Dans de pareilles conditions, la lutte devait être et a été fort meurtrière. Si les insurgés résistaient énergiquement, les soldats avaient un élan admirable. Telle était l'impétuosité de ces derniers, que le régiment de Zamora pénétra jusqu'au milieu de la ville à travers une grêle de balles et d'obus, sans se préoccuper de savoir s'il était ou non suivi par le reste de l'armée.
Le gouvernement insurrectionnel a pu s'enfuir en traversant le Guadalquivir qui, de la porte de la Barqueta jusqu'à l'édifice de Saint-Telme, entoure Séville, sur une étendue d'une demi-lieue. Beaucoup de maisons ont été brûlées, ainsi que quelques monuments. Heureusement ni la cathédrale, si riche et si belle, ni l'Alcazar, n'ont été atteints.
La prise de Séville a produit une panique incroyable parmi les insurgés de cette province et des autres. Le général Pavia, au moment de partir pour continuer sa campagne, si heureusement inaugurée, a été l'objet de la plus enthousiaste ovation. Son nouvel objectif était Cadix où, grâce à la défection des soldats d'artillerie qui se sont réunis aux volontaires hostiles au comité insurrectionnel, le général a pu entrer le 4 août sans effusion de sang.
L. C.
La Grenouillère
Paris n'est pas encore port de mer, mais les Parisiens ont leur plage qui remplace Trouville et Dieppe pour les gens occupés que leurs travaux retiennent à Paris, et qui ne peuvent même pas s'absenter du samedi au lundi, en profitant des facilités et des prix réduits accordés aux voyageurs par les grandes compagnies de chemin de fer.
Cette watering place, pour nous servir d'une expression à la mode, cette station d'été à l'usage des paresseux ou des gens pressés n'est autre que la Grenouillère, située dans l'île de Croissy. On s'y rend en une heure à peine par le chemin de fer de l'Ouest (rive droite), et rien n'est plus curieux que l'aspect de la gare Saint-Lazare un dimanche d'été.
Sur les vastes marches du perron monumental s'agite une foule joyeuse et bruyante autant que bariolée. Les femmes sont en toilettes claires, retroussées par derrière, en bas de soie de couleur, coquets souliers à bouffettes, et s'appuient sur de hautes ombrelles-cannes à la Louis XVI. Elles sont coiffées de petits chapeaux coquets ornés de voiles de gaze blanche, bleue, grise, qui siéent à merveille au teint, et leur donnent l'aspect des miss anglaises affectionnées par le pinceau de Lawrence.
Les gentlemen qui les accompagnent portent la cape de Christy, au rebord supérieur de laquelle est fixé un monocle. Ils sont pour la plupart en vestons courts, velours ou étoffe mélangée, tenue du matin, stick ou parasol à la main.
Tout cela étagé sur les marches cause, rit, se pressure, s'attend, se hèle, se dispute, se raccommode, guette les arrivants et les arrivantes, et au coup de cloche traditionnel s'empile dans les wagons, d'où l'on ne descendra qu'à la station de Reuil.