Duhousset,

«Lieutenant-colonel en retraite.»

S. M. Nassr-ed-Din, shah de Perse

Au moment où Sa Majesté le shah de Perse vient visiter la France, nous pensons bien faire de donner ici son portrait et une petite biographie de son auguste personne.

Nassr-ed-Din shah est né en 1830, et conséquemment âgé de quarante-trois ans; il est fils de Mohammed shah, auquel il succéda le 10 septembre 1848, et petit-fils du célèbre Abbas-Mirza, lequel mourut héritier présomptif de Feth-Ali shah, en 1834. Sa Majesté est donc le quatrième souverain de Perse issu de la dynastie des Cadjars, dont Aga-Mohammed-Khan fut le fondateur, couronné en 1796.

Jeune encore, le prince Nassr-ed-Din montra les plus heureuses dispositions; il aimait les études intellectuelles et ne cherchait une distraction à celles-ci que dans les exercices corporels; infatigable à la chasse, le prince devenu roi est encore aujourd'hui le meilleur chasseur de la Perse; il en est le plus intrépide cavalier, comme il en est également l'un des hommes les plus instruits et lettrés.

Comme prince héritier, il apprit les affaires de l'État par la pratique, car il fut pendant plusieurs années gouverneur général de la province de l'Azerbaidjan, et demeurait en cette qualité à Tauris, où il se faisait rendre compte des moindres détails de l'administration placée sous ses ordres.

Aimant les Européens et aimé d'eux, le roi actuel est le prince le moins fanatique qui ait régné sur la Perse. Ses sujets l'aiment à l'adoration, parce qu'ils savent qu'ils sont aimés de lui; d'un caractère extrêmement doux, il a toujours été juste envers tous; sa douceur va même jusqu'à une certaine timidité naturelle que Sa Majesté cherche à cacher en parlant toujours très-vite et d'une manière un peu brusque.

Nassr-ed-Din shah est shahynshah, c'est-à-dire roi des rois, khan des khans, chef des chefs, fils du soleil, cousin de la lune, etc., etc.; à ces titres tout à fait orientaux viennent s'en ajouter bien d'autres très-connus, étant répétés dans toutes les pièces officielles échangées avec les puissances étrangères.

C'est un homme très-éclairé et d'un esprit extrêmement fin; il comprend plusieurs langues, qu'il a apprises par lui-même, et entre autres le français; si Sa Majesté ne fait pas souvent usage de cette dernière, elle ne la possède pas moins dans la perfection. Sa Majesté reçoit plusieurs journaux européens, qu'elle lit avec intérêt, et si parfois un détail lui échappe, elle se fait donner des explications par les Européens qui l'entourent.