O. L. F.

La Répétition, par M. Torrents.

L'austère costume des deux capucins avec leurs robes brunes, leurs épais capuchons, les cordes grossières qui leur ceignent les reins, contraste étrangement avec le luxe de la pièce où nous les voyons; la richesse des dessins qui ornent le dos du fauteuil où est assis l'un d'eux, l'épaisseur des tapis, la magnificence du pupitre, les tentures, les tableaux qu'on aperçoit dans le fond, tout concourt à faire ressortir davantage encore les sévères figures des personnages qui semblent se préoccuper si peu des belles choses qui les entourent; sans doute sommes-nous dans quelque antique abbaye, dans un coin réservé des anciens appartements du prieur. Qu'importe, d'ailleurs, aux deux moines? Ils ont eu soin d'envelopper d'un tapis leur précieux livre de musique, avant de 1e poser sur le pupitre, et ils sont tout entiers à leur étude; ils doivent être prêts pour la fête de demain, et ce n'est pas dans l'église, au milieu des fidèles, qu'il faudrait se tromper; ils n'ont même pas droit d'hésiter. Aussi voyez comme ils travaillent, avec quelle attention soutenue celui qui est assis déchiffre les notes l'une après l'autre, tandis que son compagnon semble l'aider de la parole et du geste; les deux têtes sont d'une rare puissance d'expression, d'une remarquable énergie de caractère; elles se détachent avec un relief étonnant sur ces fonds de richesses un peu assombries. L'œuvre de M. Torrents a obtenu un grand succès au Salon de cette année, et elle le méritait, ne fût-ce que par ce cachet d'originalité toute personnelle qu'il a su lui imprimer.

Les tremblements de terre en Italie

A la fin de juin et dans les premiers jours de juillet, de violentes secousses de tremblement de terre se sont fait sentir dans la Vénétie, et plus particulièrement dans la ville et dans la province de Bellune, qui ont été fort éprouvées. La charmante villette de Fadalto, si agréablement située sur le flanc d'une haute montagne, a été à moitié détruite; de même Santa-Croce, Favra, Alpago. La désolation était partout, où que ce fût que l'on regardât, au midi comme au nord. A San Pietro di Feletto, les conséquences du tremblement de terre ont été terribles. Le toit de l'église de ce bourg s'est écroulé, et comme c'était la Saint-Pierre ce jour-là, beaucoup de personnes se trouvaient à l'Église et ont péri écrasées sous les décombres. A Vittoria, il y a eu des morts également. A Conegliano, les créneaux d'une vieille tour se sont écroulés et ont crevé la toiture d'une église voisine et celle d'une maison particulière. Il n'y a point eu de victimes, mais on se figurera facilement l'épouvante des locataires voyant tomber au pied de leur lit cette pluie de pierres. Après les premières secousses et leurs suites, tous les habitants de ces localités, frappés d'une terreur bien motivée, avaient fui dans la campagne, où ils campaient sous les tentes.

Une partie de la population de Bellune en avait fait autant, l'autre s'était réfugiée sur le Campitelli, où régnait une véritable terreur. En effet, ou comptait dans la ville un certain nombre de morts, et beaucoup de maisons et d'édifices publics avaient subi les plus graves dommages. Nos dessins représentent quelques-uns de ces édifices, après le tremblement de terre. C'est d'abord l'intérieur du chœur de la cathédrale, absolument détruit; puis l'église de la Madone des Grâces, joli petit temple prostyle d'ordre ionique, si endommagé, que l'autorité a dû en ordonner la démolition, qui est un fait accompli aujourd'hui. C'est enfin le castello Buzatti et le bureau télégraphique, dont l'aspect est lamentable. Ces ruines ont été choisies entre cent autres, car ce numéro n'eut pas suffi à en contenir seulement la dixième partie. Aussi, quel désastre pour la population, et combien de positions, naguère prospères, actuellement perdues! N'appuyons pas sur ce tableau lugubre.

D'après notre correspondant, la sensation produite par le terrible phénomène météorologique de la fin de juin a été des plus extraordinaires. La terre solide semblait s'être tout à coup transformée en une masse liquide sur laquelle les maisons éprouvaient un mouvement de tangage analogue à celui que subit le navire, en mer sous l'influence de vagues se succédant les unes aux autres avec rapidité. Il y eut en tout quatorze ondulations, dont sept de l'arrière à l'avant et sept de l'avant à l'arrière, chacune de ces ondulations ayant une seconde de durée et la régularité du mouvement d'oscillation du pendule d'une horloge. Au dernier mouvement, tout s'arrêta subitement sur le point central, la terre redevint solide comme auparavant, et instantanément les maisons se redressèrent et se replacèrent dans leur équilibre naturel. Si ces vagues terrestres se fussent succédé avec plus de rapidité et n'eussent pas conservé un mouvement lent et uniforme, les ruines, déjà trop nombreuses, eussent été incalculables.

L. C.

Le général Johan Kohler

Nous avons rendu compte en son temps de l'expédition dirigée par la Hollande contre le sultan d'Atschin (Sumatra); notre numéro 1576 contenait même un dessin représentant l'attaque du Kraton. On sait le malheureux résultat de cette tentative, dans laquelle fut tué le commandant en chef du corps expéditionnaire, le brave général Kobler, dont nous donnons aujourd'hui le portrait.