--Peste! s'écria le comte avec un accent légèrement railleur, il paraît que le goût des voyages vous tenait furieusement au cœur, maître Nicolas! Eh bien, voyons, que comptez-vous m'offrir en échange de votre liberté?
Lorsqu'il avait quitté Moskow, le serf était décidé à sacrifier s'il le fallait sa fortune pour donner satisfaction à sa bien-aimée Alexandra; mais il n'entendait pas moins disputer écu par écu le prix de son rachat, comme l'exigeaient ses antécédents de commerçant.
--Maître, dit-il, avant de quitter Moskow, j'ai mis vingt mille roubles dans ce sac; c'est peut-être la moitié de ce que je possède; mais je ne saurais regretter d'avoir partagé mon bien avec le généreux seigneur qui de son esclave aura fait un homme.
Le comte Laptioukine haussa les épaules et plissa les lèvres d'un aie dédaigneux.
--Mais, se hâta de reprendre Nicolas, si le seigneur pense qu'il est juste que la totalité lui appartienne, je lui abandonnerai les quarante mille roubles, en ne gardant pour moi que la protection du bienheureux saint Nicolas qui ne me délaissera pas dans mon indigence.
--Tu m'as bien mal compris, Nicolas, reprit le comte; si j'avais envie de roubles, je ne t'en aurais pas demandé vingt mille. Mais tu le vois, mon garçon, je suis arrivé à cette période de l'existence où le plus ou moins grand nombre de roubles que l'on possède commence à devenir furieusement indifférent. J'ai rêvé que tu ferais mieux pour moi, que je te devrais une dernière joie qui adoucirait quelque peu les regrets du passé, qui paraissent, si amers lorsqu'on touche à la fin.
Nicolas était pâle et haletant.
G. de Cherville.
(La suite prochainement.)