Un jour on le rencontrait, par exemple, auprès de la hutte samoyède; c'est une chose à voir que cette hutte, avec ses attelages de rennes et de chiens, avec son ours blanc. Une autre fois, le lendemain, le marchand de diamants se plantait près du pavillon de Monaco. «--Mesdames, les plus beaux diamants à vendre, des diamants d'impératrice! Voulez-vous en voir les photographies?»
Ce chalet de Monaco est très-coquet avec sa vérandah et sa salle carrée. On s'y donnait volontiers rendez-vous, à ce que disent les correspondances. Beaucoup de belles choses y sont à voir, des bois, des poteries artistiques, des coffrets en mosaïques, et les visiteuses pouvaient se mirer dans les flacons, les vases à forme antique contenant les essences, les parfums. Dans le jardin où sont les fleurs et les arbustes du territoire de Monaco, notre homme s'installait sur un banc peint en vert, ou bien il se mêlait sans façon aux groupes des promeneurs. Au moment où l'on regardait les plantes monégasques, par exemple l'Aloe glauca, il recommençait son discours:--«Mesdames, des diamants dont je puis disposer, vingt-cinq ont été sertis par Benvenuto Cellini lui-même. Qui en veut?»--En ce moment, le marchand de diamants est à Trouville; l'automne prochain, il sera à Biarritz; l'hiver, il ira dans la lune, s'il le faut.
Anastasi s'est religieusement tenu parole. Il vient de constituer à l'École des beaux-arts une fondation perpétuelle de 100,000 francs, dont il ne se réserve que l'usufruit. Après la mort du paysagiste, le revenu de cette somme appartiendra à la Société des peintres. Ceux-ci en disposeront, à leur gré, pour aider le talent ou pour combattre les infortunes de l'art. Anastasi, dit-on, n'a fait que son devoir; mais il a très-noblement fait son devoir.
On vient de remettre en relief, je ne sais pourquoi, la figure du vicomte d'Arlincourt. C'est une raison suffisante pour qu'en passant la chronique dise deux mots de ce personnage, aujourd'hui absolument oublié, mais qui a fait un bruit de tous les diables il y a une trentaine d'années.
M. le vicomte d'Arlincourt se donnait très-naïvement pour le premier romancier de ce temps, ou il en a existé un si grand nombre de remarquables. On raconte que sa première femme a dépensé près de 200,000 francs à acheter, sous main, les dix ou douze éditions qu'elle faisait faire de ses œuvres. En voyant ses romans s'écouler si vite et toujours si régulièrement, l'auteur était et devait être convaincu de la réalité de son succès. Le seul roman du Solitaire a eu jusqu'à quinze tirages; on l'a traduit en anglais, en allemand, en russe et en espagnol. On l'avait accommodé chez nous en opéra-comique, en mélodrame, en lithographies et en dessus de pendule. Les pâtissiers qui servaient des pièces montées ne les livraient jamais sans poser au sommet un petit d'Arlincourt en chocolat.
Comment le vicomte n'aurait-il pas pris tant de vogue pour un indice de son mérite littéraire?
Il m'a été donné de voir de très-près le vicomte d'Arlincourt pendant les dernières années de sa vie. Jamais encore je n'avais été à même de contempler si commodément l'adoration de soi-même. Ce pauvre homme, habitué à l'infatuation, se laissait dire à brûle-pourpoint, sans sourciller, qu'il n'avait pas son égal en littérature. Au besoin, il le proclamait lui-même, et s'il s'agissait de journal, il écrivait la réclame de sa propre main.
On lui disait:
--Monsieur le vicomte, quand la France aura le malheur de vous perdre, quelle épitaphe faudra-t-il buriner sur votre monument?
--Celle-ci, répondait-il avec un sang-froid cornélien: