--Alors, mon enfant, je serai discrète comme la tombe. Mais j'espère... j'espère.

Les deux femmes s'étaient remises à marcher. Au tournant de l'avenue sinueuse, elles rencontrèrent le facteur.

--Avez-vous quelque chose pour nous, père Duval?

--Mais oui, mam'selle, et puisque je vous rencontre je vas vous donner vos lettres et je descendrai par la ferme; ça m'évitera un fier crochet.

--C'est ça, et dites à la Ferrande de vous donner un bon verre de cidre.

--Merci bien, mam'selle. Serviteur, mesdames.

Et le père Duval dégringola lestement un tout petit sentier qui conduisait à l'une des fermes du domaine.

Marthe regarda les lettres et les mit dans sa poche.

--Vous ne les lisez pas?

--Oh! j'ai bien le temps. Des lettres d'amies de pension. C'est curieux comme les jeunes filles et jeunes femmes ont à peu près la même écriture penchée, régulière et sans expression pour ainsi dire. J'ai là trois lettres. A moins de les examiner de près, je serais incapable de dire laquelle est de Lucy, ou de Marie, ou d'Yvonne. Tiens! si je les invitais toutes trois, avec les parents des unes, le mari de l'autre? Cela nous ferait une société jeune et gaie. Ce sera à Robert à trouver les cavaliers, par exemple.