--Le 8 septembre prochain et les jours suivants, seront vendues publiquement et aux enchères les vastes et splendides collections de plantes de M. J. Linden à Bruxelles.
Parmi tant de révolutions auxquelles ont assisté les hommes de notre âge, on ne doit jamais omettre la révolution opérée sous nos yeux dans l'art de dessiner et d'orner nos jardins. Celle-ci du moins est charmante et toute à l'avantage de nos plaisirs. Si le Nôtre, la Quintinie, et même Daubenton revenaient parmi nous, ils ne se reconnaîtraient plus au milieu des plantes que nous cultivons dans nos jardins d'hiver et d'été, des fleurs que nous élevons dans nos serres, que nous éparpillons dans nos massifs, réservant à peine pour les bordures et les plates-bandes celles qui avaient leurs prédilections. Depuis un demi-siècle, il y a eu métamorphose complète dans notre science florale, mise à la portée de tous les gens de goût. Qu'on regarde nos squares, et qu'on les compare à ce qu'étaient les parcs et les parterres d'autrefois.
Cette révolution s'est opérée doucement et sans bruit, grâce à d'heureuses importations exotiques. On a flatté l'œil, on a flatté l'odorat de mille manières différentes. Et les plantes nouvelles ont rapidement conquis leur droit d'acclimatation. Chacun s'est empressé de faire place et de faire fête à ces hôtes charmants qui ont rapidement multiplié la somme de nos jouissances. Nous n'en avons pas un si grand nombre pour qu'on les dédaigne.
Personne n'a plus contribué à ce mouvement que M. J. Linden, dont le nom est depuis longtemps européen Qu'il nous suffise de rappeler ici, uniquement pour les Français, que M. J. Linden est l'organisateur des belles serres de M. Pescatore à la Celle-Saint-Cloud, qui furent longtemps une des curiosités de Paris. C'est là qu'on tâchait de s'introduire, et ce n'était pas toujours facile, lorsqu'on voulait faire connaissance avec les orchidées, dont les riches et délicates colorations auraient désespéré la palette d'Eugène Delacroix. Des premiers, M. Pescatore avait encouragé M. J. Linden, qui avait obtenu l'appui du gouvernement belge lorsqu'il entreprit d'explorer en savant et en artiste les vastes et solitaires régions tropicales de l'Amérique continentale.
Ce que Rafflen avait en partie fait pour l'Inde dans les quinze premières années de ce siècle, on peut dire que M. J. Linden l'a heureusement accompli dans une vaste partie du monde qui n'avait pas été explorée avant lui et qui attendra longtemps encore la civilisation européenne telle que nous la voyons autour de nous. Seulement l'utilité pratique n'a jamais été négligée par M. J. Linden. Ses créations et ses établissements en Belgique en font foi. On peut même dire que ses relations aujourd'hui embrassent le monde entier. Il y a profit pour tous, et désagrément pour personne. Qui pourrait se plaindre de l'introduction d'une plante nouvelle, remarquable par sa verdure, par ses fleurs, par la bizarrerie harmonieuse de sa construction, par son parfum, par les qualités voilées de son bois ou de son fruit?....
Nous aurions encore bien à dire si nous pouvions nous étendre sur ces cycadées rares, ces orchidées peu vulgaires, ces arbres à fruits des Tropiques, ces fougères, ces broméliacées que nous énumère le catalogue. Il faut savoir s'arrêter. Ajoutons cependant que la vente de l'établissement de M. J. Linden, à Bruxelles, est une occasion rare pour les amateurs de belles plantes exotiques. Elle ne se représentera pas de longtemps.
ÉVÉNEMENTS D'ESPAGNE.--Une séance du Comité
insurrectionnel dans la cathédrale de Valence.
LA TOILETTE JAPONAISE.--D'après le tableau de M. Firmin Girard.