--La conversation languissait. On pria une jeune fille de se mettre au piano et de chanter. C'était une fort jolie fille, blonde avec de grands yeux bleus, voilés par de longs cils; elle avait ce charme poétiquement virginal qui est la plus grande beauté de la femme. Sa peau, transparente et unie, d'une teinte un peu pâle, devenait rose quand elle parlait. Elle se leva et se dirigea lentement vers le piano; elle avait encore ces formes indécises qui font ressembler une femme à une apparition, à un être éthéré qui glisse sur la terre sans presque la toucher. Elle s'assit au piano. Il se fit alors un grand silence; elle leva au plafond un touchant regard bleu; elle préluda, puis d'une voix rauque et avinée, elle chanta quelque chose dont je n'ai retenu que le refrain:

Et qui fit joliment son nez?

C'est le jeune homme empoisonné.

Ce que l'auteur du Fa Dièze racontait là se produit tous les jours, un peu partout, sans que nul s'en étonne.--Mais le Saturday Review, plus collet-monté que nous autres, crie à l'abomination de la désolation.--S'il faut l'en croire, les jeunes femmes, celle du meilleur lieu, la toilette de l'après-midi terminée, disent à leur cocher:

--Joseph, attelez. Nous allons aller faire le tour du lac; c'est l'heure du persil.

--Qu'est-ce que c'est donc de si horrible, l'heure du persil?

En allant aux informations, voici ce qu'il nous a été permis d'apprendre.

L'heure du persil commence à trois heures et demie au plus tôt et finit à six heures vingt minutes, au plus tard.

Faire le persil, faire son persil, c'est se promener en voiture découverte autour du lac, au bois de Boulogne.--Exercice fort pratiqué par le demi-monde et auquel se livre le grand monde par imitation, comme toujours.

Y a-t-il un sens caché là-dessous? Cela se peut, mais jusqu'à ce jour aucun grammairien n'a pu deviner ce que ces mots-là veulent dire au juste.