--Voilà bien les femmes; il leur faut des colifichets; et cie je n'avais qu'à vous offrir une chaumière et son coeur, comme dit la chanson.--Il ne manquerait plus que cela, une chaumière au mois de janvier: je dirais que vous prenez mal votre moment.--Tenez, ma chère, embrassons-nous et que ça finisse.

La présente vignette vous montrera le thermomètre conjugal sous un autre aspect. La victime du jour de l'an, ce n'est plus ici la femme, c'est le mari. Heureux homme pourtant, d'abord on lui passe toutes ses fantaisies, il est assassiné de petits soins; c'est le bijou de la maison. «Ne le contrarions pas: voici venir les étrennes.» Ainsi pense la maîtresse du logis, et c'est fort bien penser. Quelques-unes poussent la complaisance jusqu'à simuler le martyre. On se lève plus tôt qu'à l'ordinaire et l'on se couche plus tard; il s'agit de parachever quelque oeuvre mystérieuse, bourse ou bretelles brodées, petit mystère d'iniquité innocente, que le héros de l'aventure accepte ordinairement pour un mystère d'amour. Règle générale ou à peu près: la Parisienne achète tout faits les cadeaux qu'elle est censée avoir confectionnée. Se piquer les doigts et user ses beaux yeux à ces travaux sans éclat, c'est une imprudence dont son bon goût la préservera toujours. Les prévenances, les sourires, les cajoleries et l'emplette, chacune de ces douceurs a produit son effet: voilà le thermomètre conjugal arrivée son maximum; il faut qu'il dégringole. Le mari s'est exécuté. La face des choses, et surtout celle de la dame, a bien changé. C'est la traduction libre du: Je l'aime un peu, beaucoup, passionnément... pas du tout! Heureusement que le trait de moeurs n'est qu'une exception.

Que vous dire encore à propos du jour de l'an? C'est un anniversaire qui s'éternise, les mêmes compliments, les mêmes sérénades et les mêmes bonbons qu'autrefois; dans les rues, la même foule et le même spectacle. Il est bien entendu que la ville est plus que jamais un magasin de curiosités. Toute la population est dehors, et l'on se souhaite le bonjour entre deux emplettes. La promenade du jour de l'an vaut celle du mardi gras: c'est une mascarade à visage découvert, où l'on peut reconnaître chacun des masques et des emplois de la comédie humaine. Le généreux, le dissipateur, le glorieux en tournée de cérémonie, le parasite en habit neuf portant sa carte aux amphitryons, le bon père chargé de polichinelles, le flâneur qui jouit de tout et l'avare qui ne jouit de rien. L'étincelant fouillis que les boutiques! Ne me parlez pas des merveilles orientales, des palais moresques, des villes peintes comme Canton ou Nankin, et des cités mascarades comme Venise et Naples; l'or, les pierreries, les brillants tissus, les métaux resplendissants, les étoffes merveilleuses tissées par des fées invisibles: voilà les perles que Paris a tirées de son écrin. Seulement n'allez pas demander quelle est l'étrenne à la mode et dans quel moule nouveau 1851 a jeté son monde et ses fantaisies. En fait d'inventions, on s'accommode assez volontiers du vieux, et il faudra que la nouvelle année s'arrange des nouveautés de ses anciennes. Il est trop vrai qu'au milieu du propres général le bonbon reste stationnaire, on s'en tient à la dragée et au fruit confit; les chinoiseries font la même grimace; ainsi de la littérature du bonbon, qui ne sort pas de la devise et du rébus. Après cinquante ans d'exercice, nous en sommes encore aux énigmes du Fidèle Beryer. Ailleurs, ce sont les mêmes bons hommes plus ou moins réjouissants, les représentants de la république... du rococo, parleurs à la mécanique, automates joueurs d'instruments sur toutes les cordes, grands hommes pâte molle ou biscuit. L'esprit français ne se lasse pas de voir toutes choses en caricature; il a l'humeur railleuse des vieillards. Certainement notre époque égayera fort nos descendants, et ils n'auront pas à lui appliquer la maxime de Montesquieu: Heureux les peuples dont l'histoire est ennuyeuse.
Philippe Besoni.

Du 15 décembre au 1er janvier, par Stop.

Industrie parisienne.

Au moment où l'Angleterre convie les industries du monde entier à l'exposition universelle que l'année 1851 verra s'ouvrir à Londres, et dont la France doit se reprocher de n'avoir point pris l'initiative, l'Illustration, après avoir depuis longtemps ouvert ses colonnes aux grands établissements industriels français, montrerait plus que de l'indifférence et pourrait même être taxée d'injustice en n'essayant pas de faire connaître successivement à ses lecteurs les produits multiples et variés de l'industrie parisienne appelée à tenir une place si élevée à cette exposition.

L'industrie parisienne, célèbre par le bon goût de ses produits, l'habileté de ses artistes et l'intelligence de ses ouvriers, s'exerce en effet sur un nombre infini d'articles de natures différentes; les efforts nombreux tentés depuis la révolution pour améliorer l'industrie française ont toujours été couronnes des plus heureux succès dans la capitale; mais c'est surtout depuis les longues années de paix dont la France a joui, que Paris est devenu une ville industrielle de premier rang, sans avoir cependant l'aspect d'une ville manufacturière; ses articles portant d'ailleurs un caractère particulier de nouveauté et d'élégance, sont accueillis et recherchés avec une faveur très-marquée tant en France que dans les colonies et sur les marchés étrangers.

Parmi les branches d'industrie spéciales à cette capitale, l'horlogerie fine, les bronzes, l'orfèvrerie et la bijouterie entrent pour des sommes importantes dans la balance de son commerce.

L'horlogerie mixte, c'est-à-dire celle qui s'exerce sur des pièces provenant de fabriques étrangères ou françaises, et l'horlogerie de précision, dont toutes les pièces sont fabriquées à Paris même, y sont cultivées avec assez d'honneur pour assurer à cette ville le monopole des pendules, dont l'Angleterre seule nous achète pour plus de deux millions par an; et si l'horlogerie de Paris, en ce qui concerne la fabrication des montres, est encore en lutte avec celle de Genève, elle a conservé, pour tout ce qui est art, goût et invention, une incontestable suprématie.