Le major Stempel fit une défense héroïque et déjà ses nombreux adversaires étaient en retraite quand il fut entièrement dégagé, le 21 juin, par le gouverneur général. Ce fait d'armes est le plus merveilleux de ceux que les Russes ont accompli en Asie; la vaillante garnison de la citadelle de Samarcande y perdit le tiers de son effectif. Des colonnes russes ayant enlevé les petites places situées au sud de la capitale et dispersé les bandes boukhariennes qui infestaient le pays, l'émir Mozaffar comprit qu'il fallait se soumettre aux Busses auxquels il paya un tribut de deux millions de francs et céda la riche province de Samarcande qui fut incorporée dans l'empire moscovite. Dans la livraison de décembre 1869 de la Revue militaire française, M. le capitaine d'état-major Donécagais a publié un récit détaillé de cette brillante et fructueuse campagne.

En 1869 et 1870, le gouverneur général soumit définitivement les districts de Farab, de Magian et de Kischtut, au sud de Samarcande (voyez la carte publiée dans le numéro de l'Illustration du 24 mai). Ces différentes expéditions furent dirigées par le général Abramow, un des modestes héros de cette guerre ingrate.

En 1871, le sultan de Kuldja commit l'imprudence d'emprisonner une bande de Kirghiz sujets de la Russie, qui avaient envahi son territoire et massacré les postes placés sur la frontière. Le général Kolpakoski saisit ce prétexte pour remonter le fleuve Ili avec des détachements tirés de Wiarnoje et de Borokudsin, sommer le sultan de Kuldja d'avoir à lui remettre les prisonniers justement arrêtés et, sur son refus, l'attaquer le 16 juin à Alimta, avec un millier d'hommes et 16 canons. Facilement victorieux, il enlevait le 18 juin le fort de Tchin-tsa-Khodsi et faisait le 22 son entrée dans Kuldja dont le district fut également incorporé dans l'empire des czars.

La province du Turkestan russe comprend aujourd'hui un territoire d'au moins 60,000 lieues carrées, soit environ le double de la France. Le khan de Kokand et l'émir de Bokhara sont réduits à l'état de très-humbles vassaux incapables du moindre soulèvement, puisque le beylik de Samarcande s'avance comme un coin au milieu de leurs khanats. D'après les dernières dépêches, le khan de Khiva est en fuite et le drapeau russe flotte sur sa capitale.

Il est probable que le tzar Alexandre tiendra, à la lettre, la promesse faite à l'Angleterre de ne pas incorporer Khiva à ses vastes possessions; mais nous sommes convaincu qu'il s'empressera de créer autour de cette place une série de forts qui la rendront complètement maître de l'Amour-Daria, l'Oxus des anciens.

Quel que soit le but poursuivi par les Russes, nous nous félicitons sincèrement de voir leur activité dirigée vers l'Orient. En définitive, c'est la civilisation qui envahit les pays barbares d'où sont sortis les Gengis-Khan, les Tamerlan, et nous n'avons pas à regretter que les possessions russes se rapprochent peu à peu de l'Inde anglaise. L'impassibilité avec laquelle la Russie et l'Angleterre ont assisté à l'égorgement de la France doit nous rendre indifférents à la lutte qui surgira entre ces deux puissances dans un avenir peut-être plus prochain qu'on ne pense. La seule attitude qui nous concerne est celle de l'expectative; imitons la Russie, sachons nous préparer avec recueillement et nous tenir prêts à profiter des fautes de nos ennemis déclarés et des neutres peu bienveillants.

A. Watcher.

ARRIVÉE DU SHAH DE PERSE A PARIS.--Arrivée du cortège sur
la place de l'Étoile.--Décoration de l'Arc-de-Triomphe.

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