Théâtre du Vaudeville.--Ange Bosani, pièce en trois actes, par MM. Émile Bergerat et Armand Silvestre.

Voilà justement un des derniers produits du genre dont je vous parlais tout à l'heure. Comment se fait-il que deux écrivains de talent aient pu s'occuper d'un tel thème? Cet Ange Bosani, qu'ils mettent en scène, est le pire des drôles. Il paraît n'avoir pas d'autre profession que celle de vendre sa femme, la belle Mme Bosani, qui est la pire des drôlesses. Il y a aussi une manière de peintre dont la toquade est de se jeter du haut d'une fenêtre sur les rochers de Monaco. En réalité, les divers personnages dont ce drame est émaillé ne sont que d'abominables coquins, plus un franc imbécile. Le public cherche en vain une seule tête qui puisse exciter son intérêt.

Ange Bosani n'a pas réussi, on peut le dire, et c'est tant mieux. Il y a lieu d'espérer enfin qu'on va délaisser pour toujours cette poétique de croque-morts qui, depuis tantôt un quart de siècle, était devenue notre passe-temps de prédilection. C'est justement sur ces planches du Vaudeville qu'a été jouée pour la première fois la Dame aux camélias, œuvre remarquable sans contredit, mais qui favorisait aussi par trop l'art de pleurer en public. Vingt-cinq ans de comédies lugubres, c'est bien assez. Si votre conscience est agitée par le génie du mélodrame, il existe des scènes spéciales: l'Ambigu, la Porte-Saint-Martin, la Gaîté et quelques autres. Occupez-les et laissez le Vaudeville à son origine.

Il en est sans doute qui hausseront les épaules. «--Est-ce qu'on va se remettre à chanter le couplets de facture?»--Eh bien, pourquoi pas? Dans le temps où l'on chantait sur les théâtres de genre, Paris n'était pas plus bête que de nos jours, croyez-le bien. Au fait, c'est depuis qu'on a abandonné la clef du Caveau qu'il s'est jeté à corps perdu dans l'opérette. Vous savez où cela nous a menés, vous savez à quel point du niveau intellectuel nous sommes pour le quart d'heure.

Philibert Audebrand.

COUDER

Le doyen des peintres d'histoire, Couder, est mort le 24 juillet dernier, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.

Né à Paris en 1787, il avait fait ses premières études à Marseille, pays natal de sa mère, et était venu les achever à Paris. Il n'était pas encore fixé sur la carrière qu'il voulait suivre, et avant de tenter celle des arts, dans laquelle il devait se faire une place honorable, il avait un instant frappé à la porte de la science. Mais ce n'avait été qu'un caprice de jeunesse, presque aussitôt abandonné.

Il entra d'abord dans l'atelier de Regnault, d'où il passa dans celui de David, alors à l'apogée de sa gloire et de sa fortune.

Mais les heures de l'adversité approchaient pour lui avec la fin de l'empire, dont il était l'un des favoris.