Un charmant travers de la duchesse Decazes avait ameuté, un jour, contre elle, on ne sait pourquoi, tout ce qu'il y avait dans Paris d'artisans en épigrammes. Tournant tout d'un coup à l'idylle, Mme la grande référendaire avait établi un chalet suisse dans ses jardins et, au milieu de ce chalet, on apercevait deux jeunes vaches du Charolais qu'elle nourrissait de sa main. Ces deux vaches furent bientôt la fable de Paris. «--Mme la duchesse Decazes fait du beurre», s'écriait Alphonse Karr dans les Guêpes.--Non, reprenait Nestor Roqueplan, dans les Nouvelles à la main, ce n'est pas du beurre, c'est du fromage.--Mon Dieu, ajoutait H. de Balzac, qui s'occupait déjà des Jardies, Mme la duchesse fait du beurre, du fromage et de l'engrais; vous verrez qu'elle fera bientôt des veaux.»--Vous voyez qu'on n'y mettait pas de mesure.--Les petits journaux, alors impitoyables, supputaient ce que pouvait coûter à l'État la fantaisie helvétique de Mme la duchesse Decazes.--Femme d'esprit, l'épouse du grand référendaire se mêlait d'écrire de temps en temps une Nouvelle ou un Conte.--Une gazette de l'extrême droite, s'emparant pour la circonstance de la manière du marquis de Bièvre, disait alors: «Toutes les fois que Mme la duchesse Decazes veut laisser tomber une page de sa plume, elle a bien soin de commencer par la lettre I (par la laiterie).»

--Tout cela n'a pris fin qu'à la révolution de Février.

Un peintre d'un grand talent, Chintreuil, élève de Corot, qui vient de mourir, avait eu des commencements excessivement difficiles. En d'autres termes, il avait mangé de la vache enragée pendant toute sa jeunesse. A la longue, le talent était venu, la réputation s'était fait jour et amenait le succès. Le paysagiste passait l'été aux environs de Paris, croyant que l'avenir lui souriait.

Il résidait à Septeuil, dans une jolie petite maison à contrevents verts, cachée sous les arbres. La Fortune, toujours railleuse, lui avait donné pour jardinier un Calino de premier calibre.

--Tu arroseras le jardin tous les jours, pendant la sécheresse, avait dit le peintre.

--Je l'arroserai régulièrement à quatre heures, après avoir fait ma besogne.

Un jour, à trois heures, le temps se couvre, l'orage éclate. Bientôt la pluie tombe à torrents. Il est devenu impossible d'arroser. Le lendemain, vers deux heures, Chintreuil aperçoit le jardinier qui accourt, l'arrosoir à la main.

--Qu'y a-t-il donc, dit l'artiste.

--Ah! monsieur, je me hâte d'arroser. Le temps se couvre. S'il venait à pleuvoir, je ne pourrais pas faire ma besogne et le jardin en souffrirait.

Dernières nouvelles.--L'hippopotame est mort.