Ecrite dans cette langue facile qui plaît aux Anglais, l'odyssée des deux époux se lit avec plus de plaisir dans l'original que dans la traduction. Il nous faudrait la plume d'un Alexandre Dumas pour peindre d'une façon qui nous séduise tout à fait, la stupéfaction des populations nègres, à la vue des cheveux blonds de Mme Baker. Comment faire comprendre la grossière convoitise des grands chefs, qui croyant que toute femme est une marchandise à vendre, offraient vingt éléphants, trente girafes ou cinquante autruches au mari.
Mais la gloire d'avoir découvert le lac Albert ne suffisait point à l'ambition des deux époux. Aussi, en sir Samuel accepta-t-il les propositions du khédive, qui lui donna le titre de pacha et le commandement d'une armée de 1,500 hommes, à la tête desquels il partit pour la conquête des sources du Nil.
Aucun des événements extraordinaires qui se sont déroulés dans le cours du haut Nil, depuis le mois de novembre 1859 jusqu'au commencement du mois de juillet 1873, n'est connu en Europe autrement que par de vagues rumeurs ou des télégrammes tronqués. Cependant nous ne chercherons point à devancer le récit que le grand explorateur ne tardera point à nous faire.
Puissions-nous avoir réussi à donner les détails indispensables pour apprécier le caractère de ce couple étrangement hardi, de ces deux êtres qui ont pris la plus audacieuse de toutes les missions, faire briller l'amour civilisé aux yeux de populations abruties par le despotisme et la polygamie.
W. de Fonvielle.
La sieste
L'heure de la moisson a sonné. Le grain n'est plus en lait et facilement se coupe avec l'ongle; le chaume est devenu blanc. C'est le bon moment. Aussi, dès l'aube, en ce chaud mois de juillet et dans le mois suivant, selon la région, des essaims de moissonneurs, comme des nuées de sauterelles, s'envolant de tous les villages, vont-ils s'abattre à travers la plaine où ondulent les épis. Tous sont armés de l'arme du pays; ici, de l'antique faucille à la lame finement dentée; là, de la sape ou fauchon et de son crochet; ailleurs, de la grande faulx. Ces autres s'avancent, entourant quelqu'une de ces machines nouvelles inventées par celui-ci ou perfectionnées par celui-là, véritables mitrailleuses du sillon qui d'un seul coup couchent par terre les épis par milliers. Mais ces bataillons-là sont rares. Tout le monde ne peut pas se payer le luxe ni s'assurer les avantages de cette grosse artillerie. Sur bien des points, le petit fermier et le petit propriétaire tiennent encore pour la faucille. Cela va moins vite, il est vrai, mais cause moins de perte. Et le temps importe peu, quand la main-d'œuvre est à bas prix. Par exemple, la fatigue est double, mais on ne s'en aperçoit pas quand on a du cœur au travail, à preuve Mathurin et Mathurine sa femme, qui jamais n'ont boudé devant la besogne. Et nul mieux qu'eux ne sait habilement trancher sa poignée d'épis, égaliser une javelle, lier une gerbe, former une moyette et la coiffer. Toujours à leur affaire, sans s'arrêter une minute, sinon pour manger la soupe, et, comme de juste, faire la méridienne. A ce moment là, d'ailleurs, la chaleur est grande aux champs, le travail presque impossible. Le soleil darde d'aplomb sur la terre ses rayons de feu qui semblent mordre. Bon gré, mal gré, il faut donc fuir, chercher l'ombre, prendre quelques instants d'un indispensable repos, dont la nature elle-même paraît éprouver le besoin. Tout cède au sommeil; le fauve se retire en son gîte; l'oiseau sous le buisson se cache et se tait. Insensiblement tous les bruits s'éteignent, et bientôt le silence n'est plus troublé que par le cri strident de la cigale claquetant seule dans l'espace immense...
C. P.
Le "Paper Hunt" de Fontainebleau
Depuis quelques années le sport a fait en France des progrès incontestables. En ce qui concerne ses branches principales--les courses, la chasse à courre, la chasse à tir, le canotage--nous ne passons plus aujourd'hui pour des écoliers aux yeux de nos maîtres d'outre-Manche; c'est probablement ce qui nous encourage--ayant si bien réussi--à faire du sport au petit pied.