Le général Kohler était né à Groningue, le 3 juin 1818. A quatorze ans il s'engagea et fit, comme simple soldat, de 1832 à 1831, la campagne de Belgique. Nommé sergent en 1838, il passa en cette qualité dans l'armée des Indes, où il obtint en 1840 le grade de sous-lieutenant. Capitaine en 1852, il obtint en même temps le commandement militaire des Lampongs, partie sud-est de Sumatra; et, dans l'expédition qui eut lieu en 1856 dans cette région, il se distingua de telle sorte que le roi de Hollande le nomma chevalier de l'ordre militaire de Guillaume, dont la devise: «Pour le courage, la capacité et la fidélité,» lui était de tous points applicable.

C'est sa belle conduite dans cette campagne et la connaissance qu'il avait de l'île de Sumatra qui le fit appeler, au commencement de cette année, au commandement du corps expéditionnaire dirigé contre le sultan d'Atschin. Inutile d'ajouter qu'il était alors arrivé au grade de général, après avoir passé par tous les grades intermédiaires.

Au moment du départ, les troupes défilèrent à Batavia devant le gouverneur général, qui exprima au commandant en chef ses vœux pour le succès de l'expédition.

--Excellence, nous ferons notre devoir, répondit simplement le général Kohler.

Il tint sa promesse, sa mort en fut la preuve bien douloureuse. Disons comment il fut frappé, mais rappelons d'abord en quelques lignes les diverses péripéties de la lutte qui allait s'engager.

Le corps expéditionnaire se composait des 3e, 9e et 12e bataillons d'infanterie, et d'un bataillon de Barisans, miliciens madurais mobilisés. Aux Indes néerlandaises, il n'y a pas de régiments. Les quatre bataillons formaient un effectif de 2730 hommes, auxquels il faut ajouter un détachement de cavalerie, un détachement du génie et une batterie attelée de 4 obusiers. En tout 4000 hommes environ, sans compter les forçats destinés au service des corvées, bien entendu. Le débarquement eut lieu le 8, au matin, sans grande résistance de la part de l'ennemi, qui, après une perte de 80 hommes, se retira dans une fortification faite de fragments de rocs et située sur le bord de la mer. Cette fortification, infructueusement attaquée le jour du débarquement, ne put être enlevée que le lendemain. Le 10, attaque et prise de la mosquée d'Atschin, le Missigit, prononcez Missiguite. Malheureusement des retranchements établis par l'ennemi, au delà de la mosquée, à l'extrémité d'une petite plaine carrée de 600 pas d'étendue environ, rendait la place intenable, et le Missigit dût ce jour-là être abandonné. Le 11, repos. Le 12, combat violent qui dura jusqu'à cinq heures du soir autour de la mosquée. Rien d'important le 13; la journée fut employée par les Hollandais à fortifier leur camp sur le bord de la mer, mesure de précaution que la résistance inattendue des Atschinois rendait nécessaire. Le lendemain 14, les troupes s'emparèrent pour la seconde fois du Missigit et établirent leur bivouac au contre de l'édifice, qui les protégeait de ses murailles en ruines. Pendant l'assaut, l'avant-garde s'était portée en avant, sous une pluie de projectiles, et peut-être serait-elle parvenue à enlever les positions ennemies, si elle n'eut été contrainte de s'arrêter devant un obstacle infranchissable: une rivière dont les Hollandais ignoraient complètement l'existence. Un rapport fut aussitôt adressé au général Kohler qui, désirant s'assurer de l'importance de l'obstacle qu'on lui signalait, voulut, malgré toutes les instances, se transporter en personne sur les lieux. Lorsqu'il y arriva, la fusillade y était dans toute son intensité, et les projectiles y pleuvaient. Aussi, quelques minutes s'étaient à peine écoulées que le général, atteint au cœur d'une balle, tombait foudroyé. Deux jours plus tard, les Hollandais retournaient à leur campement, d'où ils ne devaient plus sortir que pour se rembarquer.

C'est ainsi qu'est mort le général Johan Kohler, et que l'armée hollandaise a perdu en sa personne un officier distingué, estimé de tous pour sa bravoure, ses capacités et son humanité. Son corps fut ramené à Batavia par la flotte, et ses obsèques eurent lien dans cette ville, en présence d'une foule immense et douloureusement émue. Le général laisse une veuve et plusieurs enfants. Son père vit encore. Il est âgé de quatre-vingt onze ans et habite Groningue.

L. C.

Les Invalides de Bronbeek

(Kolonial-Militair-Invalidenhuis)