On attendait avec impatience le moment du départ. C'est par les baraques du Champ de Mars qu'il a commencé. La ville avait été obligée d'élever ces logements spacieux pour loger les nombreux soldats que la méfiance du gouvernement allemand avait accumulés à Nancy. Pour satisfaire toutes les exigences des vainqueurs, il avait été nécessaire de matelasser toutes les baraques, de façon à ne donner aucune prise à l'humidité. Ces logements étaient presque élégants, ils renfermaient des ameublements complets, mille objets chaque jour réclamés. Si l'on en juge par le nombre des voitures que les Prussiens ont employées de ce côté, il est permis de croire que le déménagement a été complet.
Le 1er août enfin, les quelques bataillons qui restaient dans la ville se sont éloignés.
A six heures du matin, les troupes massées sur la place Stanislas furent passées en revue par le général Manteufel, puis la colonne s'éloigna par la porte des Volontaires.
Le pont qui traverse le canal avait été abaissé, et de nombreux bateaux stationnaient le long du bord. A peine le dernier Prussien était-il passé que le drapeau était hissé aux mâts. Toutes les maisons sont pavoisées, et à côté des couleurs nationales on remarque avec attendrissement les bannières de l'Alsace et de la Lorraine recouvertes d'un crêpe.
Il s'en faut de beaucoup que les Allemands conservent dans la marche la discipline sévère qu'ils observent dans les villes: les uns chantent, d'autres boivent à même une dernière bouteille de vin de France; un officier, le sabre au fourreau, fume gravement en marchant l'immense et classique pipe de porcelaine.
Après Nancy, la ville industrielle, Belfort, la cité héroïque, qui porte encore les traces du bombardement.
C'est à regret que les Prussiens s'éloignent de cette ville qu'ils prétendaient garder. Ils sortent à cinq heures du matin par la porte de Brisach. La route passe entre les forts de la Justice et de la Miotte, presque aux pieds de cette tour qu'ils viennent de renverser, en détruisant les étais qui la soutenaient.
C'est là que se trouve le cimetière de Belfort, et grâce à une souscription publique on est en train d'élever un monument aux mobiles tombés sous le feu de l'ennemi.
Derrière les Allemands, au moment même où le drapeau national est hissé au sommet du château, on démolit les baraquements qui servaient de logement aux Prussiens, et qui seront inutiles à nos soldats que l'on attend avec une fiévreuse impatience.
L'évacuation est terminée, et dans moins d'un mois la libération du territoire sera complète.