre que celle à laquelle ils sont appliqués aujourd'hui ou à une époque où l'on n'avait point étudié les exigences de l'hygiène pour la construction d'un hôpital, a reconnu la nécessité d'en élever un qui pût être regardé comme modèle. Malheureusement, le plan qu'elle a fait dresser ne nous paraît pas suffisamment justifier ce titre, et son auteur évidemment n'avait pas présents à l'esprit, en le combinant, les principes et les conditions établis par le rapport de l'Académie des sciences sur la construction d'un hôpital, rapport fait par les hommes les plus compétents de l'Europe, et signé de Tenon, d'Arcet, Lavoisier, Bailly, Lassone, Daurenton, Coulon et Laplace.
Ainsi, pour loger les 600 lits demandés, on propose d'établir trois étages de malades, ce qui est insalubre et proscrit par l'Académie. Malgré cet entassement, la superficie du plan de l'administration n'en serait pas moins de plus de 20,000 mètres carrés; tandis que l'hôpital de Bordeaux, élevé pour 600 à 700 lits, n'occupe qu'une surface de 16,000 mètres carrés et n'a que deux étages de malades. C'est que dans leurs plans certains architectes d'administrations se préoccupent beaucoup plus des accessoires, de l'agrément et des convenances des directeurs et chefs de service, que du bien-être des véritables destinataires. On en jugera quand nous aurons dit que les bâtiments occuperaient à eux seuls 9,203 mètres, dont 6,297 pour les accessoires et 2,906 pour les malades. L'exécution totale coûterait près de cinq millions. Par ce développement mal entendu, un terrain, précieux pour la ville, se trouverait absorbé sans nécessité dans ce clos Saint-Lazare, où il ne faut pas seulement penser à l'hôpital, mais aussi aux abords d'un quartier nouveau qui a un avenir si important, et ou des voies bien combinées devront faciliter une grande et utile circulation. Par ce développement encore l'hôpital serait trop rapproché de la gare du chemin de fer de Belgique, et il interromprait la rue du Nord, tracée pour l'importante communication de la barrière Poissonnière, au centre du faubourg Saint-Denis, voie déjà portée sur le plan de la ville et bâtie en plusieurs endroits. Le prolongement de la rue des Jardins deviendrait également impossible.