Amsterdam, 30 juillet 1873.
AU DIRECTEUR.
«Vous avez pensé, avec juste raison, qu'au moment où l'on s'occupe en France de réformer, ou plutôt de transformer l'hôtel des Invalides, il était bon que le public fût mis au courant de ce qui se passe à l'étranger, et vous m'avez demandé d'étudier la question en Hollande. Je viens aujourd'hui m'acquitter de ma tâche, et je m'empresse de vous faire savoir qu'elle m'a été d'autant plus agréable, que l'établissement de Bronbeek est fort intéressant et mérite toute l'attention de nos graves législateurs.»
Au reste, jugez vous-même.
Aussitôt votre lettre reçue, j'ai pris le chemin de fer rhénan qui m'a conduit à Arnhem. D'Arnhem à Bronbeek la distance n'est pas grande. On a pour une demi-heure d'agréable promenade. La route est belle, ombragée par de grands arbres centenaires, bordée de frais ruisseaux et de délicieuses villas, dont les jardins admirablement soignés viennent, sans barrières ni clôtures, s'étaler jusqu'au bord du trottoir.
Bronbeek est situé dans cette partie de la Gueldre qu'on appelle la Suisse néerlandaise.
Là, au milieu d'un parc immense, précédé par une pelouse magnifique, s'élève le Kolonial-Militair-Invalidenhuis. (Maison des Invalides de l'armée coloniale.)
Devant la façade de l'établissement se trouve un gracieux pavillon. Ce pavillon, qui fut jadis habité par le comte de Chambord, sert aujourd'hui de demeure au Generaal-Majoor J. C. J. Smits, gouverneur de Bronbeek. C'est vers ce point que j'ai tout d'abord porté mes pas.
J'avais l'honneur de connaître, déjà depuis quelque temps le brave général Smits, qui est un des officiers généraux les plus remarquables qu'ait produits l'armée des Indes. Aussi, dès qu'il connut le but de ma visite, voulut-il me fournir lui-même tous les renseignements qui m'étaient nécessaires et me montrer en détail les bâtiments, les dépendances et les différents services.
Les invalides sont au nombre de 210, parmi lesquels environ 40 sous-officiers. Ils habitent un vaste bâtiment élégamment construit en briques et en fer, dont je vous envoie le dessin, et qui ne ressemble en rien à une caserne. L'établissement a deux étages. Au rez de chaussée se trouvent les services généraux: salles à manger, salles de conversation, cuisines, cantine et café, la salle de billard et deux autres pièces sur lesquelles j'aurai occasion de revenir, la bibliothèque et la chapelle.