Dans les Bords du Loir (n° 1050), de M. Mesgrigny, ce qui nous séduit, ce n'est plus l'ombre de la feuillée, ni le soleil éclatant de la prairie, c'est la grâce de la composition, la limpidité de l'eau, la transparence de l'air, la fraîcheur des petits cottages si joliment posés le long de la rivière, un je ne sais quoi d'heureux et d'ensoleillé qui charme et qui réjouit. L'Embarquement d'huîtres au parc de Cancale, de M. Delpy, nous distrait de nouveau de ces sites enchanteurs pour nous conduire, presque sans transition, au Rocher d'Yport, de M. Vernier, battu par le choc incessant de la vague: ciel d'orage, aux tons menaçants, calme apparent de la mer onduleuse, quel contraste avec la tranquillité sereine du Passeur, de M. Corot, qui pousse doucement son bateau vers l'autre, bord de la rivière! Comme ici tout est paisible et silencieux, comme ces arbres touffus tamisent finement la lumière, comme ces coteaux en pente encadrent bien l'eau courante qui baigne leurs pieds; comme on se sent pénétré, et pour ainsi dire, doucement enivré de campagne, à l'aspect de ce petit tableau, d'une harmonie si vraie et si profonde! C'est que M. Corot porte allègrement le poids de sa verte vieillesse: sa main n'a pas plus faibli que son amour de la nature, et nous ne pouvions mieux couronner cette courte revue du paysage contemporain qu'en prononçant le nom de son maître vénéré.

L'expédition de Khiwa

Khiwa, paraît-il, a succombé, et le khan est, dit-on, en fuite. Si les Russes sont entrés dans cette ville, ce n'aura été qu'après avoir surmonté les plus grandes difficultés, éprouvé les rigueurs d'un froid tel que les habitants disent n'en avoir pas ressenti de pareil depuis cent ans, et les atteintes d'une chaleur dévorante. Nous n'avons pas à nous occuper ici de la marche des colonnes russes, dont nous parlons ailleurs; nous voulons seulement donner quelques explications sur les divers croquis qui composent la page que nous publions dans ce numéro.

Le dessin central représente l'entrée des Russes à Samarkande, la seconde ville de la Boukharie. Cette place est bâtie sur le mont Kobak, près du Sogd ou Zer Afchan, à cinquante lieues de Boukhara. Elle est à moitié ruinée. Parmi ses monuments, le plus curieux, sans contredit, est le tombeau en jaspe de Tamerlan, qui avait fait de Samarkande la capitale des Tartares et l'une des plus belles et des plus riches villes d'Asie.

Les croquis qui entourent ce dessin sont des types d'officiers russes, tenue de l'armée du Caucase, de Cosaques, d'hommes et de femmes du Turkestan, Turcomans, Boukhariens, Khiwiens, peuples aussi avares qu'avides, qui vivent plus encore de pillage que du commerce qu'ils font par caravanes avec l'Afghanistan, la Perse, Astrakan et Orenbourg. Le croquis que l'on voit au bas de la page, à côté du camp des Khiwiens et qui porte pour légende: «Tant par tête,» rappelle une coutume barbare des guerriers des divers khanats du Turkestan. Ils coupent pendant et après le combat le plus de têtes qu'ils peuvent, et, après les avoir enveloppées, ils les rapportent à la ville, suspendues à la selle de leurs montures. Ils ont à cela un intérêt autre que celui du Peau-Rouge, qui suspend dans son wigwam les chevelures qu'il a scalpées sur le crâne de son ennemi. Pour celui-ci, c'est un trophée; pour l'autre c'est une marchandise, que le gouvernement du khanat paye, non en argent, mais en vêtements. Ces vêtements sont plus ou moins luxueux, suivant le prix, c'est-à-dire suivant le nombre des têtes. Il y a des vêtements de deux têtes, c'est misérable; mais de huit ou dix têtes, à la bonne heure! C'est affaire aux élégants.

Les deux croquis qui se trouvent en haut de la page, à droite et à gauche, et celui qui en occupe le bas, au milieu, représentent divers campements. Les deux premiers sont des campements russes, l'un sur la frontière de Chan-Diert-Kul, l'autre près du fort Emba. Les tentes du premier sont des tentes russes fort insuffisantes contre les rigueurs de la température; celles du second sont des espèces de huttes en boue, présentant un meilleur abri. Mais les unes et les autres ne sont pas à comparer à celles des Khiwiens, que les Russes ont, dit-on, fini par adopter. Ces tentes se composent d'un fort tissu tendu sur une charpente en bois. Suivant un voyageur hongrois qui, déguisé en derviche, a parcouru tout le Turkestan, ces tentes sont tout à fait confortables, fraîches en été, chaudes en hiver, et elles peuvent lutter victorieusement contre les rafales qui, de temps à autre, passent en hurlant à travers les steppes.

L. C.

Le tremblement de terre de San-Salvador

Santa-Tecla, 30 avril.

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