Le premier sert d'habitation aux invalides. Ils logent dans de vastes nièces bien aérées, hautes de quatre à cinq mètres, larges à proportion et munies de grandes et belles fenêtres qui donnent sur la campagne.

Toutes ces chambres sont desservies par une longue galerie pleine de fleurs, et dont les murs sont tapissés d'armes et de drapeaux enlevés à l'ennemi. Cette galerie sert de promenoir aux pensionnaires quand le temps ne leur permet pas d'aller faire un tour dans le parc.

Celui-ci, qui ne comprend pas moins de neuf hectares entièrement clos, est fort joliment vallonné et planté de beaux arbres. Il est arrosé par une gentille rivière dont le cours sinueux est agrémenté de gracieuses cascades. Les cygnes blancs comme la neige, les canards aux mille couleurs s'ébattent joyeusement sur ses bords ou sillonnent son courant. A droite et à gauche des massifs de fleurs, tranchant sur le vert sombre du gazon, viennent mirer dans ses eaux leurs corolles diaprées.

Les invalides sont très-fiers de leur rivière. Ils en sont amoureux. Mais cet amour n'est pas absolument platonique. Car en échange de leurs bons soins, la gentille rivière leur donne (grâce à la pisciculture), des truites magnifiques et des carpes non moins belles.

Ce n'est pas du reste la seule ressource qu'offre à ces braves gens leur installation rustique. Ils ont une vacherie qui ne contient pas moins de douze bêtes à cornes, et qui leur fournit du lait et du beurre autant qu'ils en peuvent désirer. Ils ont une porcherie qui renferme une cinquantaine de ces animaux peu gracieux, dont les flancs recèlent des mines de saucisses, de boudins et de lard. Ajoutez à cela un potager considérable, une basse-cour bien garnie et une provision de mille à douze cents lapins, et vous comprendrez qu'il n'y a point à s'inquiéter de l'ordinaire de ces bons invalides.

Ils ont même quelques plats que je recommanderai d'une manière toute particulière aux gourmets. Entre autres le jeune lapin accommodé au riz et au karrie. C'est un manger délicieux dont ils se régalent souvent et qui leur rappelle les Indes, c'est-à-dire la jeunesse.

La cuisine est, comme le reste, d'une propreté appétissante. Tout y est net, immaculé. Les cuisiniers eux-mêmes sont irréprochables! On sent qu'on a affaire à de méticuleux Hollandais.

J'ai dit que je parlerai de la bibliothèque et de la chapelle. La bibliothèque ne renferme pas moins de 1200 volumes, qui sont à la disposition des invalides et dont ceux-ci usent largement.

Il y a des livres de toutes sortes, mais ce sont les romans qui sont le plus recherchés.

Quant à la chapelle, elle sert à la célébration des deux cultes dominants: le culte catholique et le culte protestant. La chaire du prédicant est en face de l'autel. Tous deux sont munis de grands rideaux verts. Quand le prêtre officie on voile la chaire du pasteur, et l'on voile l'autel quand le pasteur monte en chaire pour expliquer la parole de Dieu.