Une proclamation du maire, M. Bernard, si bien avisé et si patriote, avait la veille annoncé l'événement aux habitants. A cinq heures du soir, un bataillon d'infanterie devait faire son entrée dans la ville.
Aussi, le lendemain, quelle fête à Nancy!
Les ateliers, les magasins étaient fermés. Toutes les rues par lesquelles devaient passer les soldats, la rue Stanislas, l'admirable place du même nom, la rue Sainte-Catherine, étaient pavoisées de drapeaux tricolores, ornées de guirlandes de verdure. L'arc de triomphe placé à l'entrée de la rue Stanislas en était particulièrement couvert. De tous les villages environnants, les paysans accouraient par bandes nombreuses, désireux d'acclamer nos soldats et de saluer notre drapeau. C'était partout un indescriptible mouvement.
A quatre heures, le train attendu avec une si fiévreuse impatience est signalé et accueilli par les hourrahs de la foule qui encombrait les abords de la gare. Les soldats descendent de wagon, ils mettent sac au dos, les tambours battent aux champs et le bataillon s'engage dans la rue Stanislas, se dirigeant vers la place et la caserne Sainte-Catherine.
Je vous ai dit combien était ornée pour la circonstance cette place déjà si belle, avec sa bordure de monuments: hôtel de ville, évêché, théâtre, hôtels privés, sa statue du roi Stanislas et ses fontaines monumentales. Dès trois heures la compagnie des sapeurs-pompiers, avec sa musique, avait pris le poste à l'hôtel de ville, pour rendre les honneurs aux soldats à leur passage. Aussi, dès que ceux-ci débouchent sur la place, la musique se fait entendre, les sapeurs présentent les armes, les applaudissements éclatent. Tous les chapeaux sont en l'air et des fenêtres tombent couronnes et bouquets.
Le maire, placé au balcon de l'hôtel de ville, avec ses adjoints et le conseil municipal, avait donné le signal des applaudissements. Jamais je ne vis telle explosion de joie ni enthousiasme pareil. Je n'ai pas besoin de vous dire que ce n'a pas été sans peine que le bataillon a pu s'arracher à ces manifestations patriotiques, et fendre les flots pressés de la foule qui l'entourait. Il put enfin arriver jusqu'à la caserne, où il trouva, vous devez vous en douter, de quoi se bien rafraîchir et se restaurer substantiellement.
Le lendemain Nancy avait repris son calme et ses allures habituelles. Mais depuis lors tous les visages ont un air de satisfaction et de sérénité qu'ils avaient depuis trop longtemps cessé d'arborer. X...
Prise de Séville
L'énergie du gouvernement de M. Salmeron produit les meilleurs fruits, et déjà l'on peut prévoir la défaite finale, non-seulement des intransigeants et des cantonistes, mais aussi celle des carlistes et de don Carlos. Que manquait-il à la République pour avoir raison d'ennemis qui n'étaient forts que de sa faiblesse et de ses divisions? Une armée disciplinée. Elle l'a, et vient de le prouver par la prise de Séville, presque aussitôt suivie de celle de Cadix.
C'est le 28 juillet, à deux heures de l'après-midi, que l'attaque de Séville a commencé. On sait que sous le ministère Pi y Margall, la populace avait pu s'emparer impunément de toutes les armes et de tous les canons renfermés dans l'arsenal. Ces armes devaient prêter dans la lutte engagée une grande force à la résistance, que dirigeait le général Pierrad. Les soldats de l'année régulière, conduits par le général Pavin, ont eu besoin de déployer la plus rare bravoure pour en triompher. Les insurgés avaient couvert la ville de barricades, et armé ces barricades de canons. Ils en avaient mis partout. Des pièces du plus fort calibre entouraient la fabrique de tabac, et, dans cet édifice, on avait hissé des canons non-seulement sur les balcons, mais encore sur la terrasse. Deux heures après l'attaque, c'est-à-dire à quatre heures, les troupes s'étalent déjà emparées de la station du chemin de fer et de plusieurs autres points stratégiques. A minuit ils étaient maîtres de la ville, à l'exception du faubourg de Triana, où s'étaient réfugiés les insurgés, après avoir successivement incendié leurs positions à mesure qu'ils les abandonnaient. Ce n'est que dans la journée du lendemain que l'armée a pu les forcer dans leur dernière retraite.